Lutte contre le blanchiment d’argent et la délinquence financière : Le Giaba plaide pour des procès

Dr. Abdul­lahi Shehu  macky sallLe Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba) reconnaît les efforts de Macky Sall dans sa volonté d’éradiquer la mauvaise gestion. Le seul hic, les inculpations n’arrivent jamais jusqu’au procès, ce qui n’est pas bon signe.

Le directeur général du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), «recom­mande» au gouvernement du Sénégal, d’accélérer et de conduire à leur terme les poursuites entamées contre les personnes inculpées dans le cadre d’activités criminelles com­me le blanchiment de capitaux ou des biens mal acquis.

Dr. Abdul­lahi Shehu s’est notamment désolé, au non du Giaba, de constater que de nombreuses personnes qui sont impliquées dans des affaires criminelles n’ont pas encore été jugées, ou que certaines autres aient été relâchées parce que le dossier d’inculpation n’a pas été conduit jusqu’à son terme.

D’ailleurs, dans son rapport annuel de 2012, le Giaba indique que son Dg avait interpellé le Président Macky Sall quelque temps après sa prise de fonction, le 24 mai 2012. Il aurait attiré son attention, indique le document, «sur la poursuite insuffisante des cas de blanchiment d’argent malgré le bon nombre de cas référés au procureur de la République par la Centif. Même là où de tels crimes ont été traduits en justice, les dénouements ont été gravement remis en question par des avocats et la Communauté internationale».

Dans sa réponse, reproduite dans le document, Macky Sall aurait assuré que justice serait faite dans tous les cas. Le Giaba de son côté, reconnaît que le Sénégal a fait montre, depuis l’arrivée du nouveau pouvoir, d’une grande détermination à combattre la criminalité, freiner le détournement des deniers publics, et par-dessus tout, éradiquer la mauvaise gestion. Il ne lui resterait donc en fin de compte, qu’à mener les procédures à leur terme.

Ces révélations ont été faites hier, dans le cadre de la session interactive que le Giaba, a voulu tenir, pour deux jours, avec des responsables d’organes de presse des pays de la sous-région Afrique de l’Ouest. On a appris par ailleurs, que chaque année en Afrique de l’Ouest, les divers trafics génèrent l’équivalent d’un milliard et demi de dollars américains.

M. Pierre Lapaque, le représentant régional de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc) qui donnait hier ces chiffres, indique que ce montant se subdivise de la manière suivante : 900 millions de dollars produits par la cocaïne, entre 225 et 250 millions venant des amphétamines.

Auxquels montants, il faut ajouter l’argent produit par les trafics d’êtres humains, des armes légères, des médicaments contrefaits, ou même par la corruption. Un dollar vaut environ 500 F Cfa.

M. Lapaque précise que seule une infime partie de l’argent produit par les différents trafics reste dans la sous-région pour être recyclée, une bonne partie va vers d’autres cieux, où elle est intégrée dans le circuit économique et financier.

Et c’est le rôle du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), de faire la traçabilité de ces montants et de mettre hors d’état de nuire les auteurs des méfaits, a expliqué à la suite de M. Lapaque, Dr Abdullahi Shehu.

Néanmoins, le dirigeant du Giaba a reconnu la difficulté d’avoir des statistiques fiables, même en profitant du concours des Cellules des traitements des informations financières (Centif) dans les différents pays, avec lesquelles il travaille en étroite collaboration.

M. Shehu a indiqué que les dernières statistiques à leur disposition démontrent que le trafic de drogue et de différents stupéfiants a sensiblement diminué dans la sous-région, et que le plus gros fléau, en Afrique de l’Ouest ces deux dernières années, se trouve être l’évasion fiscale, suivie de la corruption, avant le trafic de drogue.

Donnant quelques chiffres, le Dg du Giaba indiquera que pour le continent tout entier la fraude et l’évasion fiscale ont été estimées à 72 milliards de dollars, contre 42 milliards de dollars pour la corruption.

La session interactive, qui doit prendre fin aujourd’hui, vise à sensibiliser sur les méfaits du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme et sur la nécessité de dénoncer les crimes financiers ; mais également à fournir la documentation et les outils de recherche requis pour assister les journalistes dans leurs reportages.

Écrit par Mohamed GUEYE    mgueye@lequotidien.sn

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