Le «SCRIPTO-SENSU» du samedi 17 Janvier 2015 par Mohamed Joseph-Henri SARRE: La République des Renoncements

Chronique Mohamed Joseph-Henri SarreLa République des Renoncements 

L’année nouvelle commence mal ! Très mal… 

La République, la française, sort, hébété, du plus meurtrier attentat de son histoire. Douze journalistes de l’hebdomadaire satirique « Charlie Hebdo » sauvagement massacrés par deux frères, d’origine maghrébine, nés et ayant grandi au pays de Marianne et se réclamant de l’organisation terroriste Al-Qaida dans la Péninsule Arabique. Dans la même séquence temporelle, un complice des frères Kouachi, Hamédy Coulibaly, abat lâchement une policière municipale, à Montrouge, avant de tuer, au cours d’une prise d’otages, quatre juifs dans un supermarché cacher de la Porte de Vincennes. Tétanie. 

Après avoir, dans un élan extraordinaire de solidarité nationale, enterré ses morts, la République, encore sous le coup delà sidération, titube… L’esprit embué de colère, elle se cherche entre l’autocritique responsable d’une assimilation inopérante et les dérives de la stigmatisation de près de cinq millions de musulmans. Le temps de la raison arrive. Il montrera, j’en suis sûr, qu’au-delà de l’Islamisme, ce qui est advenu est le fruit exécrable de la République du Déni et des Renoncements. 

Les Renoncements de la République. 

Le président, de la nôtre de République, renforce cette image détestable de dilettante en interdisant, benoitement, un hebdomadaire qui n’a jamais été distribué au Sénégal. Il a pourtant été aux premières loges d’une manifestation où tous, dans un unanimisme béat, disaient s’appeler désormais « Charlie » ! Il a dû se rappeler, après coup, que lui s’appelait Macky et qu’il présidait aux destinées d’un pays où pas un seul de ses concitoyens n’était préparé à comprendre que l’on puisse caricaturer, avec autant d’irrespect, le prophète de la religion majoritaire… Un pas en avant. Deux en arrière ! 

Le Président de la République a renoncé. Encore une fois. Le continuel renoncement à tenir une posture avec constance et cohérence. 

Nous sommes dans la Républiques des Renoncements ! 

La Justice, garante de l’Egalité entre les citoyens, nous a montré cette semaine encore, à quel point elle s’était trouvé de nouvelles idoles ! En érigeant un tribunal d’exception, elle reconnait qu’elle ne faisait guère confiance, pour juger le fils de l’ex Président WADE, à ce système qui avait, pourtant, toute la crédibilité pour mener à bien cette mission. Le président de la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite, lui aussi, a renoncé ! Renoncement à la Sérénité, aussi importante que la Lettre et l’Esprit des Lois, pour dire le Droit sans donner à croire que la seule chose qui importe ne soit l’Equité ! N’accordant aucune crédibilité à la Cour qui le juge, Karim WADE, plein de la morgue qui lui reste de sa récente déchéance de la vice-présidence du Sénégal, commet l’irréparable : résister, physiquement, à la force du droit. Le droit utilisa la force pour le contraindre, brutalement, à lui répondre. Renoncement de Karim à la posture responsable qui lui donnait, jusque-là, une épaisseur humaine lui attirant la sympathie d’un potentiel électorat présidentiel ! 

Renoncement de la République. A une justice apaisée garantissant, à tous, une instruction à charge et à décharge et où la recherche de la preuve revenait à l’accusateur du détournement des milliards introuvables de nos précieux deniers … 

Le cœur de la République a, lui aussi, renoncé ! L’Assemblée Nationale, et son écrasante majorité apériste, a fait le deuil d’un retour à l’orthodoxie du quinquennat de son président. C’est, pourtant, par cette injuste séquence, son départ de la présidence de l’Assemblée nationale, qu’a commencée, il y a cinq ans, la longue traversée du désert qui a fait de Macky SALL la victime expiatoire des errements politiques du Maitre du SOPI… Plus personne n’attend de cette Assemblée qu’elle pose, en toute responsabilité, le débat de la réduction promise du mandat présidentiel Elle ne le fera, je le crains, que contrainte et forcée par une opinion publique qui ne se laissera pas gruger par un Président grisé par l’ivresse de la victoire et qui, aujourd’hui, préférerait n’avoir jamais ouvert la bouche. Quinquennat ou Septennat ? Dilettantisme ou Renoncement ? Renoncement. 

Renoncement de la République. La République des Renoncements… 

Le pire des renoncements de notre République nous vient, peut-être, d’un pouvoir qui ne lui est pas consubstantiel : la Presse. A tort ou à raison, elle est au centre de toutes les suspicions citoyennes ! Peut-être parce que jamais, dans l’histoire de notre jeune nation, autant de patrons de presse n’avaient occupé, dans le même moment, des positions de pouvoir… Tous ayant contribué, à des degrés divers, à la chute du précédent régime ! Tous ayant fait les beaux jours qui, du journalisme d’investigation, tel autre de l’insulte et de la diffamation Outre-Atlantique, les autres d’un journalisme à la petite semaine se nourrissant d’histoires de caniveaux et de petits chantages ! Les plus subtils d’entre eux préférant murmurer à l’oreille du Président et user de l’Influence que donne la posture du conseiller ! Il en est de la Presse comme de l’Opposition. Elle a renoncé. 

Renoncement. Funeste renoncement qui foule aux pieds le devoir sacré d’information de nos concitoyens. Une République sans presse. Un phare sans lumineux. Hérésie. 

Le dernier des Renoncements nous vient de ce qui devrait nous assurer des lendemains qui chantent : l’Ecole de la République. Celle qui devra « faire » les Citoyens du Sénégal de tous les possibles ! Le Sénégal de la responsabilité citoyenne, de la compétence conquérante d’un Monde global aux opportunités extraordinaires. Cette Ecole a renoncé à la réforme, plombée qu’elle est par un syndicalisme d’arrière-garde et par une politisation dont les seuls perdants seront les étudiants. 

Renoncement à la face hideuse de la Forfaiture. Inacceptable car facteur d’obscurantisme chez ceux qui sont le Sénégal et les sénégalais de demain. 

Dans la République d’aujourd’hui, les seuls à n’avoir pas renoncé ce sont les proches du Président de la République. Eux ne renoncent à Rien… 

Ils ne renoncent ni aux fonctions les plus prestigieuses de l’Etat-Providence, ni aux concessions pétrolières, encore moins aux passe-droits donnant accès aux ors de la République. Ils en oublient, rigolards, que c’est de l’ordre de la Noblesse que de ne pas prendre tout ce qui se trouve à portée de mains… 

La semaine prochaine, le frère du Président de la République devrait avoir ajouté une nouvelle fonction à son insatiable ambition : Président de l’Association des Maires du Sénégal. Sans que personne n’y trouve à redire… 

Parce que la République a Renoncé. Définitivement.

par Mohamed Joseph-Henri SARRE

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