La défense européenne, victime des frappes en Syrie

Avec un Royaume-Uni sur le départ et une Allemagne qui refuse l’usage de la force, la France restera bien seule à assumer les efforts militaires dans l’UE.

Par Par Luc de Barochez

Les frappes militaires occidentales samedi en Syrie ont fait une victime collatérale : la défense européenne. L’épisode a montré que, dès qu’il s’agit d’opérations de combat, l’Union européenne est encore et toujours aux abonnés absents. La France et le Royaume-Uni, qui ont participé aux bombardements aux côtés des États-Unis, restent les deux seules puissances capables d’user de la force au-delà des frontières européennes rapidement, efficacement et conjointement. Au moment où Londres s’apprête, dans moins d’un an, à quitter l’UE, cela laisse la France pratiquement seule à porter sur ses épaules le poids de la défense européenne pour l’avenir prévisible.

Le refus abrupt exprimé par Angela Merkel, deux jours avant les frappes en Syrie, de toute participation de la Bundeswehr à l’opération envisagée, même de façon symbolique ou conditionnelle, a montré toute l’ambiguïté du projet porté par Emmanuel Macron de construire une défense européenne avec Berlin. Soixante-treize ans après la défaite du nazisme, l’usage de la force reste, pour l’Allemagne, un concept étranger à son action diplomatique dans le monde. Et par voie de conséquence, c’est le cas pour l’Union européenne dans son ensemble.

Un couple franco-britannique à l’action

La France a pris l’habitude, depuis les accords franco-britanniques de 1998 et surtout depuis le sommet Chirac-Blair du Touquet en 2003, de compter sur le Royaume-Uni pour toute opération un peu « musclée » à l’étranger – ce fut le cas par exemple en Libye en 2011, où l’Allemagne, déjà, fit défection. Ce couple franco-britannique qui a prouvé son efficacité militaire se trouve cependant en porte-à-faux à l’heure du Brexit, prévu fin mars 2019. Comment construire une défense européenne à partir d’un noyau franco-britannique, si l’un des deux participants ne fait plus partie de l’Union ? Et comment continuer à construire l’Europe autour du couple franco-allemand, si le sujet essentiel de la Défense ne peut pas être traité de façon crédible ?

Les tentatives de développer un noyau franco-allemand pour la défense sont restées à ce jour très décevantes. Pierre d’angle de la volonté de coopération entre Paris et Berlin, la brigade franco-allemande n’est, près de trente ans après sa création, guère plus qu’un symbole. Ainsi au Mali, certaines de ses unités sont engagées depuis l’an dernier mais séparément. Les militaires français servent au sein de l’opération Barkhane qui combat les groupes djihadistes armés. Les Allemands se retrouvent dans les contingents de l’ONU et de l’UE qui font du maintien de la paix et de la formation. Les missions de combat ne sont pas pour eux…

78 % des Allemands contre une participation aux frappes syriennes

Pourtant, après l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche fin 2016, certains commentateurs imaginaient déjà la chancelière allemande en leader de substitution du monde occidental libéral et démocratique. Le hors-jeu volontaire de Berlin dans la crise ouverte par le bombardement chimique du 7 avril à Douma a souligné l’inanité de ces espoirs. L’Allemagne a beau être la première puissance économique et démographique de l’Union européenne, sa centralité encore renforcée par le Brexit, elle reste travaillée par des conceptions pacifistes qui lui lient les mains.

La retenue observée par la chancelière fait l’objet d’un large consensus dans sa population. Un sondage publié vendredi par la télévision ZDF montre que 78 % des Allemands interrogés se prononçaient contre une participation de leur pays à des frappes en Syrie. En outre, l’Allemagne ne respecte pas son engagement, pris en 2014 dans le cadre de l’Otan, de consacrer chaque année 2 % de sa richesse nationale à son budget de défense. Avec 1,25 % à peine, elle en reste fort éloignée. Divisée, la grande coalition droite-gauche au pouvoir à Berlin a préféré passer ce sujet sous silence dans sa plateforme de gouvernement adoptée le mois dernier.

L’Allemagne ne veut pas recourir à la force

« Le fond de l’affaire est que l’Allemagne ne veut pas recourir et ne recourra probablement jamais à la force, sauf agression contre le territoire européen », analyse Zaki Laïdi, professeur de relations internationales à Sciences po Paris. « Les Allemands ne se considèrent pas comme le garant ultime de leur sécurité » puisque ce rôle est joué depuis la Seconde Guerre mondiale par les États-Unis. Du coup, « il n’y a pas de réelle volonté politique » d’intervenir tant que l’Allemagne n’est pas sous le coup d’une menace directe, dit-il au Point.

Zaki Laïdi établit un lien entre la grande difficulté de Berlin à participer à des opérations militaires et ses réserves vis-à-vis du projet macronien d’un renforcement de l’Union économique et monétaire dans la zone euro. « Dans les deux cas, cela reflète une très forte aversion pour le risque, que ce dernier soit économique ou militaire », observe-t-il. À son avis, la conclusion logique que doit en tirer la France sur le plan militaire est de promouvoir au cas par cas des « coalitions de volontaires » pour créer des forces d’intervention ad hoc. On est loin de l’ambition initiale d’Emmanuel Macron qui, dans son discours sur l’Europe prononcé en septembre 2017 à la Sorbonne, avait affirmé qu’au début de la prochaine décennie, « l’Europe devra être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de Défense commun et d’une doctrine commune pour agir ». Le nouveau départ pour l’Europe de la défense promis par le président de la République devra encore attendre.

lepoint.fr/monde

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