Licence de tuer à Jammeh

Yaya Jammeh FouDans une chronique en date du 3 novembre dernier, suite à la chute du dictateur Blaise Compaoré, nous nous demandions jusqu’à quand le chef de l’Etat gambien, Yahya Jammeh, demeurerait le seul homme fort à pouvoir défier son Peuple ad vitam aeternam.

La semaine dernière, son pouvoir autocratique a si vacillé, du fait d’une tentative de putsch, que celui qui songeait à se faire introniser «Roi de la Gambie» en 2015 avait cherché à trouver un refuge au Tchad, chez son ami, Idriss Deby.

Il ne pourra regagner son Palais de Banjul que sous une lourde escorte de la garde prétorienne de Idriss Deby. La tentative de putsch a échoué, mais on ne le dira jamais assez, celui qui règne par l’épée périra par l’épée. Yahya Jammeh dirige la Gambie en maître absolu.

Ses adversaires qui ne méritent à ses yeux que la mort sont «les journalistes, hommes politiques, étudiants, soldats et agents de sécurité, ou encore ministres, activistes des droits humains, étrangers de passage en Gambie». Dans les geôles gambiennes, Yahya Jammeh tue, torture et se plaît à le faire savoir à qui en ignorerait. Les corps de putschistes tués sont exposés sous le soleil devant les caméras de télévisions.

Quel sort réserver à leurs parents et autres proches arrêtés dans la foulée ?

Sans être exhaustif le moins du monde, depuis son accession au pouvoir en 1994, on ne compte plus ses tueries. Les organisations humanitaires soulignent en 2012 un décompte macabre.

Il avait déjà fait assassiner 26 soldats et agents de sécurité, fait disparaître mystérieusement  plus de 17 personnes, et fait massacrer en 2000 autour de 14 étudiants de diverses écoles gambiennes. L’assassinat de 12 civils, dont Ousman Koro Ceesay, ancien ministre des Finances, celui de Deyda Hydara, correspondant Reuters et directeur du journal The Point et de l’opposant Sidia Sanyang, mort sous la torture, lui sont imputés.

Les étrangers n’échappent pas à la machine meurtrière du Président gambien. Yahya Jammeh a massacré cinquante-huit (58) étrangers : cinquante-cinq (55) Ghanéens, deux (2) Sénégalais, un (1) Guinéen, un (1) Togolais.  

Cinq  prisonniers politiques ont été victimes de tortures en Gambie, dont Alhagie Kebbeh, maintenant paralysé, Wassa Janneh (politicien membre de l’Udp),  Marian Denton, activiste,  Ousman Rambo Jatta, politicien, Tamba Fofana, enseignant. Eu égard à cette terreur, les avocats Ousman Sillah et Mai Fatty, eux, n’ont eu qu’à accepter de subir ou de s’exiler.

Entre-temps, le colonel Ndure Cham et l’ancien député Mahawa Cham auront été assassinés. Comble ! Yahya Jammeh a fait arrêter 10 jeunes joueurs de football sur l’aire de jeu. Les faits se sont déroulés dans la localité de Samide, région de Central River (Nord).

Pour quel motif ?

L’organisation d’un tournoi de football communément interdit par le Président Jammeh. Les personnes arrêtées et condamnées à huit années d’emprisonnement ont pour noms : Morikebba Diban, Burama Ceesay, Kemo Ceesay, Jammeh Jatta, Amadou Tungara, Bunja Tungara, Mamadou Jabbi et Bunja Jabbi.

D’autres arrestations ont été notées dans des localités comme Sami et Boiram, dans le bas-district de West Fulladu, toujours dans la région de Central River.Les journalistes qui osent émettre la moindre critique contre le régime de Jammeh sont portés disparus, s’ils ne choisissent pas le chemin de l’exil.

Yahya Jammeh faisait lui-même son «coming out» de tortionnaire et d’assassin. Il disait : «Mes détracteurs – ils sont nombreux – ont un peu vite oublié combien je suis exceptionnel. Guérisseur traditionnel, spécialiste du traitement de l’asthme et de l’épilepsie, médecin ayant percé le mystère du Sida, de l’obésité et de l’érection, je suis depuis mon coup d’Etat de 1994 le maître incontesté et incontestable de la Gambie.

Par la volonté de Dieu, je dirigerai ce pays aussi longtemps que mon envie me guidera et je choisirai mon successeur. J’ai d’ailleurs été très clair devant les caméras de la Bbc : je présiderai aux destinées de mon pays pendant des milliards d’années.»

Si vous êtes affiliés à des mouvements de défense des droits de l’Homme, je vous préviens que votre sécurité n’est pas garantie. Nous sommes prêts à tuer les saboteurs. Vous êtes choqués ? Je ne sacrifierai pas la paix et la sécurité de la Gambie sur l’autel de la liberté d’expression. Si je dois couper des têtes pour nettoyer la société gambienne, je m’exécuterai.

Et Deyda Hydara ?

Ne me parlez plus de cet ancien correspondant de l’Agence France-Presse (Afp) et directeur du trihebdomadaire The Point. Je répète, je ne suis pour rien dans son assassinat. Ce monsieur avait une deuxième femme. Officiellement, je suis convaincu que cela lui a attiré des ennuis et que sa disparition est liée à cette histoire de mœurs. La vérité est qu’il faisait le malin avec sa chronique Good morning Mister President.

Les services de renseignement – la redoutée National intelligence agency (Nia) – et moi-même lui avons dit “Good night Mister Hydara”. A jamais. Pour ce genre d’adieux, je peux compter sur des groupes de partisans semi clandestins comme les “Green Boys”.

Le 16 décembre 2004, ils ont adressé mes salutations à Hydara sous forme de coups de feu alors que le journaliste se trouvait au volant de sa voiture, en périphérie de Banjul.Il n’était pas le seul à me déranger. Chief Ebrima Manneh du Daily Observer compte parmi les journalistes dont on n’a plus de nouvelles ?

C’est vrai, personne ne l’a jamais revu depuis que nous l’avons arrêté, en 2006, et envoyé à la prison de Mile Two. Mon ministre de la Justice affirme qu’il est vivant et que nous ne le détenons pas. Je ne vous en dirai pas davantage.»Et le monde laisse Yahya Jammeh continuer à régner de la sorte !

 Madiambal DIAGNE

mdiagne@lequotidien.sn

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