Le pouvoir éclaté est-il toujours source de stabilité ?

MARCHE DU PDS ET DE SES ALLIES
MARCHE DU PDS ET DE SES ALLIES

Résumé

Une mutualisation des idées (coalition) prolonge la synthèse des idées qui imposait la dictature d’un groupe sur les autres (majorités vs minorité(s).

L’évolution du jeu démocratique voulue par l’électeur au cours de ces vingt dernières années est ainsi acceptée par les acteurs politiques obligés à la tolérance par une ouverture aux autres.

Cette recherche d’un nouvel équilibre social par un pouvoir éclaté et partagé ne renforce pas pour autant le système à cause des querelles byzantines et du blocage des équipes mises en place. Des États-Unis à la Russie, en passant par la France et le Sénégal, Pathé Mbodje se demande quelle est la finalité d’un système que l’électeur veut en définitive réguler lui-même, en se méfiant du politique.

Le balancier qui oscille entre le social et le politique avec un primat pour le premier terme n’établit pas encore de règles assez claires du processus démocratique lorsque la “Vox Populi” n’est plus la “Vox Dei” à cause du déchirement de l’électeur qui se cherche encore face à un politique plus soucieux de son pouvoir que des possibilités d’amélioration de la vie du citoyen.

I. Du Plus Grand Nombre
Le Plus Faible
« Il y a à parier (…), en citant Chamfort, que toute idée politique, toute convention reçue est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre.»

Extrait de : Edgar Allan Poe. « Histoires extraordinaires. » iBooks. (Traduction par Charles Baudelaire, Première publication en France en 1856.

Les populations de régimes ouverts à la participation politique libre ont testé depuis toujours un système de pouvoir éclaté perçu comme facteur de stabilité sociale. 1789 est ainsi une date importante dans l’appréhension du processus démocratique.

Si, aux États-Unis nouvellement formés, la première forme d’élection s’apparente plus à un choix arbitraire (en tout cas pour le premier président, Georges Washington, par exemple), le système électoral même renforcé par la Révolution française n’est à l’analyse que le compromis dynamique dans le choix de plusieurs futurs possibles et/ou rêvés.

Le binôme politique, la norme après les choix arbitraires motivés, ce binôme donc qui justifiait les consultations populaires, a cédé progressivement la place à un nombre de plus en plus important de formations sollicitant les faveurs des électeurs.

Cela semble découler politiquement d’une consolidation de la démocratie telle que le comprennent les Occidentaux (régularité des scrutins, liberté de candidatures, candidatures multiples, campagne électorale et possibilité d’alternance-Adam Przeworski, Dimanche 5 décembre 2010, in “Le Courrier international”, Linz J. Juan : « Les contraintes temporelles de la démocratie », in…, p.18).

L’élection marque en fait la première manifestation d’un pouvoir partagé comme élément de stabilité sociale. C’est en effet par la pluralité que se vérifie le dynamisme des problèmes réglés ou à régler avec des promesses de campagne toutes aussi aléatoires les unes que les autres ; le choix d’un idéal-type à la Max Weber (in Essais sur la théorie de la science, 1913) n’est dans les faits que la synthèse de tous les compromis possibles médiatisés par la mise en place d’une équipe devant comprendre le message global des électeurs.

De la progression de sociétés relativement homogènes cherchant à minorer l’influence de minorités, à la phase de représentation proportionnelle (Huntington, S. P., 1991), le substrat idéologique reste le même d’une situation bâtarde incluant toutes les opinions, le tout finissant comme dans la fable “Le meunier, son fils et l’âne”.

« —Il y a à parier (…), en citant Chamfort, que toute idée politique, toute convention reçue est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre. » (Edgar Allan Poe. 1856).

La loi du plus grand nombre ne semble plus, en effet, être la voix de la raison ; autrement dit, l’adage “Vox Populi, Vox Dei” ne paraît plus se vérifier.

Le plus n’est pas le mieux. Une nouvelle densité sociale voit le jour devant de nouvelles difficultés de la vie depuis le début des années 70 avec le choc pétrolier, précédé de la terreur internationale née de la création de l’État d’Israël et leurs conséquences sur le comportement humain à travers les pays dans ses relations avec l’autre, de l’intérieur comme de la diaspora.

Dumas Père ne se vérifie plus quand le besoin, au lieu de rendre industrieux, conduit à une mollesse cérébrale qui se résume dans l’acte suprême d’un choix qui tout à la fois exclue et englobe toutes les opinions publiques nationales et internationales qui interviennent peu ou prou dans la marche intérieure d’un pays dit souverain.

L’élection présidentielle de 2002 en France démontre ainsi un curieux choix (Le Pen à la place de Jospin), surtout qu’en 1995 déjà, personne n’avait vu venir Jacques Chirac, surtout pas les instituts de sondage, instantanés momentanés de la réalité sociale.

Les manifestations actuelles de telles pratiques populaires posent à la vérité quelques problèmes, surtout que le partage des idées ne donne pas une action plus décisive sur la pratique sociale. Ainsi, les majorités composites semblent être la conséquence de ce qui précède ; et, bien souvent, elles peinent à se maintenir au pouvoir.

Si la France mitterrandienne et chiraquienne a pu louvoyer plus ou moins bien pour mener à terme ses différentes cohabitations (Jacques et François devenant des mythes errants), l’Italie du Compromis historique de Berlinguer est la meilleure manifestation d’un souci de mutualisation des efforts politiques aux fins de survivre en tant que groupuscule important, en relevant la nécessité d’inclure une minorité au moins (34%) ; ajoutons-y, pour faire plus récent, le Sénégal des années 2000 avec les alternances démocratiques de Me Abdoulaye Wade et de Macky Sall où le prétendant n’est aimé que par un Sénégalais sur quatre (Me Wade) voire un sur cinq (Macky Sall), la complexification du social dans des normes et valeurs diverses (absence de repères), la naissance de mouvements épousant ces nouvelles valeurs, l’intervention de la société dans la redéfinition du jeu politique, c’est-à-dire sur le réel avec l’invasion de la société civile, en particulier les artisans de la reconnaissance et du renforcement des droits de la personne humaine…qui peinent apparemment à comprendre l’humain dans son tréfonds.

Ceci a conduit à un émiettement de l’électorat, un ramollissement cérébral comme dit Nonna Mayer (sous la direction de : Le nouveau désordre électoral français : 1995-2002 et 2010). Aux États-Unis, le diktat des “Ânes” et des “Éléphants” ne compense pas la diversité des candidatures mais multiplie les problèmes locaux à solutionner lors des élections, de la couleur du cheval blanc de Henri IV au poteau électrique placé devant un jardin et qui gâche l’harmonie de l’environnement ; l’élection de Georges W. Bush Jr, en 2000, amenait déjà à se questionner sur le sens du vote, et pas seulement en Floride.

La satisfaction de voir les nouvelles préoccupations prises en compte par des groupes fragilise alors le système démocratique quand on se contente désormais de peu et conduit souvent des minorités réunies au pouvoir où elles peinent à asseoir un semblant de cohésion politique dans une tentative de réalignement politique qui se veut sommation des enjeux sociaux.

Le Canadien Vincent Lemieux établissait déjà un lien entre nombre de formations politiques et émiettement de l’électorat avec le passage d’un binôme politique marquant la vie en Amérique du Nord à la diversité politique (Lemieux, Gilbert et Mais, 1970).

La sociologie étant la fille de la démographie, la nouvelle densité morale de la société par segmentations contenues dans l’espace État-Nation repose sur de nouvelles inégalités nées d’exclusions (environnement, phénomène des banlieues, paupérisation, crises économiques entraînant des conflits, souvent armés (la seconde guerre mondiale imposée par le nazisme) ; malheureusement, si le besoin rend industrieux, comme l’affirme Dumas père, une sorte d’empathie générale semble s’être emparée de populations conjoncturées. Et le plus devient comme qui dirait l’ennemi du mieux.

Le Sénégal connait ainsi 212 formations politiques (Enquête no 610 du 24 juin 2013, page 2), pour une population électorale tournant à un peu plus de la moitié de la population (5 millions vs 12).

Ces électeurs n’accordent pas plus leur confiance infinie au politique, comme partout ailleurs, le questionnement tardant souvent à trouver des réponses claires et précises devant l’ampleur et la complexité des problèmes qui assaillent l’Humanité.

“De la discussion politique à la manifestation de rue, du vote à la consommation engagée, de la grève des urnes à celle de l’impôt ou à l’Internet militant, cet ouvrage (de Mayer) porte un regard novateur sur une question centrale en démocratie : la “participation politique”. Une participation foisonnante, multiforme, contournant les canaux institutionnels, débordant les frontières de l’État nation, mais toujours inégalitaire. “, lit-on dans la présentation de l’ouvrage de Mayer de 2010.

La société devient alors elle-même sujet et actrice et impose sa volonté au jeu politique qu’elle édulcore en répartissant sa confiance, sans préjudice de la reprendre si nécessaire (Égypte, Brésil, Turquie, Mouvement “Indignez-vous !”, etc).

Lorsque la “Documentation française” invoque, parlant de la cohabitation en France, “la volonté des électeurs qui, à trois reprises (1986, 1993, 1997), ont imposé cette situation au sommet de l’État”, on croit relever désormais le primat du social sur le politique ; dorénavant, peut-on en conclure, le peuple façonne et modélise sa politique qu’il impose aux acteurs qui font de la politique une profession.

Le Sénégal des Locales de 2009 en est un bel exemple lorsque le peuple décide d’ériger des garde-fous devant Me Wade en élisant ceux qui s’opposaient mollement, en les armant au cours d’Assises rappelant les conférences nationales post-chute du Mur de Berlin avec l’arrivée de la société civile, des mouvements associatifs et autres bonnes volontés.

Et ceci aussi bien en amont qu’en aval, c’est-à-dire avant, pendant et après, imposant dans les faits les mêmes forces sociales à la réalité qui émerge, forces hier antagonistes aussi bien sur le plan de la densité physique (membership) que morale (différences idéologiques, politiques, philosophiques).

Et pourtant ces forces antagonistes d’hier sont appelées aujourd’hui à collaborer ! Faut-il cependant le remarquer en le regrettant ? La société se crée de nouvelles réalités, invente son héros pour articuler ces nouvelles dimensions, refuse cependant de lui donner les pleins pouvoirs, fragilisant ainsi la dynamique sociale.

Cette problématique est au cœur de cette tentative d’interprétation de quelques signes sociaux qui prend ses racines sur le Sénégal.

La présente réflexion englobe toutes ces préoccupations épistémologiques et essaie de comprendre les motivations profondes qui ont marqué le Sénégal dans sa longue marche vers la démocratie. Le débat est ainsi lancé et reste ouvert aux acteurs et analystes de la société sénégalaise.

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Vidéo- Assane Diouf change de look et reprend du service.

by bishba in FAITS DIVERS 0

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