L’opposant gambien relâché après une nuit au violon : Bayo baille de peur

Sidya Bayo, un opposant gambien réfugié en France, a eu maille à partir, à l’hôtel Radisson, avec un proche de Jammeh qu’il soupçonnait de le filer et de chercher à attenter à sa vie.

Après une altercation à l’hôtel, l’opposant soupçonne l’ambassade de Gambie d’être intervenue pour le faire coffrer alors qu’il se présente comme victime.

Cette affaire fait craindre aux défenseurs des droits de l’Homme que les opposants à Jammeh ne soient plus en sécurité au Sénégal.

Le Sénégal sera-t-il bientôt un champ de bataille entre les sbires de Yahya Jammeh et les opposants au dictateur de Banjul ?

Et si cela devait se vérifier, quelle pourrait être l’attitude des autorités sénégalaises ?

Poser des telles questions serait, en temps normal, quasiment insultant pour les services de sécurité et pour la justice sénégalaise.

Mais la mésaventure qui est survenue à l’un des opposants de Yahya Jammeh, dont les gardes du corps doivent être présentés ce jour au procureur de la Répu­blique, leur donne toute leur pertinence.

Sidya Bayo, un opposant au pouvoir gambien, établi en France, mais qui vient régulièrement à Dakar, a eu une très vive altercation avec un individu présenté comme un très proche du régime de Yahya Jammeh.

Au point que les deux gardes du corps de M. Bayo auraient, d’après ce qu’il en est sorti des caméras de surveillance de l’hôtel Radisson Blu où résidaient les deux personnes, un peu fortement bousculé la personne venue de Banjul.

Tout est parti des soupçons de M. Bayo qui, depuis son arrivée à Dakar, avait le sentiment d’être placé sous surveillance. Et le fait d’avoir reconnu dans l’hôtel où il est descendu, ainsi que dans les différents endroits où il se rendait, des personnes dont il connaît les accointances avec le régime de Banjul lui a fait craindre le pire. C’est d’ailleurs le fait qu’il se soit toujours senti sous la menace qui a justifié qu’il se soit adjoint la protection de gardes du corps.

Toujours est-il que, se sentant sous la surveillance de ce personnage, un homme d’affaires bien en vue à Banjul, M. Sidya Bayo et ses gardes du corps ont un soir décidé de l’interpeller dans un couloir de l’hôtel. La discussion s’est envenimée et les personnages ont risqué d’en venir aux mains. Au point que la sécurité de l’hôtel a fini par faire appel à la police, qui a embarqué tout le monde.

M. Bayo a porté plainte et demandé que toute l’affaire soit tirée au clair. Il a reçu le soutien de différentes organisations qui militent pour la liberté d’expression, et les droits humains. Néanmoins, d’autres témoignages font part d’une intervention de l’ambassade de la Gambie à Dakar en faveur de l’homme d’affaires interpellé.

Quoi qu’il en soit, Sidya Bayo, qui avait porté plainte, a fini par passer la nuit du samedi au dimanche au commissariat central de Dakar en compagnie de ses deux gardes du corps. Ce n’est que le dimanche dans la soirée qu’il a été relâché alors que ses vigiles étaient retenus, en attendant d’être déférés ce matin au Parquet. Le motif ? Voies de fait sur un client de l’hôtel, comme d’ailleurs l’auraient indiqué les caméras de surveillance.

Il n’en reste pas moins que cette affaire inquiète les organisations de défense des droits humains qui se demandent si, par complaisance ou par faiblesse, les pouvoirs publics sénégalais ne laisseraient pas les sbires de Jammeh traquer impunément les opposants au dictateur jusqu’à Dakar, faisant du Sénégal une périphérie de Banjul et ce, au mépris de tous les engagements du Sénégal de protéger les militants des droits de l’Homme sur son sol.

  • Écrit par  Mohamed GUEYE

mgueye@lequotidien.sn

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*