La projection d’un film documentaire sur le Sahara occidental dérange au Maroc et en Irak

Un festival en Irak a accordé, cette semaine, son prix du «meilleur film documentaire» à une œuvre qui traite de la question du Sahara occidental. De quoi irriter l’ambassade irakienne à Rabat et la diplomatie marocaine.

L’ambassade irakienne à Rabat a confirmé ce vendredi que l’ambassadeur Ziyad Khalid Abd Ali a adressé une note à la direction du festival international du film de Sulaymaniya (SIFF), capitale de la province du même nom au nord-est de l’Irak. A l’origine de cette note, la projection du film documentaire «3 Stolen Cameras», qui traite de la question du Sahara occidental, lors de la 3e édition dudit festival qui s’est déroulé du 10 au 16 octobre.

Une «prise de contact» plutôt qu’une «convocation»

Une source autorisée au sein de l’ambassade d’Irak a confié à Yabiladi que la représentation diplomatique a adressé une note écrite à la direction du SIFF pour demander des explications suite à la projection d’un film documentaire sur le Sahara occidental. Cette note «intervient après des contacts entre l’ambassadeur irakien et le ministère marocain des Affaires étrangères», poursuit notre source.

 

«Le ministère marocain des Affaires étrangères a pris contact avec l’ambassadeur irakien pour l’informer de la projection dudit film. Une rencontre a eu lieu et la note verbale du Maroc a été transformée en note écrite adressée par l’ambassade à la direction du festival. Nous attendons toujours une réponse.»

Source autorisée au sein de l’ambassade irakienne à Rabat

De son côté, une source proche du dossier apporte quelques précisions. «Le Maroc n’a pas convoqué l’ambassadeur irakien tel que cela a été relayé par certains médias. La convocation de l’ambassadeur d’un pays étranger a un poids dans les relations diplomatiques et internationales», nous explique-t-elle. «La convocation est synonyme de mécontentement ou de notification d’une position, alors que ce cas de figure entre simplement dans le cadre de la gestion quotidienne», ajoute-t-elle.

Pour la note verbale, notre source explique que «ce sont les moyens de travail normaux».

«L’information sur la projection du film a circulé. Le directeur chargé du Moyen-Orient au sein du MAECI a donc contacté, par téléphone, l’ambassadeur irakien. Ce dernier a insisté pour rencontrer le directeur pour expliquer davantage la situation.»

Source proche du dossier

Un documentaire primé au SIFF

 Notre source estime toutefois que «le MAECI doit faire attention à ce genre de chose et ne pas les laisser passer». «Ce n’est pas normal, d’autant plus que le Maroc défend l’intégrité territoriale de tous les pays et ne s’est jamais rangé du côté d’une entité séparatiste, à commencer par l’Irak elle-même», conclut-elle.

Jeudi, le média kurde Rudaw a rapporté à tort que «l’ambassadeur irakien à Rabat a été convoqué par le gouvernement du Maroc», citant Danar Omer, directeur artistique du SIFF. «L’ambassadeur irakien m’a contacté à ce sujet, disant que le film était interdit et demandant pourquoi nous l’avions présenté. Nous avons expliqué que nous n’étions pas au courant mais qu’il s’agit d’un film documentaire et que sa projection est donc normale», confie ce responsable du festival au média kurde.

Ce dernier fait savoir que le documentaire est «une histoire sur la rupture d’une censure absolue avec des séquences uniques provenant d’une région dans laquelle les autorités marocaines ont réussi à mettre en place un blocus quasi total des médias», citant son synopsis.

D’ailleurs, le documentaire «3 stolen Cameras» a même raflé le prix du «meilleur film documentaire» au SIFF lors de l’édition de cette année. Il s’agit d’un «projet commun entre la Suède et le Sahara occidental» réalisé par Ibtihal Alaloul et Ailla Brahim, conclut le média kurde.

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