La famille « Charlie » : « Tout ce monde avec nous. C'est beau et c'est étrange »

Equipe_Charlie-Hebdo01En commençant sa marche en tête du cortège, quelques mètres devant les dirigeants du monde entier, l’équipe de Charlie Hebdo a eu un regret. Ils auraient voulu venir en brandissant les caricatures de Benyamin Nétanyahou, du roi Abdallah II de Jordanie, de Nicolas Sarkozy, du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, du premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, de tous ces chefs d’Etat et de gouvernement inégalement démocrates dont ils se sont gaussés pendant des années.

« Ça aurait fait comme un dessin de famille qui aurait précédé la famille », dit le dessinateur Luz, membre de la rédaction de Charlie, avant de conclure sagement : « Bon, on ne peut pas penser à tout. »

Les survivants et les familles de la bande à Charlie, bien décidés à ne jamais cesser de rigoler, ont eu leur compte de fou-rires quand le président François Hollande est venu leur serrer la main lors du premier arrêt du cortège, place Léon Blum, et qu’un pigeon lui a « chié sur l’épaule ».

La compagne de Luz, Camille Delalande, a décrit la scène sur Twitter. « Ça nous a fait du bien, raconte Jul. On se passait le mot, on riait, on rendait hommage au président, on se disait : ‘Trop bon ce Hollande, il a réussi à nous faire avoir un fou-rire !’ »

« Mandela… et Charlie »

Patrick Pelloux n’a rien vu de la scène, il était en larmes. Le médecin urgentiste, chroniqueur à Charlie Hebdo et qui n’était pas à la rédaction ce matin-là, est l’un des premiers à avoir découvert les cadavres. Il s’est effondré en larmes dans les bras du président de la République.

Place Léon Blum, la plupart des collaborateurs de l’hebdomadaire satirique ont quitté la manifestation. Epuisés, à bout de nerf, et aussi pour travailler au numéro exceptionnel qui paraîtra envers et contre tout, mercredi 14 janvier. Les autres ont continué jusqu’à la place de la Nation avec leur bandeau blanc « Charlie » sur le front ou en brassard. Riant et pleurant, émus de « ces bonshommes aux fenêtres ouvertes comme un calendrier de l’avent », note Jul.

Les applaudissements, les « Bravo Charlie ! » et les « Charlie ! Charlie ! » les accompagnent tout le long du trajet. Quand ils marquent une pause, la Marseillaise est chantée comme par évidence. « La chaleur de ces gens, ce peuple uni calmement pour la liberté d’expression, c’est le premier jour de quelque chose », dit Patrick Pelloux.

« Ca a un caractère d’irréalité, tout ce monde avec nous. C’est beau et c’est étrange », dit la compagne d’un dessinateur défunt qui n’en revient pas : « Qui a réuni autant de chefs d’Etat autour d’un symbole ? Mandela… et Charlie. »

Marion Van Renterghem – Journaliste au Monde

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