Les fake-news de France Info

Qu’on se le dise : la lutte contre les « fake news », c’est une affaire âpre, de longue lutte et qui implique progressivement de plus en plus de monde. Et pas seulement parce que le gouvernement s’est dernièrement lancé dans l’écriture d’une de ces petites lois croquignolettes dont il a le secret ! C’est un véritable mouvement d’ensemble qui concerne en premier chef les producteurs reconnus de la propag des informations officielles et, passage oblige de notre nouveau monde tout numérique, les GAFA qui les relaient assidûment.

C’est ainsi que sont et seront mobilisés tous les organes, même les moins turgescents, de notre beau PAF : depuis France Sphincter Inter jusqu’à Fail France Télévisions, chaque article sera méticuleusement choisi pour convoyer avec dignité et précision les informations les plus essentielles au meilleur vivrensemble dans le pays.

Et à l’approche d’une nouvelle brochette de merguez-parties planifiées par les inamovibles syndicalistes de la SNCF, d’Air France et de quelques autres mammouths titubants de notre beau pays, quoi de mieux que rappeler ce qui fait, précisément, la force des magnifiques services publics, ce dévouement quasi-christique à la cause collective ?

Ainsi, quoi de mieux qu’exhiber l’abnégation d’un service public exemplaire qui se maintient coûte que coûte, faisant fi de la rentabilité ?

C’est ce que prétend donc montrer France Info dans un articulet mitonné (mythoné ?) avec soin où l’on nous présente le cas, touchant, de cette ligne de chemin de fer japonaise maintenue pour une unique passagère, étudiante, qui n’a pas d’autres moyens que le train pour rejoindre son établissement scolaire, et ce jusqu’à l’obtention de son diplôme.

Trop mignon.

Au passage, on ne pourra s’empêcher de s’interroger sur la pertinence du choix de France Info de prendre exemple sur le Japon où, on le sait maintenant avec pas mal de recul, les services ferroviaires sont incomparablement meilleurs que ceux offerts en France (comme en témoigne ce petit article), sans même parler des services publics en général (où le constat est globalement le même, depuis la poste jusqu’à l’éducation).

Mais bon, soit, il nous reste donc cette tendre aventure de l’étudiante unique desservie vaille que vaille.

Le problème étant bien sûr que cette nouvelle est … bidon.

Certes, il s’agit d’un article de janvier 2016 dont France Info n’a pas spécialement eu à se glorifier d’autant plus que ses sources, essentiellement CCTV (une chaîne de télévision … chinoise), pouvaient laisser penser à une grosse mise en scène. Mais aucune correction, aucun addendum n’auront été fournis en deux ans pour expliquer aux lecteurs qu’ils se sont fait médiocrement balader. Et lorsque les grèves cheminotes sont à nouveau apparues sur les radars ces derniers jours, il n’a pas fallu longtemps pour qu’un zélé défenseur des Services Publics et des Bienfaits de l’État relaie cet article sur les réseaux sociaux, lui donnant une nouvelle jeunesse et un nouveau tour de buzz médiatique.

À tel point que les inénarrables Décodeurs du Monde se sont auto-saisis pour tenter de remettre un peu d’ordre chez leurs confrères : après une enquête journalistique palpitante, on en arrive à la conclusion que rien ne permet d’affirmer que la gare est restée ouverte spécialement pour faciliter la scolarité de l’étudiante, qu’elle n’était pas unique dans son cas, et que la société n’est pas franchement un service public mais bel et bien privée.

Patatras.

Cette mésaventure pose cependant une question évidente : puisque France Info relaie manifestement des carabistouilles et qu’il ne se corrige même pas une fois la supercherie découverte, les autres médias classeront-ils ce site dans les propagateurs de fake news ? De leur côté, Google, Facebook ou Twitter prendront-ils dorénavant les nécessaires pincettes qui s’imposent pour traiter les « informations » en provenance de cette source douteuse ?

On m’objectera que cette petite histoire n’est qu’un articulet parmi tant d’autres, sans grand impact dans l’opinion (encore que son buzz médiatique indique le contraire), que de telles « fake news » sont rares dans la myriades d’informations proprement vérifiées que nos médias fournissent…

Peut-être. Ou peut-être pas tant que ça.

Peut-être n’est-ce en réalité que l’un de ces grumeaux bien visibles des myriades de petites notules foireuses qui passent pour authentiques au nez et à la barbe des chasseurs de calembredaines, Décodeurs du Monde y compris. Peut-être que ce genre de boulettes est en réalité chose courante. Peut-être les médias français, Le Monde et ses Décodeurs y compris, sont-ils truffés d’informations partisanes, lourdement biaisées voire carrément fausses ?

Et à bien y réfléchir, serait-ce si étonnant alors que souvent ils s’abreuvent tous aux mêmes sources, généralement aussi frelatées que celles qui irriguent les réseaux sociaux ?

Serait-ce si étonnant alors que, pour rappel, la France ne fait pas vraiment partie du Top 10 des références en matière de liberté de la presse et de qualité des informations qui y sont débitées ?

Serait-ce si surprenant alors que la presse française, à défaut de baigner dans des informations toujours redoutablement exactes, ne se gêne pas pour barboter avec délice dans des piscines d’argent public qui lui donne donc, de façon claire et compréhensible, une incitation évidente à rester bien en cour pour s’éviter des coupes budgétaires douloureuses ?

Et pire encore, peut-être les relais médiatiques et autres réseaux sociaux tels Google ou Facebook, n’ayant en pratique aucun moyen de discerner les informations non propagandistes de celles issues de rumeurs et autres parodies, s’en tiennent au strict rapport de force et se chargent donc de ne relayer que ce qui leur causera le moins de soucis juridiques, autrement dit les canaux officiels qui sont, en France, à peu de choses près ceux stipendiés par l’État.

En définitive, la petite histoire bidonnée de l’étudiante unique desservie par un service public ressemble à s’y méprendre à l’un de ces contes de fées que les adultes chuchotent aux enfants pour les endormir. Ou à ceux que les États omniprésents et multi-faillitaires pipeautent à leurs citoyens. Pour les endormir aussi.

Source : H16

Lu ici

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