Le Charivari et la Légitime Défiance. Par Mohamed Joseph-Henri SARRE

Chronique Mohamed Joseph-Henri SarreLa République a été sens dessus dessous. Toute la semaine… 

Déjà, tous les jours, à la télévision, dans les journaux et sur le Net, s’est fait le procès public des membres de la Fédération Sénégalaise de Football par des supporters frustrés qui n’en finissent pas de refaire le film de l’élimination de leur équipe nationale. Charivari. 

Le président de la Fédération, cerné de toutes parts par les 14 millions d’entraineurs professionnels que compte Ndoumbelaan, fait un dernier baroud d’honneur en défendant son bilan et ses hommes. Loin de tout cela, le chasseur de primes, Alain GIRESSE, n’épargne personne des piques assassines d’un homme qui ne percevait cet engagement, de l’ordre du patriotique, qu’au travers d’un juteux contrat de travail arrivé à son terme… Moment d’anthologie que cette séquence de « fippou » d’Augustin SENGHOR contre le « frère de.. » la star planétaire, Youssou NDOUR, qui à l’antenne de la télévision du Groupe Futurs Médias, expliquait ses échecs répétés par une « schcoumoune » sans équivalent dans l’histoire du football sénégalais… Augustin SENGHOR s’est défendu. Légitimement. En rappelant un principe de base de l’éthique des médias. C’est vrai qu’il ne viendrait pas à l’idée d’un des frères de la famille Bouygues de squatter le plateau de TF1 pour donner son avis sur Didier Deschamps après l’élimination de l’équipe de France de football… Légitime défense. Légitime défiance. 

La semaine footballistique se termine par les images de la Honte. Demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Après s’être posé en sauveur de la CAF, la Guinée Equatoriale en est devenue le saboteur ! En donnant à voir une image de l’Afrique comme aiment en relayer les médias occidentaux. Violence, tricheries et chauvinisme de mauvais aloi… Le cocktail explosif d’une Afrique qui refuse de sortir de l’adolescence immature pour entrer, définitivement, dans le temps de la majorité responsable ! Charivari et légitime défiance d’un pays qui, parce qu’il a sauvé la tenue de cette édition de la CAF, se croit en situation d’en défier toutes les règles… 

Sit-in du PDS à la Place de l’Obélisque. Légitime défiance. Les libertés publiques sont inaliénables. Le droit de manifester ne saurait être remis en cause par un régime, aux abois, qui se découvre des talents d’oppresseur stalinien. Quand les libertés qui font la citoyenneté sont en danger, il est légitime de les défendre. Légitime défense… 

Dire qu’il n’est pas question de laisser son fils aller en prison est une hérésie en Démocratie. Charivari. Que s’est-il donc passé, dans la tête du Pape octogénaire du « Sopi » pour que le « Fipou » le pousse à oublier que nous sommes tous égaux, en droit, devant la Justice ! Oublie-t-il qu’il ne sera jamais question, pour le peuple sénégalais, de voir négocier, hors des prétoires, le sort d’un fils qu’il a mis en danger en l’exposant aux plus hautes fonctions d’une République qui refusait, déjà, de se vivre en Monarchie ? Charivari. 

Quelle image veut donner de lui Macky SALL quand dans le même temps, le Président de la République donne à voir un homme qui, fuyant ses responsabilités, va se cacher en France au moment où l’odeur âcre de poudre couvre la Place de l’Obélisque ! 

Quelle communication se gère d’une façon aussi dilettante en espérant donner de la République une perception de solidité et de sérieux ? 

La succession d’Abdoulaye WADE, Secrétaire Général National du PDS risque d’être aussi sanglante que celle de Moustapha NIASSE à l’AFP ! Charivari. 

Les velléités de révoltes dans ces deux formations politiques sont la preuve que l’histoire politique du Sénégal est à un tournant décisif… 

Les organisations à caractère privé que sont les partis politiques vivent les derniers moments où on pouvait les considérer comme faisant parties intégrantes des patrimoines de leurs fondateurs ! Abdoulaye WADE est propriétaire de l’essentiel des biens mobiliers et immobiliers du PDS. Comme Moustapha NIASSE de ceux de l’AFP ! Il faut craindre qu’en perdant la main sur ces formations politiques, ils ne les dépouillent et ne s’en aillent en les laissant exsangues du patrimoine indispensable à leur pérennité. Ce qui serait une manière légitime de défendre leurs intérêts. Légitime défiance. 

Tout part in fine, du procès de Karim WADE. Tout y aboutit… 

Il faut croire que Dame Justice s’est décrédibilisée pour longtemps au Sénégal… 

Juridiction d’exception, la CREI n’a cessé de donner l’image d’une justice partisane au service du pouvoir de Macky SALL. Charivari. 

Karim Meïssa WADE après avoir été amené de force à la barre et violenté par des gardes pénitentiaires qui devraient savoir toute l’illégalité de la démarche, a choisi de se défendre. En défiant la figure tutélaire de ce tribunal d’exception. Légitime défiance 

Ses avocats, dans un unanimisme parfait, décident, avec raison, de se solidariser de leur client et de ne plus se présenter devant la Cour… Mettant dans l’inconfort un Président de Tribunal qui se remémore, subitement, les bases de la procédure pénale de ses premières années de droit… Charivari. 

La République est sens dessus dessous. Le séant entre deux chaises. Celle de la légitime défiance d’un client et de ses avocats et celle du charivari d’une procédure où aucune des étapes n’a l’air d’avoir été traitée avec la rigueur et la sérénité d’une instruction à charge et à décharge… 

Dans le charivari bruyant de la République malade, les sénégalais, dans leur grande majorité, s’enferment dans un silence assourdissant. Un silence de défiance ? Certainement. 

Ils n’ont rien oublié, les sénégalais ! Aucun des épisodes funestes de la fin de règne d’Abdoulaye WADE n’est sorti de leur mémoire… Les outrances d’un Jet privé qu’aucun Président de la République n’oserait, aujourd’hui, utiliser pour faire face à quelque urgence que ce soit. Les insultes et agressions contre la presse d’un Farba SENGHOR qui refusait de croire en la véracité de cet adage populaire qu’il n’est connu d’autre pouvoir éternel que celui de DIEU. Ils s’en rappellent. Ils se souviennent aussi que le seul sénégalais de l’Histoire politique de leur pays qui ait pu, un jour, voter en faisant usage de la force que lui donnait ses responsabilités d’Etat est devenu Président de la République. 

Ils se rappelleront, demain, de Petro-Tim et d’Arcelor Mittal. Des sacs de luxe de la Première Dame alors que la faim les taraudait… Des postes de l’Etat central trustés par les membres de la famille Fayçal ils se souviendront aussi ! 

Car, chaque fois que la République s’installe dans le Charivari, le Peuple a le devoir sacré de la Légitime Défiance !

Mohamed Joseph-Henri SARRE
Journaliste/Conseil en Communication

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