L'Amérique frappe al-Qaida en Libye et en Somalie

Barack Obama
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Les forces spéciales américaines ont mené samedi deux raids audacieux visant des chefs de la nébuleuse terroriste. Était-ce la riposte tant attendue depuis l’attentat contre le consulat américain de Benghazi (Libye) le 11 septembre 2012 et celui, plus récent, contre le centre commercial ­Westgate de Nairobi (Kenya)? Samedi, les États-Unis ont frappé fort en Afrique: quasi simultanément, deux audacieuses opérations visant les structures de commandement de la mouvance al-Qaida se sont déroulées en Libye et en Somalie.

À Tripoli, un commando armé a intercepté chez lui Abou Anas al-Libi, accusé d’avoir trempé dans les attentats de 1998 contre les ambassades américaines de Dar es-Salaam (Tanzanie) et de Nairobi (Kenya). Après sa capture, la ­Libye, qui a rappelé être liée à Washington par un «partenariat stratégique», a affirmé qu’elle n’avait pas été mise au courant de l’opération américaine et a réclamé des «explications».

Les choses se sont visiblement moins bien passées pour les forces spéciales américaines dans la Corne de l’Afrique. Samedi, à 3 heures du matin, heure locale, un commando des Navy Seals, le team 6, celui-là même qui a abattu ­Oussama Ben Laden le 2 mai 2011 au ­Pakistan, a pris pied sur les côtes somaliennes à hauteur de la ville de Barawe, au sud-ouest de Mogadiscio, muni de silencieux.

Un Tchétchène chez les Chebab

L’objectif était apparemment une bâ­tisse hébergeant des combattants étrangers des milices islamistes Chebab et l’un de leurs dirigeants soupçonné d’avoir commandité l’attentat contre le centre commercial Westgate à Nairobi (67 morts) le 21 septembre. Une violente fusillade contre les miliciens a conduit le chef du team 6 à ordonner un retrait rapide de son commando vers la plage. Les Américains auraient abattu sept militants sans essuyer de pertes, mais l’échec de la mission est patent: la cible principale, qui pourrait être un commandant tchétchène, leur a échappé. Ahmed Godane, le chef des Chebab, connu sous le nom de Moukhtar Abou al-Zubayr, avait précédemment revendiqué l’attaque contre le Westgate, en représailles de l’invasion de la Somalie par le Kenya en 2011.

Il s’agissait de la plus importante opération américaine menée sur le sol somalien depuis que des forces spéciales ont tué il y a quatre ans un chef des islamistes Chebab, Saleh Ali Saleh Nabhan. Et, à la différence de leurs homologues libyens, les responsables somaliens ont indiqué qu’ils coopéraient avec leurs «partenaires étrangers dans la lutte contre le terrorisme».

«Les États-Unis n’auront de cesse de faire payer le prix de leurs actes à ceux qui commettent des actes terroristes, a déclaré le secrétaire d’État, John Kerry, en Indonésie pour un sommet Asie-Pacifique. Ils peuvent toujours courir mais pas se cacher.» Ce double coup de force tombe à point nommé pour le président Barack Obama, empêtré dans une dramatique crise politique interne face à une opposition républicaine virulente.

À défaut de redorer son blason de chef d’État consensuel, les interventions contre les islamistes d’al-Qaida viennent rehausser sa stature de commandeur suprême des armées, impitoyable pour les ennemis de l’Amérique. Une posture à même d’amadouer, espère-t-on à la Maison-Blanche, l’électorat républicain mobilisé dans une guerre de tranchées tout aussi impitoyable contre la loi sur la couverture santé universelle, dite «Obamacare» et entrée en vigueur le 1er octobre, dans un torrent de controverses.

L’engagement spectaculaire des forces spéciales dans les rues d’une capitale arabe en proie au chaos marque un tournant dans la doctrine militaire prônée depuis 2009 par Barack Obama, qui s’appuyait jusque-là sur des drones tueurs pour éliminer ses pires ennemis. Une indignation mondiale grandissante contre ces pratiques jugées amorales avait conduit Obama à annoncer en mai une inflexion de cette doctrine et un ­recours aux actions au sol plus conventionnelles.

Lefigaro.fr

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