La Russie relance la compétition pour les missiles anti-porte-avions

russieLes forces aériennes à bord des porte-avions se sont avérées essentielles dans les confrontations militaires des deux dernières décennies, en particulier pour l’US Navy qui exploite plus de 400 avions F/A-18C Hornet et F/A-18E/F Super Hornet, et 60 avions EA-18G (pour les missions de guerre électronique), embarqués sur ses 10 porte-avions. 14 autres navires d’assaut amphibies LHA-LHD (porte-hélicoptères) de l’infanterie de Marine américaine disposent chacun de 6-8 avions AV-8B Harrier II, à décollage / atterrissage vertical. Pour les Etats qui se sentent menacés par une invasion, les porte-avions et les navires d’assaut amphibies représentent une emprise stratégique.

La première tentative de créer une arme anti-porte-avions appartient aux Soviétiques qui, en 1972 ont testé le missile balistique antinavire R-27K, d’une portée de 2400 kilomètres. Bien que les Soviétiques aient abandonné le projet, la Chine a repris son développement dans la dernière décennie. Cela a donné les missiles balistiques antinavires DF-21D déployés sur la côte, avec une portée de 1450 km et une vitesse de Mach 16 [1]. Les sous-marins à propulsion nucléaire chinois de type 092 sont armés de missiles nucléaires à moyenne portée JL-1, ayant les mêmes masse, taille et système de guidage que les DF-21D (14,7 t) [2]. Le principal obstacle pour ces missiles balistiques sont les anti-missiles balistiques SM-3 Bloc IB, qui ont une portée de 500 km, lancés à partir des croiseurs et des destroyers AEGIS qui accompagnent le porte-avions.

La Russie s’est récemment orientée vers les missiles anti-porte-avions, capables de voler à une vitesse hypersonique à basse altitude. La première étape de l’essai du nouveau missile 3M22 Zircon a commencé le 18 Mars, 2016, sur une plate-forme de la marine russe basée au sol. L’agence de presse RIA Novosti dit que le missile hypersonique 3M22 Zircon a une vitesse de Mach 6.2 (6500 km/h), une masse de 5 tonnes, et dans la première phase aura une portée de 400 km. Par la suite, en augmentant la quantité de carburant embarquée, le rayon d’action du missile Zircon pourrait atteindre 1000 km. Le missile Zircon peut être lancé à partir des navires de surface, des sous-marins et des avions russes. Un certain nombre de croiseurs et de destroyers russes seront équipés de lanceurs verticaux 3S-14-11442M similaires aux Mk 41 américains qui ont 128 cellules de lancement. Ils pourront utiliser plusieurs types de missiles, dont Zircon, Onix, Kalibr et S-400, S-350E. Actuellement, la corvette de classe Buyan-M, dans la flottille de la mer Caspienne (qui a participé à l’opération en Syrie), celle de classe Steregushchy, et les frégates des classes de Gepard, amiral Gorshkov et Neustrashimyy, disposent d’un système 3S14 miniature avec 8 cellules de lancement de missiles de croisière Kaliber et de missiles navire-navire Onyx.

Le missile de croisière Kaliber NK a une portée de 4000 km et l’inconvénient est qu’il vole à une vitesse subsonique. Le missile navire-navire russe P-800 Onyx est l’équivalent du BrahMos I (coproduction russo-italienne) qui utilise un moteur statoréacteur, avec une vitesse de Mach 2,8 au niveau de la mer et une portée de 300 km. Le missile navire-navire hypersonique avec un moteur statoréacteur BrahMos II est censé ressembler au 3M22 Zircon et il aura une portée de 300 km et une vitesse de Mach 7. BrahMos-II a terminé les essais en soufflerie aérodynamique et va commencer les essais en vol en 2017 [3].

Un missile lancé de 6000 km à faible altitude est très difficile à intercepter, puisque, entre le moment de sa détection sur le radar et la frappe du porte-avion, les systèmes de défenses ne disposent que d’une minute pour l’encadrer et lancer les contre-mesures. Les missiles antibalistiques SM-3 Bloc IB ne peuvent pas être utilisés contre les missiles Zircon, car ils ne sont pas balistiques et ne parviennent pas à une altitude de 80 000 m à laquelle commencent à fonctionner les capteurs de détection de SM-3 Bloc IB. Étant donné que le prix d’un porte-avions est de plusieurs milliards de dollars, soit plus de 10 000 fois celui d’un missile Zircon, les experts estiment que le missile Zircon, s’il est lancé en particulier à partir d’un avion, pourrait changer les règles dans la configuration d’une future guerre impliquant les forces aéronavales.

Au cours de l’année 2016, la Russie a prévu le déploiement de systèmes de missiles côte-navire de type K-300P Bastion (lancement de missiles P-800 Oniks) et de drones de reconnaissance dans les îles Kouriles. L’an dernier, plusieurs systèmes de défense antiaériens Tor-M2U sont devenus opérationnels dans les Iles Kouriles, et des avions Su-27M, armés de missiles antinavires Kh-41 Moskit d’une portée de 250 km et une vitesse Mach 3.2 (3.587 kmh) avaient été déployés de manière permanente à la base aérienne de Burevestnik sur l’île de Iturup dans l’archipel des Kouriles.

Le système défensif des îles Kouriles comprend le radar Duga-3 OTH (over the horizon), de Komsomolsk-sur-Amur (sur la côte Pacifique), qui fait partie du réseau russe d’alerte précoce antibalistique. Le radar fonctionne en ondes radio courtes, appelée décimétriques à réflexion répétitive sur la couche ionosphérique de l’atmosphère terrestre. La distance de la détection n’est donc pas affectée par la courbure de la Terre. Ce radar a démontré sa capacité à surveiller les essais de missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III américains, lancé depuis la base aérienne de Vandenberg (Californie) vers le polygone de l’atoll de Kwajalein.

Le radar Duga a un champ de vision couvrant 240 ° et contrôle le voisinage des groupes des navires américains de l’est de l’océan Pacifique. Armer les batteries côtières et les avions Su-27M avec des missiles 3M22 Zircon créerait de gros problèmes aux Américains, étant donné que l’île Iturup est située à 190 km de l’île japonaise de Hokkaido, où se trouve la base américaine FAC 1054.

Valentin Vasilescu
Traduction: Avic – Réseau International

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