Les ministres se cachent pour mourir

Madiambal Diagne 3Que notre République est parfois bonne fille ! Au point qu’on peut la quitter sans même un petit merci ou pire lui manifester son courroux ou même lui garder une dent. Que dire de l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye qui passe le service à Aminata Touré en «33 minutes chrono». Pas un mot de reconnaissance ou de gratitude au Peuple sénégalais encore moins au président de la République Macky Sall ! Pourtant c’est le Président Macky Sall qui lui avait fait l’insigne honneur de le nommer à une aussi prestigieuse fonction, parmi plus de 13 millions d’autres citoyens dont nombre ne seraient pas moins méritants.

Pas un mot public d’encouragement ou de vœux de réussite pour son successeur Aminata Touré ! Que dans la précipitation à quitter les locaux du siège du gouvernement, l’assistante du Premier ministre Abdoul Mbaye emportât, avec elle, les clefs du secrétariat pour que l’équipe de «Mimi» Touré fût obligée de recourir à un serrurier pour pouvoir s’installer !

Dans ce pays, c’est une tradition bien établie. Quand on quitte le pouvoir, on quitte immédiatement le pays pour «ne pas gêner son successeur». Les Présidents Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade l’ont fait. Sans doute pour différentes raisons, les Premiers ministres Idrissa Seck, Mame Madior Boye, Souleymane Ndéné Nidaye, Cheikh Adjibou Soumaré, l’ont fait, ne serait ce que durant des périodes plus ou moins longues. Abdoul Mbaye, qui a quitté Dakar pour le Maroc, comme première étape, s’inscrit dans cette tradition.

Mme Aminata Niane, ancienne Directrice générale de l’Apix, recyclée pour être nommée alors ministre auprès du Président Macky Sall, raconte une anecdote dont elle rit encore avec ses amis.  Quand elle avait été instruite par le chef de l’Etat de se présenter au Premier ministre Abdoul Mbaye et de voir comment collaborer avec lui, ce dernier ne trouva rien de mieux à lui prodiguer que de «quitter le pays immédiatement».

On raconte que sur son chemin d’exil ou de vacances bien méritées (c’est selon), Abdoul Mbaye, à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, refusa de passer par le salon d’honneur, comme tous les autres anciens Premiers ministres. Invité par le protocole d’Etat à passer par le salon d’honneur, il rétorqua qu’il passe «par là où passe le Peuple».

Pourtant, avant d’avoir été nommé Premier ministre, il lui arrivait de passer par ce Salon d’honneur. On ne peut alors s’empêcher de penser qu’il a boudé et qu’il manifeste ainsi son courroux comme l’avait fait une certaine Mme Viviane Wade arrivée à Dakar en juin dernier pour rendre visite à son fils Karim Wade emprisonné (Voir notre chronique du 24 juin 2013). Qu’est ce qui justifie ce comportement qui traduit un manque véritable de  «fair-play» ?

Le ci-devant ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Kane, n’a pas, lui aussi, été plus élégant. Il a fait des misères à son successeur Amadou Ba. Et comme pour régler on ne sait quels comptes à la presse, il aura refusé que sa passation de services se fît devant les médias. Interdiction formelle était faite aux médias d’accéder à l’immeuble Peytavin, siège du ministère de l’Economie et des Finances. Pourtant, le même Amadou Kane se plaisait bien de poser devant les caméras au moment de sa prise de fonctions comme ministre de l’Economie et des Finances.

La cérémonie de passation de services avec Abdoulaye Diop n’avait pas été ravalée à une affaire d’intimité privée ou familiale. C’était dans la cour de la République, au vu et au su de Monsieur et Madame Tout le monde. Quid de l’agencement protocolaire de la cérémonie de passation avec Amadou Ba ? Le même jour, Amadou Kane devait passer le service avec deux autres ministres : celui du Plan (Abdoulaye Baldé) et celui des Investissements (Diène Farba Sarr).

Ces ministres héritent ainsi de certaines attributions traditionnelles du ministère de l’Economie et des Finances. Le protocole voudrait que les passations de services soient effectuées par ordre du plus petit au plus grand ministère. Seulement, Amadou Kane n’avait pas voulu agir de la sorte. Il imposa son agencement propre pour exiger de passer le service en premier avec Amadou Ba. Soit !

Mais là où le bât blessait, c’est qu’après avoir passé le service avec le nouveau ministre de l’Economie et des Finances, le temps de passer le service avec les ministres Baldé et Sarr, l’ex-ministre Amadou Kane avait continué à occuper pour ne pas dire squatter le bureau qui revenait ainsi à son successeur. Ce dernier prendra plus de hauteur en n’exigeant pas de rester dans son nouveau bureau.

La bonne image de la République est sauve. Cette image sera par contre grièvement égratignée par la passation de services au ministère de la Femme. La cérémonie de passation de services entre Mariama Sarr et sa remplaçante Anta Seck a été fort tumultueuse.

Mariama Sarr et ses compagnons n’avaient pas su dissimuler leurs états d’âme. Un spectacle de querelles autour d’une borne fontaine avait été servi au public invité par la République. Le célèbre écrivain Cubain Jose Marti disait que «la grandeur des chefs n’est pas dans leur personne mais dans la mesure où ils servent la grandeur de leur Peuple».

  • Écrit par  Madiambal Diagne

mdiagne@lequotidien.sn

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