Le film de l’arrestation de l’opposant gambien Cheikh Sidya Bayo

Cheikh Sidya Bayo
Cheikh Sidya Bayo
Cheikh Sidya Bayo

L’opposant gambien Sidya Bayo est dans les liens de détention depuis trois jours, dans les locaux du commissariat central de Dakar. En attendant son extradition en Gambie ou ailleurs, son avocat, son oncle et les Droits de l’hommiste organisent la riposte. D’après des sources, il sera présenté devant le juge aujourd’hui.

Cette nuit-là, la famille Bayo est au complet, la lune éclaire à peine cette place de Ngor, quartier de Dakar. L’horloge affiche 2 heures et demi, l’on est à l’écoute des derniers «Breaking News» en provenance de la Gambie réveillée par un coup d’éclat de quelques militaires frustrés, remontés contre le régime de Yahya Jammeh. L’on dort à peine malgré l’heure tardive. La famille guette les nouvelles en provenance de la voisine sénégalaise. Puis, l’on toque à la porte. Aussi surprenant que cela puisse paraître. L’on se dit alors que ça fait bizarre à cette heure de la nuit de recevoir des invités. Dakar a les yeux qui pétillent en cette fin d’année. 7 éléments de la Brigade d’intervention polyvalente (Bip) en civil se présentent au domicile des Bayo et demandent le maître des lieux. Ils sont détenteurs d’une convocation de Cheikh Sidya Bayo, l’opposant qui serait à la base d’une vidéo réclamant la paternité du coup d’Etat perpétré derrière le dos du Président Jammeh, en voyage à l’étranger.

«Le père de Sidya est décédé en France … Yahya ne veut pas du corps»

Cet homme d’à peine 35 ans est un virulent opposant à Yahya Jammeh qui ne se prive pas d’occuper les médias sénégalais pour cracher du feu sur le régime de Banjul. Alors, quand les policiers sénégalais se sont présentés sans fatras ni fracas, il a eu l’onction de son oncle Moustapha Cissé pour les suivre. Depuis, il est en détention au commissariat central de Dakar. Sans que ses proches et son avocat ne sachent les griefs qui lui sont reprochés. «Il a été entendu par les enquêteurs, samedi, et normalement, il va terminer sa durée légale de garde à vue aujourd’hui, aucun grief n’a été porté contre lui jusqu’à présent. Et nous espérons qu’il sera présenté devant le juge pour que nous sachions ce qu’on lui reproche dans cette affaire de coups d’Etat en Gambie», explique d’une voix posée Me Bamba Cissé. Même son de cloche au sein de sa famille où, au-delà de l’emprisonnement de Cheikh Sidya Bayo, un deuil glaçant frappe la famille. Car le père de l’opposant gambien est décédé et sa dépouille mortelle devrait arriver de la France sous peu. Comme un malheur ne venant jamais seul, Yahya Jammeh s’oppose à l’inhumation du défunt en Gambie et la famille est en train de faire toute une gymnastique administrative pour son enterrement au Sénégal. Pendant ce temps-là, le fils du défunt Cheikh Sidya Bayo vit ce drame familial derrière une petite cellule au commissariat central de Dakar. «Sidya n’est pas un enfant de chœur, il a un moral d’acier. Ce qu’on attend de la justice, c’est de nous dire les griefs qu’elle reproche à Sidya et pour ça, on croise les doigts et on attend. Il vit tout ça avec foi», informe son oncle Moustapha Cissé.

Mais, la grosse trouille qui empoisonne la vie des proches de l’opposant gambien, c’est de voir les autorités sénégalaises extrader Sidya Bayo vers la Gambie. Ce serait une manière toute simple de signer son arrêt de mort. Une probabilité qui fait froid dans le dos, mais que son conseil, Me Bamba Cissé, exclut d’office. Son raisonnement repose sur un traité de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) : «L’extradition vers la Gambie est une hypothèse à exclure, car tout pays membre de la Cedeao ne peut extrader un de ses citoyens dans un pays appliquant la peine de mort, et c’est le cas de la Gambie.» En tout cas, dans sa cellule au commissariat central de Dakar, Sidya Bayo va longtemps méditer sur ses déboires présents pour ne plus tomber dans des postures zélées allant jusqu’à assumer la paternité de ce coup d’Etat manqué. Une lourde responsabilité sur de frêles épaules d’un opposant de 35 ans que son avocat, Me Bamba Cissé, nie de toutes ses forces. Son conseil et Seydi Gassama d’Amnesty international Sénégal mettent sous le compte d’une mauvaise interprétation… Les Droits de l’hommiste ont sonné la mobilisation générale pour lancer l’opération «Il faut sauver l’opposant Bayo».

MOR TALLA GAYE 

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