L’Ecole publique de la République en danger

Ibrahima Sene Pit BbyAvec cette présente crise de l’école sénégalaise, c’est la même rengaine que les critiques de l’action des gouvernants ou des luttes des syndicats d’enseignants nous servent depuis le début de la période des politiques d’ajustement au Sénégal, en 1984.

D’un côté, l’on dit le gouvernement n’a pas de vision, il a une approche cour-termiste, et de l’autre, l’on nous sert un manque de patriotisme ou de conscience professionnelle des enseignants. Personne ne veut prendre en compte le changement de la mission de l’école que ces politiques d’ajustement ont obligé nos gouvernants d’exécuter.

L’on oublie que ce sont ces politiques d’ajustement qui ont empêché Diouf, avec la complicité évidente d’IBA DER Thiam, d’appliquer les Conclusions des Etats Généraux de l’Education et de la Formation organisés en 1981, dès l’avènement de Diouf à la Magistrature suprême.

L’école sénégalaise devrait être privatisée pour créer les conditions aux fils des couches aisées d’accéder aux savoirs et savoirs faire, pour prendre demain , en main, les destinées de notre peuple. Et cela ne serait possible, qu’avec la détérioration des conditions d’étude de l’école publique pour créer le besoin, pour les couches aisées, d’une école privée de qualité.

Pour ce faire, il faillait dévaloriser la fonction enseignante par la précarisation de son statut professionnel, tout en ayant conscience, qu’au Sénégal, cela va enclencher des luttes syndicales, que le passé militant de ce corps d’élite, laissait prévoir.

Mais c’était le seul moyen de détériorer l’image de l’école publique qui était l’objectif visé, mais masqué par des considérations de contrainte de masse salariale dans un contexte où le remboursement de la dette extérieure était érigé en exigence absolue pour les Institutions de Bretton Woods.

Dans ce contexte, les syndicats d’enseignants, comme des autres services publics, ont perdu de vue, dans leurs stratégies de riposte, que leur arme fétiche, la grève, était devenue leur talon d’Achille, par lequel, les Institutions de Bretton Woods vont atteindre leurs objectifs de dévalorisation du service public.

Les Syndicats n’ont pas usé de l’autre conquête démocratique du peuple, qui est le droit à la marche pacifique, à des jours non ouvrables, pour la substituer à leur droit de grève, dans leurs luttes contre la détérioration de leurs conditions de vie et de travail, et la dévalorisation de leur fonction.

Ils auraient pu, de cette manière, préserver le déroulement normal des apprentissages, tout en ralliant à leurs causes, parents d’élèves et élèves, pour peser significativement sur les gouvernants pour défendre l’école publique et valoriser la fonction enseignante telle que prévue par les Etats Généraux de l’Education et de la Formation.

Des Camarades syndicalistes de services publics comme moi, avions, en son temps, attiré, en vain, leur attention sur le contexte nouveau dans lequel ils ont à lutter. Ils ne voulaient pas comprendre, que dans ce nouveau contexte, toute grève sectorielle d’un service public ne pouvait aboutir qu’à des accords toujours non respectés, et qui motivaient de nouvelles grèves, qui à la longue, discréditaient le syndicalisme, perçu comme une arme de dilatoire entre les mains des gouvernants.

La grève n’était devenue une véritable arme de lutte, que si elle cessait d’être sectorielle, pour devenir générale, prise en charge par les Centrales syndicales.

C’est parce que les Gouvernants en ont eu conscience dès le départ, qu’ils ont mis l’accent à diviser d’abord les Centrales, puis à corrompre certains dirigeants parmi eux, avant de favoriser la démultiplication des syndicats sectoriels, notamment dans l’enseignement, en une multitudes de micro organisations, entretenues par des prébendes distribuées par les gouvernants, singulièrement sous Wade.

Le syndicalisme affairiste et de sinécure prenait peu à peu le dessus sur le syndicalisme d’expertise et de lutte, hérité de l’histoire.

Avec la chute de Wade, les objectifs des Institutions de Bretton Woods n’ont pas changé, et les syndicats d’enseignants n’ont pas changé de méthodes de lutte.

Ceux qui doutent encore des objectifs que les Institutions de Bretton Woods ont assigné à l’école publique, devraient encore méditer sur les recommandations de la Concertation Nationale sur l’Avenir de l’Enseignement Supérieur au Sénégal (CNAES). Ne vise t’elle à orienter 50% des Etudiants dans le privé, comme si leurs parents avaient tous les moyens de leur payer leur scolarité !

Mais en fait, ce sera aux frais de l’Etat, comme les orientations de cette année l’ont préfiguré !

La Banque mondiale est d’accord que l’Etat le finance plutôt que d’utiliser ces fonds pour améliorer les conditions d’étude et de vie des étudiants dans le public !

Il est donc grand temps que les syndicats d’enseignants et les parents d’élèves de couches pauvres et moyennes, prennent conscience de cet état de fait et en tirer toutes les conséquences.

Cependant, ce qui est en train de changer, par contre, ce sont les rapports entre les nouvelles autorités et les syndicats d’enseignants, à savoir, la fin du syndicalisme de prébende et de sinécure, qui en rajoute au radicalisme syndical.

Le problème est donc, maintenant, d’aider le syndicalisme enseignant à sortir de ce piège dans lequel les Institutions de Bretton Woods l’ont attiré en exerçant des pressions sur nos gouvernants.

Il ne s’agit donc pas de sauver l’année scolaire seulement, mais fondamentalement, de sauver l’école publique et la fonction enseignante.

Pour cela, il faut tenir une nouvelle concertation nationale du genre des Etats Généraux, en demandant aux syndicats d’enseignants une pause pour faciliter sa tenue dans les meilleurs délais. Leur rassemblement dans un même Cadre Unitaire devrait favoriser un tel tournant, pour peu que l’on cesse de jeter l’huile sur le feu, en mettant au pilori les uns et les autres protagonistes.

Ibrahima Sène PIT/SENEGAL

Dakar le 21 Juin 2013

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