Le Mali aurait déboursé une rançon de 13 milliards F CFA pour la libération de l'ex-otage français Serge Lazarevic, selon Paris Match

Mali_Otages FrancaisMali : En plus de l’élargissement de quatre terroristes dont Mohamed Aly Ag Wadoussène. Le Mali aurait déboursé une rançon de 13 milliards F CFA pour la libération de l’ex-otage français Serge Lazarevic, selon Paris Match

Selon des informations publiées sur le site internet du journal français « Paris Match », le 18 décembre 2014, une rançon de 20 millions d’euros, soit 13 milliards FCFA, pourrait avoir été décaissée par le gouvernement malien pour la libération de l’ex- otage français, Serge Lazarevic, à des terroristes du groupe al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Cette somme serait remboursée par la France dans le cadre de l’aide et du soutien qu’elle offre au Mali.

Lors du point de presse qu’il a animé le lundi 22 décembre 2014, le nº2 du gouvernement, Me Mohamed Ali Bathily, avait souligné que le Mali n’avait pas pris part aux négociations ayant conduit à la libération de l’ex-otage français Serge Lazarevic. « Ces négociations avaient été menées par d’autres pays.

Ce sont des États dont la France qui nous ont fait part des conclusions de cette proposition qui demandait la libération de ces terroristes pour que l’otage français puisse avoir la vie sauve » avait affirmé le ministre de la justice et des droits de l’homme.

Il avait aussi fait remarquer que « refuser de libérer Wadoussène contre l’ex-otage Serge Lazarevic pourrait être assimilé à un acte d’ingratitude à l’égard de nos amis français et de déshonneur pour le peuple malien qui sait reconnaître ses bienfaiteurs dont la France ».

Maintenant le très sérieux magazine français « Paris Match » nous apprend, » selon des observateurs maliens », qu’une rançon de 20 millions d’euros soit 13 milliards FCFA aurait été déboursée pour obtenir la libération de l’ex-otage français.

Comme la France ne cesse de poclamer urbi et orbi qu’elle ne paie pas de rançon, qui a alors délié le cordon de la bourse en versant cette manne aux terroristes en plus de la libération, entre autres, de Mohamed Aly Ag Wadoussène, qui avait participé au rapt de l’otage libéré.

Le journal croit savoir qu’une telle somme pourrait avoir été décaissée par le Mali, mais remboursée dans le cadre de l’aide et du soutien que la France offre à ce pays en guerre, afin que le gouvernement puisse continuer à affirmer que « la France ne paie pas ».

Certainement que le ministre Bathily réagira à ces propos. En tout cas, quel que soit le montage autour de cette affaire, les autorités maliennes n’avaient pas d’autre choix. Car en terme de retombées immédiates,, il y a le retour du Fonds monétaire international (FMI) et des autres bailleurs de fonds qui ont desserré l’étau.

Une mesure qui a été saluée, à sa juste valeur, par l’ensemble des Maliens qui espèrent que l’année 2015 sera beaucoup moins pénible pour les chefs de famille que celle qui termine. Tant mieux alors si la libération de Serge Lazarevic aura contribué à cela.

Mamadou FOFANA

Paris Match / Libération otage
Il y a dix-huit mois, 15 Français étaient prisonniers. Aujourd’hui, la méthode Hollande se révèle efficace. Enquête dans les coulisses d’une très longue négociation

C’est Abdelkrim al-Targui lui-même qui m’a amené Serge Lazarevic au point de rendez-vous, dans la région du Tigharghar, à l’est de l’Adrar des Iforas. Avec Aqmi [Al-Qaïda au Maghreb islamique], le chef est présent au moment le plus important », me dit au téléphone depuis le Niger Mohamed Akotey, l’homme qui, depuis deux ans, et dans le plus grand secret, est à l’origine de la libération de tous les otages français au Mali.

Il me confirme que pour Serge Lazarevic, il était seul, comme la dernière fois, en octobre 2013, pour la libération des quatre otages d’Arlit, capturés trois ans auparavant sur le site minier nigérien d’Areva. « Il n’y avait pas de Français, aucun des parasites qui affirment avoir été sur le terrain à cet instant.

Cette fois-ci, je me suis appuyé sur les mêmes personnes, en qui j’avais confiance et que je connaissais depuis longtemps, et non pas sur des organisations politiques », dit-il, démentant le soutien en tant que tel du HCUA, le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad, qui affirme avoir répondu à la demande d’aide du Niger et du Mali, selon son chef, Alghabass Ag Intalla. Pour les otages d’Arlit, c’étaient des patrons de sociétés de sécurité privées françaises qui s’étaient mis en avant.

«A propos de Serge Lazarevic, m’explique le négociateur, des individus appartenant à plusieurs mouvements politiques du nord du Mali ont porté des messages. Ibrahim Inawelan était de ceux-là. C’est un ami. Il m’a permis de renouer contact dans le désert avec les gens d’Al-Qaïda qui sont très méfiants».Ancien commandant d’origine touareg de l’armée malienne, cet officier est passé, comme tant d’autres, à la rébellion. C’est lui qu’Akotey retrouve au cours d’une dizaine de voyages dans ce massif où se dissimulent encore des djihadistes, malgré les coups de main des commandos et les bombardements des avions français. En dépit des risques, ils arrivent encore à se cacher dans les rochers ou à l’ombre d’une dune.

Au péril de leur vie car plus d’un millier ont été « neutralisés », selon le jargon militaire, depuis l’an dernier. Mohamed Akotey circule, comme eux, avec un 4×4 pick-up chargé de bidons d’eau et de fûts d’essence. Le soir, il boit du thé sucré, puis dort sur une natte, et se lève avec le soleil. Des cousins touareg, dont un mécanicien, l’accompagnent. Certains sont d’Agadez. Car Akotey est un Iforas, une grande tribu qu’on retrouve aussi dans le désert nigérien. Grâce à ses liens familiaux, il a établi des relations avec le seul chef touareg d’Aqmi, Abdelkrim al-Targui, qui commande la katiba Al-Ansar.

C’est lui qui, en 2010, a abattu d’une balle dans la tête l’otage français Michel Germaneau, âgé de 79 ans. En 2012, au nom de la charia, ses hommes lapident à mort un couple adultère, parent de deux enfants. Et, en novembre 2013, la katiba Al-Ansar revendique l’assassinat des deux journalistes français de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Depuis la mort de l’émir Abou Zeid, tué au combat par des soldats français, Al-Targui détient Serge Lazarevic, après avoir probablement assassiné son camarade de captivité Philippe Verdon, malade, d’une balle dans la tête.

Un touareg, ancien ministre Nigerien, a négocié la libération

Mohamed Akotey a acquis depuis 2010 la confiance des djihadistes. Cet ex-étudiant à Paris, féru de lecture, a été l’un des chefs de la première rébellion touareg nigérienne, avant de rentrer dans le rang en devenant ministre. Contrairement au Mali, le Niger a eu la sagesse d’intégrer « ses » Touareg au jeu politique. Aujourd’hui, le Premier ministre est un Touareg respecté et Mohamed Akotey préside le conseil d’administration d’Imouraren SA, le plus grand site d’uranium en Afrique, mis en sommeil par la société française Areva à cause de la baisse des cours.

Jusqu’en mai 2012, personne, bizarrement, ne veut entendre parler de lui au cabinet de Nicolas Sarkozy et à la DGSE, qui pilote le dossier des otages. Les négociations ont été confiées à un ancien officier du Service Action, patron d’une société de conseil en sécurité en Suisse et proche des officiers retraités à la tête de la sécurité d’Areva. L’homme a accès à Anne Lauvergeon, à l’époque présidente d’Areva.

Deux premiers otages sont libérés: une femme, Mme Larribe, malade, et un employé africain qu’Abou Zeid ne tient pas à garder. Mais la rançon est lourde: 16,5 millions d’euros, selon l’ambassadrice américaine à Bamako, alors que le chef des ravisseurs est prêt à les lâcher pour huit fois moins, selon les chefs djihadistes que Mohamed Akotey rencontre au cours d’une dizaine de missions effectuées au profit de deux présidents nigériens successifs, qui s’inquiètent de la contagion islamiste dans leur pays.

A chaque retour, le chef de poste des services secrets français à Niamey débriefe Akotey, mais n’a pas d’ordre de Paris pour aller plus loin. Pourtant, l’émissaire -nigérien non seulement fait partie d’Areva, mais il reste le seul à pouvoir rencontrer toute la nébuleuse djihadiste alors que la « privatisation » choisie par Paris s’enlise au Mali, où les intermédiaires évoquent désormais une rançon de 80 millions d’euros! Une dérive qui ne convient guère au chef d’état-major particulier du président Sarkozy, le général Puga, qui n’aime pas toujours les initiatives des ex-officiers de la sécurité d’Areva.

Comme il est d’usage, il présente sa démission à l’arrivée de François Hollande. Celui-ci la refuse et prolonge le « mandat » du général, dont il apprécie les conseils. Pendant l’opération Serval, le dossier des otages est mis entre parenthèses. Mais, en avril 2013, François Hollande change de méthode. Il nomme à la tête de la DGSE un diplomate chevronné, Bernard Bajolet, qu’il a jadis connu en stage de l’Ena à l’ambassade de France à Alger, et lui demande de recevoir un certain Mohamed Akotey. Celui-ci lui a été recommandé par le président du Niger, Mahamadou Issoufou, un ancien ingénieur d’Areva que François Hollande fréquentait au sein de l’Internationale socialiste.

Avant l’été 2013, Akotey rencontre, dans son bureau à l’étage de la DGSE, le directeur général des services secrets français qui lui annonce que le tonitruant ex-officier « est débranché » et que c’est lui qui prend le relais. Akotey accepte, à condition de garder une large marge de manœuvre. Le chef de la DGSE effectue dans la foulée un voyage à Niamey pour officialiser les derniers détails.

Akotey disparaît six semaines dans le désert malien, avec un vieux 4×4, pour renouer les contacts avec les chefs d’Aqmi encore vivants après l’opération Serval. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, proche de Hollande, sera dans la « boucle » pendant toutes les négociations et se rendra en Afrique de nombreuses fois. Le président annonce que la France ne paiera pas de rançon. Dans son bureau, Françoise Larribe, l’otage libérée dont le mari est toujours en captivité, exige le contraire avec virulence.

« Je ne donnerai pas de l’argent pour que les terroristes achètent des cartouches pour tirer sur nos soldats », rétorque le chef de l’Etat, qui laisse les opérations militaires se dérouler en même temps que les missions d’Akotey. Mais les ravisseurs exigent toujours une rançon. Pour ne pas trop écorner le nouveau principe français, un montage est imaginé avec l’Etat du Niger, basé sur le prix de son uranium.

Les quatre d’Areva sont enfin libérés, mais pas Serge Lazarevic. De nouveau, Mohamed Akotey reprend la piste du massif des Iforas. Il retrouve les mêmes interlocuteurs. Mais il m’assure ne pas être entré en contact avec Iyad Ag Ghali, le grand chef touareg des Iforas allié à Al-Qaïda, dont la tête est mise à prix par les Etats-Unis et qui est parent avec Abdelkrim al-Targui, l’émir qui détenait Lazarevic.

Au moindre signe, ils abattront Lazarevic et le médiateur

Circuler dans le massif des Iforas est dangereux car les drones français et américains filment les mouvements depuis le ciel. En quelques minutes, les Mirages 2000 D, positionnés à Niamey, peuvent détruire un véhicule identifié comme hostile. Sinon, des hélicoptères Tigre ou Caracal sont en alerte dans les bases de Gao ou de Kidal. Mais le 9 décembre, l’ordre est de rester au sol. Rien ne doit perturber la remise de l’otage par des ravisseurs qui sont à cran à Mohamed Akotey.

Au moindre signe suspect, ils l’abattront en même temps que le négociateur. « J’avais l’assurance que la zone était sûre », me souffle au téléphone l’intermédiaire nigérien. Les agents de la DGSE veillent au grain. Ce sont eux qui suivent le dossier en « seconde ligne », dans les bases du nord du Mali. Depuis un mois, l’intermédiaire nigérien a effectué depuis Niamey de nouveaux allers-retours pour régler les derniers détails et transmettre les revendications et les consignes de la cellule qui suit le dossier heure par heure à Paris.

Akotey n’est que le messager, mais c’est le seul à qui ce groupe d’islamistes touareg fait confiance. La contrepartie, c’est d’abord la libération des ravisseurs de l’otage français, Mohamed Aly Ag Wadoussène et son demi-frère, ainsi que de deux autres terroristes qui n’ont pas participé au rapt. Le 16 juin 2014, Wadoussène a tué un gardien avec une arme introduite dans la prison de Bamako, où il était incarcéré dans le quartier de haute sécurité, avant de s’évader avec vingt-deux autres détenus.

Il sera repris une dizaine de jours plus tard, après une bataille dans un immeuble de la capitale. Ce volet des négociations est traité au plus haut niveau politique entre la France et le Mali, pour qui il est difficile de refuser, après que le pays a été sauvé des djihadistes par l’intervention militaire française. Mohamed Akotey ne s’occupe pas non plus de la rançon, 20 millions d’euros, selon les observateurs maliens.

Une somme qui pourrait avoir été décaissée par le Mali, mais remboursée dans le cadre de l’aide et du soutien que la France offre à ce pays en guerre, afin que le gouvernement puisse continuer à affirmer que « la France ne paie pas ». Mais l’histoire n’est pas terminée.

Le dispositif Barkhane, qui couvre la bande sahélo-saharienne, et le Cos (Commandement des forces spéciales) ont carte blanche pour éliminer les Gat (Groupes armés terroristes), qui sont désormais harcelés. La semaine dernière, une dizaine de combattants du groupe Al Mourabitoun ont été neutralisés près de Gao, dans la région du Tilemsi: huit sont morts pendant l’assaut et deux ont été faits prisonniers.

Leur chef, un ancien trafiquant de drogue, était à la fois une personnalité du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest et un allié de Mokhtar Belmokhtar. Surnommé « le Borgne » depuis qu’il a perdu un œil en Afghanistan, il avait fait kidnapper en 2011 deux jeunes Français, morts pendant l’assaut des commandos français, et envoyé des combattants commettre un carnage sur le site gazier d’In Amenas, en Algérie.

Aujourd’hui, il serait presque seul près de Sheba, dans le Sud libyen, privé des combattants tués par les Français. Abdelkrim al-Targui, le ravisseur de Serge Lazarevic, risque le même sort car il est plus que jamais en haut de la liste. « Je serais étonné qu’il finisse dans son lit », lâche Mohamed Akotey avec fatalisme.

SOURCE: L’Indépendant

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