Lettre ouverte à Macky Sall: salaire et versement de primes et d’indemnités au personnel de l’Armée et de la Gendarmerie

macky sallMonsieur le Président de la République

Officier de l’Armée à la retraite, ayant totalisé plus de 35 ans de service, âgé de 65 ans depuis le 07 Janvier 2015, par conséquent, je ne suis plus assujetti aux obligations militaires de par la loi 2008-28 du 28 Juillet 2008.

Pour toutes ces raisons, par devoir moral, je tiens à donner des éclairages suite à la lecture dans le quotidien «L’AS » du 05/05/2015, de l’article relatif aux décrets cités en référence et portant relèvement de salaires, de primes et d’indemnités des personnels de l’Armée et de la Gendarmerie.

Tout d’abord, je tiens à donner raison aux médecins militaires, aux sous officiers et hommes de troupe qui crient à l’injustice. Si l’objet visé par ces mesures était de relever le moral des militaires et gendarmes, en améliorant leurs conditions de vie, elles ont plutôt fait naître un sentiment d’injustice et de frustration chez les médecins militaires et personnels non officiers pour les raisons suivantes :

  • Au plan des CV, le premier diplôme des médecins militaires qui est le Doctorat Bac + 7 ans est égal ou au dessus des autres diplômes existant dans les corps et spécialités de l’Armée et de la Gendarmerie. A l’issue de ce premier cursus, les médecins militaires sont nommés au grade de lieutenant.

Les autres officiers de l’armée et de la gendarmerie sont nommés lieutenant, 5 ans après leur entrée en service à l’Ecole d’officier

  • Pour se spécialiser, les médecins militaires font 4 ou 5 ans, ce qui les amène à Bac + 11 ou 12 ans. Ce diplôme de spécialisation est l’équivalent du certificat d’Etudes Supérieures (CES) ou du 2ème degré de la spécialisation militaire.
  • A l’issue de la 2ème phase de leur cursus, l’élite passe un concours sélectif pour l’obtention du diplôme d’agrégation du CAMES, relevant du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) ou du Val de Grâce, ce qui les amène à Bac + 15 ans.
  • Dans le cadre de la montée en puissance du service de Santé des Armées, il a été créé un corps technique et administratif du service de Santé des Armées. Les officiers qui le composent sont formés à l’Ecole du Val-de-Grâce de Paris. A l’issue de leur formation, ils sont titulaires d’un Master 2 de Santé Publique (Bac + 5) de l’Université de Paris VII. Ce corps de technique vient d’enregistrer en son sein un Ingénieur Biomédical.

En dehors de l’Armée, ces officiers sont aptes à diriger des hôpitaux de tous les niveaux.

Comment peut-on faire fi de tout ce mérite. Les chefs militaires qui ont été à l’origine de ce travail ont exclu toute une corporation, maillon indispensable de toute la chaine logistique en temps de paix, comme en temps de guerre. Sur les théâtres d’opérations, ils animent les hôpitaux de campagne et les antennes chirurgicales. Ils participent à la mise en conditions des troupes et relève considérablement leur moral.

  • Les hommes de troupe et les sous-officiers qui sont la cheville ouvrière de l’Armée et de la Gendarmerie ont besoin de reconnaissance pour les raisons suivantes :
  • Projetés sur les théâtres d’opération, ils sont les premiers à être en contact avec les troupes ennemies. Quelle mission périlleuse !
  • Les pertes en vie humaine et blessés sont plus nombreux de leur côté.

Pour compenser l’insuffisance de  l’indemnité qui leur est accordée, Monsieur le Président de la république, je propose qu’il leur soit versé une prime de risque. Ce qui pourrait gonfler à bloc leur moral. Sans cette  catégorie de militaires, l’Armée et la gendarmerie, n’existeraient pas et le Sénégal vivrait alors dans l’insécurité totale.

Les corps paramilitaires : Douane, Police, sapeurs Pompiers, gardiens de prison et agent des parcs nationaux qui peuvent se muer en force combattante en cas de crise majeure doivent aussi bénéficier de cette prime de risque. Ils ont tout simplement été exclus dans l’attribution de ces primes et indemnités.

Monsieur le Président de la République, le taux unique de 50% de la solde de base attribué au titre de l’indemnité pour charges militaires est dérisoire. Pour certains qui  ont atteint le plafond, il n’y aura pas d’incidence sur leur net à percevoir.

Le Président Wade, dans son magistère a procédé au relèvement substantiel de l’indemnité de logement des militaires et gendarmes. Les taux accordés ont été faits avec justice et équité. Aucune frustration n’a été notée. Il serait souhaitable de s’inspirer de ce travail fait avec rigueur et professionnalisme.

L’absence de profil de carrière dans l’Armée est la cause de ces errements notés dans l’attribution des indemnités et primes, objet des décrets de référence.

A l’instar des grandes Armées du Monde, l’Armée et la Gendarmerie  doivent être dotées d’un profil de carrière qui permet de tendre résolument vers une armée et  une gendarmerie de métier. Ceci passe par la suppression de certains diplômes inutiles, qui n’existent plus en France et dans beaucoup d’armées. Il s’agit :

  • du certificat Interarmes (CIA) ;
  • du Diplôme d’Aptitude au Grade d’Officier (DAGO)
  • du Diplôme d’Aptitude au Grade d’Officier Supérieur (DAGOS)

Il est à noter que certains militaires et gendarmes restent plus de 7 ans sans avancer au grade supérieur. Seuls seront maintenus, les diplômes de qualification professionnelle :

  • Certificat d’Aptitude technique N° 1 pour le grade de caporal
  • Certificat d’Aptitude technique N° 02 pour le Grade Caporal/Chef et de Sergent
  • Brevet Supérieur de 1° degré pour le grade de sergent/Chef et d’Adjudant
  • Brevet Supérieur du 2° Degré pour le grade d’Adjudant et d’Adjudant Chef.

Avec la suppression du diplôme d’aptitude au grade d’officier, l’élite au niveau des Adjudants chefs pourrait accéder au grade d’officier (Sous-lieutenant).

Les nominations au premier grade d’officier (sous-lieutenant pourraient être faites sur la base de 50% sortis des écoles, 50% sortis des rangs. Ce dosage permet de relever le niveau de l’encadrement avec l’apport en expérience et en métier de ces Adjudants-Chefs sortis des rangs.

Avec la suppression du diplôme d’aptitude au grade d’officier supérieur, les diplômes du cours des capitaines et de l’Ecole d’Etat Major, suffisent largement pour l’avancement au grade de commandant pour les capitaines.

Les diplômes d’aptitude au grade d’officier et d’Officiers supérieurs n’existent plus en France et dans les autres grandes armées du Monde.

Ce profil de carrière permettra de définir entre autres :

  • les temps de passage dans les grades
  • les temps de commandement dans les différents postes (3 ans au maximum)
  • les fonctions éligibles au grade de général, qui sont les suivantes :
  • Armée
  • Chef d’Etat-major des Armées (CEMGA)
  • Sous-chef d’état-major des Armées (SCEMGA)
  • Les Chefs d’Etat-major Terre-Air-Marine.
  • L’Inspecteur Général des Forces Armées
  • Chef D’état-major particulier
  • Chef de la Chaine opération
  • Chef de la Chaine Logistique
  • Chef de la Chaine Renseignements
  • Chef de la Chaine Administration
  • Chef de la Chaine ressources Humaines
  • Les commandants de zones
  • Les Directeurs de Services niveau EMGA-MFA
  • Les Médecins militaires, professeurs agrégés, Chef de service ou département ou désigné en un poste de commandement.
  • Gendarmerie
  • Haut-Commandant de la gendarmerie
  • Haut-Commandant en second de la gendarmerie
  • L’Inspecteur de la Gendarmerie
  • Commandant de la gendarmerie territoriale
  • Commandant de la gendarmerie mobile
  • Commandant des Ecoles de gendarmerie
  • Commandant des Ecoles de la gendarmerie
  • Chef de chaine Opération
  • Chef de chaine logistique
  • Chef de Chaine Renseignements

La montée en puissance de l’Armée et de la gendarmerie a abouti à la création de ces différentes fonctions éligibles au grade de général. Ce qui doit exister, je suis prêt à une confrontation sur la base d’arguments techniques avec des experts militaires pour donner la preuve de ce que j’avance.

Ce profil de carrière doit s’appuyer sur des critères objectifs pour les nominations au grade supérieur et aux postes de commandement. Il s’agit :

  • de l’ancienneté dans le service ;
  • de l’ancienneté dans le grade
  • du degré de qualification

Ainsi, il est donné à chaque personnel le cheminement de sa carrière, ce qui évite des concurrences malsaines.

En général, le profil de carrière permet aussi d’éviter des nominations faites sur la base d’appartenance à une confrérie, à une ethnie ou à une loge maçonnique. Il écarte toute considération subjective. La mise en place d’un profil est dans l’ordre du possible, l’Armée et la Gendarmerie regorgent de ressources humaines de qualité.

Monsieur le Président de la République, les retraités de l’Armée, de la gendarmerie et de la Police vivent dans une précarité totale, du fait de la modicité de la pension qui représente le 1/3 de la solde en activité. Ainsi, à l’instar des enseignants qui bénéficient dans leur pension, de l’indemnité d’enseignement, nous vous demandons de bien vouloir verser dans la pension des intéressés :

  • l’indemnité de charges militaires pour les militaires et gendarmes
  • l’indemnité de charge de Police pour les personnels de la Police.

Ceci permettrait de rétablir la justice et l’équité.

Dans  l’espoir d’une suite favorable à cette requête, veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Elhadji  Kantara COULIBALY

Commandant de l’Armée à la retraite

Tél. : 77 710 58 97

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