La torture : une réalité au Sénégal

Police tortureL’image donnerait des frissons à n’importe qui. Dans un bel ensemble, les sept garçons attraits à la barre se tournent pour faire face au public. L’émotion est palpable. Ils viennent tous d’être acquittés après six années passées en détention préventive.

Les larmes aux yeux, ils tentent de communiquer par le regard avec leurs parents qui sont venus nombreux les soutenir dans cette épreuve. Sous injonction du juge, l’assemblée n’a pas le droit de manifester une quelconque émotion. Néanmoins, les larmes de joie coulent. Samba Bâ, 35 ans, et ses amis El Hadji Malick Mbengue, Mamadou Niang, Ousmane Dia, Gora Niang, Ibrahima Wade et Khalifa Sy ont été arrêtés en avril 2009 et inculpés pour association de malfaiteurs, vol en réunion avec port d’armes et usage de violences.

Une fois devant la barre, ils sont revenus sur les aveux qu’ils avaient faits au commissariat de Pikine et qui ont été annotés sur un procès-verbal. El Hadji Malick Mbengue, menuisier âgé aujourd’hui de 24 ans, affirme devant la barre n’avoir jamais participé à une agression. Il raconte que le jour de leur arrestation, ils revenaient d’une soirée dansante.

En cours de route, un de ses amis leur informa que sa grand-mère a voyagé. De ce fait, la chambre de cette dernière était libre. «Nous avons voulu y aller pour terminer la soirée» dit-il.

Une version répétée par ses autres amis debout à ses côté. A la question du juge de savoir pourquoi dans ce cas avoir avoué qu’ils étaient les auteurs des agressions signalées, ils racontent tous que c’est parce qu’ils étaient torturés par les policiers.

Samba Bâ raconte le film de sa torture : «Ils (les policiers, Ndlr) m’ont amené dans une salle, ils m’ont demandé d’avouer. A peine ai-je ouvert la bouche qu’ils commencent à me frapper.» Puis, il raconte que les enquêteurs chargés de l’interroger l’ont fait asseoir sur une chaise. Ensuite, ils lui ont menotté les pieds et frappé jusqu’à ce qu’il finisse par avouer pour qu’ils arrêtent.

El Hadji Malick Mbengue raconte lui aussi avoir été brutalisé pour qu’il avoue. «Ils m’ont tellement frappé qu’ils ont rouvert la blessure que j’avais au bras», affirme-t-il. Des sévices qui, selon eux, les ont poussés à avouer.

Pour l’avocat de la défense, ces jeunes n’avaient aucune raison de s’en prendre aux biens d’autrui. Car selon lui, chacun d’entre eux a un métier, et ils gagnaient bien leur vie. «L’un d’entre eux était même footballeur, donc c’était une petite star, alors comment peut-il prendre le risque d’agresser en sachant que tout le monde le connait» demande-t-il. De ce fait, il a plaidé l’acquittement pur et simple de son client et de ses amis.

Diomma DRAME

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