Macky Sall reçoit les partis de la majorité présidentielle et les élus locaux : L’acte 3 de la décentralisation se fera en deux phases

Les concertations autour de l’Acte 3 de la décentralisation ont commencé hier avec la réunion entre Macky Sall et des leaders de la majorité présidentielle. Le chef de l’Etat a dit qu’il veut un consensus national fort sur cette réforme qui va consacrer la communalisation intégrale et la simplification de l’architecture territoriale du Sénégal. Il a plaidé pour une démocratie locale renforcée. Cette réforme va se dérouler en deux phases, selon le chef de l’Etat.

Le président Macky Sall, a appelé, hier, à la création d’un consensus national fort sur l’Acte III de la décentralisation. Il a lancé cet appel lors de la rencontre qu’il a eue avec les leaders de la majorité présidentielle. Les discussions ont porté sur la réforme que son gouvernement entend mettre en œuvre pour renforcer la décentralisation au Sénégal.

« J’ai engagé l’Acte III de la décentralisation pour matérialiser ma vision de territorialisation des politiques publiques (…). Le Sénégal devra porter cette réforme pour une démocratie locale renforcée qui restitue aux Collectivités locales leurs capacités opérationnelles. C’est pourquoi, je veux un consensus national fort », a déclaré le président Sall devant Ousmane Tanor Dieng, du Parti socialiste, Moustapha Niasse de l’Alliance des forces de progrès (Afp) et les autres leaders de la Mouvance présidentielle qui ont pris part à la rencontre qui a eu lieu à la Salle des Banquets du Palais de la République.

Le chef de l’Etat a laissé entendre que c’est dans le but d’avoir un consensus sur la réforme qu’il avait annoncé récemment, à Taïba Ndiaye, dans la région de Thiès, sa volonté de recevoir les partis politiques, les élus locaux, la société civile pour échanger sur l’approche de l’Acte III de la décentralisation. Le président de la République a mis en exergue les grands axes de la réforme.

Celle-ci a pour ambitions, selon lui, de simplifier notre architecture territoriale pour la rendre plus efficace et plus visible, répartir les responsabilités entre les Collectivités locales et l’Etat, consolider et moderniser les relations financières entre l’Etat et les Collectivités locales, promouvoir une véritable gouvernance territoriale. Macky Sall a ajouté que l’Acte III « va consacrer l’érection des communautés rurales en communes pour dissiper les disparités entre les zones urbaines et les zones rurales ». « Le bloc communal sera désormais le premier échelon de développement territorial. La réforme s’inscrit dans le processus des changements qui ont fait le succès des réformes de 1972 et 1996 », a-t-il précisé.

Maintien des Réformes

Dans la première phase du projet qui sera déroulée à partir de 2014, il t prévu la généralisation de la communalisation, la création de conseils départementaux, la modification dans la répartition des responsabilités entre les communes et l’Etat. Les régions seront maintenues dans le dispositif de financement du développement local. Selon M. Sall, les élections locales vont porter sur l’élection des conseils municipaux et départementaux. Le président de la République a fait savoir que la seconde phase de la réforme va consacrer l’émergence de nouvelles zones territoriales, selon le choix des Collectivités locales. Ces entités vont se regrouper en ensembles économiques pour booster leur propre développement, selon le président Sall qui ajoute que cette réforme ne vient que satisfaire les ambitions d’une République décentralisée.

Babacar DIONE

Les élections locales seront décalées de trois mois

Après avoir annoncé un report des élections locales qui devaient se tenir en mars 2014, lors d’un déplacement à Taïba Ndiaye, dans la région de Thiès, le président de la République, Macky Sall, a confirmé hier le décalage de trois mois de l’élection des conseillers municipaux et départementaux.

Les élections auront désormais lieu en juin 2014, selon le chef de l’Etat qui recevait les leaders des partis politiques membres de la Mouvance présidentielle. C’était hier à la Salle des Banquets du Palais de la République. « Il nous faut un décalage de trois mois le temps de présenter le texte à l’Assemblée nationale », a dit Macky Sall, ajoutant que les élections locales ont toujours été reportées au Sénégal. « Je ne peux m’empêcher de signaler que c’est une première dans notre pays, de voir des élections locales se tenir à la date due ou au moins au cours de l’année électorale.

Les élections locales ont toujours été reportées », a-t-il souligné.   Le chef de l’Etat a ajouté que le report de trois mois des élections permettrait au Sénégal de se conformer au Protocole de la Cedeao qui interdit toute modification du code électoral six mois avant les élections. « Dans ce décalage, mes préoccupations ne sont autres que techniques. Cela exige un consensus national fort », a-t-il dit, appelant à un dynamisme solidaire pour l’aboutissement de l’acte III de la décentralisation.

B. DIONE

Les leaders des partis de la majorité présidentielle approuvent la réforme

Les leaders de la majorité présidentielle ont approuvé hier la décision du président de la République, Macky Sall de mener des concertations sur l’Acte III de la décentralisation et de réaliser cette réforme qui vise à donner une autre dimension au développement territorial au Sénégal. « C’est une révolution qui commence. Elle se veut démocratique, pacifique et apaisée », a déclaré le secrétaire général de l’Alliance des forces de progrès, Moustapha Niasse au sortir de la réunion que le président de la République, Macky Sall a eue avec les leaders de la majorité présidentielle. « Ce projet consacre l’approfondissement de la démocratisation du développement local. Les départements seront des conseils départementaux qui vont gérer l’environnement et d’autres compétences locales », a dit le président de l’Assemblée nationale.

Le secrétaire général du Parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng a, pour sa part, indiqué que l’Acte III s’inscrit dans la continuité des réformes opérées dans le domaine de la décentralisation depuis 1872 et qui avaient consacré la naissance des quatre communes. « L’Acte III se trouve dans le droit fil des réformes menées par Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf », a dit M. Dieng.

S’agissant de la volonté des leaders de l’opposition de rejeter l’appel du président Sall, le secrétaire général du Ps a semblé appeler les adversaires du régime à la raison. « Nous aurions aimé que tout le monde participe au débat. Le débat est consubstantiel à la démocratie. Nous ne sommes pas des ennemis. Nous pouvons tout en gardant notre dignité, discuter », a lancé Ousmane Tanor Dieng. Dans le même sillage, Moustapha Niasse a affirmé : « les partis sont libres de prendre leurs positions. L’unanimisme est un rêve. Il est juste et humainement acceptable qu’il y ait des gens qui ne sont pas d’accord ».

  B. DIONE

Des partis de l’opposition saluent les concertations sur l’Acte 3 de la décentralisation

Après les leaders des partis de la mouvance présidentielle, c’était au tour de l’opposition d’être reçue par Macky Sall. Après avoir écouté les explications du chef de l’Etat sur les principaux axes de l’Acte 3 de la décentralisation, le Parti de la vérité pour le développement (Pvd) et la Convergence pour le renouveau et la citoyenneté (Crc), ont marqué leur adhésion. Selon Abou Sambou, le Pvd a toujours dit qu’il est partant pour tout ce qui touche l’intérêt du Sénégal.

« Ce que nous avons vu et entendu nous rassurent. C’est pourquoi, nous marquons notre adhésion totale au projet », a-t-il confié. Il invite les autorités à mener une vaste campagne de communication dans toutes les langues. «L’exposé nous a permis de mieux comprendre les contours de cette réforme. Nous sommes satisfaits de ce que nous avons entendu », s’est félicité Aliou Dia, de la Crc. Selon lui, avec cette réforme, il convient d’harmoniser les actions à la base, supprimer les clivages entre zones urbaines et rurales.

Cette réforme, poursuit-il, permettra de simplifier les lourdeurs administratives dans les collectivités locales qui seront dotées d’une administration qualifiée. Pour la Convergence démocratique Bokk Guis Guis, ses mandataires tout en se félicitant de la tenue de ces concertations, soutiennent qu’ils rendront compte au parti qui prendra une décision.

«Nous étions mandatés pour venir écouter le président de la République. Nous allons rendre compte au parti qui donnera sa position officielle», a souligné Mme Seynabou Wade, l’une des mandataires. Conduisant la délégation de Bgg, Bocar Sédikh Kane a indiqué que sa formation politique a décidé de prendre part à toutes les convocations venant de l’autorité. « Nous avons demandé au président de la République de s’ouvrir davantage à l’opposition significative pour les concertations. Il s’agit de l’intérêt du Sénégal », a-t-il déclaré. Après, les partis non alignés et les députés non inscrits ont été reçus à leur tour par le président de la République.

Aliou KANDE

Pas de conseils départementaux à Dakar, Pikine et Guédiawaye

Macky Sall a indiqué que tous les départements auront leurs conseils départementaux sauf Dakar, Pikine et Guédiawaye. Ces trois départements, selon lui, n’ont pas de zones rurales. «Pour Dakar, Pikine et Guédiawaye, il y aura une exception. Ces trois départements n’auront pas de conseils départementaux », a-t-il dit.

Sur un autre point, le président Sall a souligné que son devoir est d’appeler les Sénégalais à la concertation. « Chacun est libre de venir assister aux concertations et apporter sa contribution ou de ne pas venir. Mais c’est à moi que la Constitution a donné le pouvoir de définir la politique de la Nation », a noté le chef de l’Etat.

       A. K.

ABDOULAYE DAOUDA DIALLO, MINISTRE DE L’INTERIEUR : « Cette initiative vient à son heure »

« C’est une excellente chose. Cette initiative vient à son heure. Je dois rappeler que l’Acte III de la décentralisation a été lancée depuis juin 2012, et il est très utile d’intéresser les acteurs que sont les partis politiques, les élus locaux, la société civile, etc. Globalement, il y a eu une totale adhésion de la classe politique. L’Acte III permettra à la communauté rurale de passer commune en pleine exercice, mais je dois préciser que les anciennes communautés rurales disposeront de leurs terres et les territoires actuels seront maintenus. Il y aura des changements d’appellation pour certaines communes.

Ces nouvelles entités disposeront de personnel et une autonomie de gestion. Quant au département, il sera une unité organisée qui pourrait être un pôle de développement avec un conseil départemental qui s’occupera de la gestion et du développement de la cité. Ce processus va continuer après les élections locales de juin 2014 et si des réglages sont nécessaires, on le fera. Je tiens aussi à préciser que nous sommes dans les dispositions de la Cedeao qui demande le respect des textes six mois avant les élections. Il s’agira d’un simple décalage comme l’a dit le président. De toute façon, le ministère de l’Intérieur est déjà prêt pour les élections de mars 2014, mais nous devons aussi prendre en compte ceux qui auront l’âge de voter d’ici cette date ».

ALLE LO, PRESIDENT DE L’Union des Associations des elus locaux : «Aller au-delà des 3 mois pour le report des locales »

En sa qualité de président de l’Union des Associations des élus locaux (Uael) qui regroupe les associations des régions et des communautés rurales, Allé Lo souhaite que les élections locales se tiennent au-delà du délai de trois mois annoncé par les autorités. « Nous avons échangé avec le président de la République sur l’Acte III de la décentralisation, et plus particulièrement sur l’essentiel de la première phase. Il s’agit de la communalisation totale, de l’érection du département en collectivité locale et du maintien des quatorze régions actuelles.

Cette phase doit se faire avec des mesures d’accompagnement et l’accroissement des ressources. Nous sommes en parfait accord avec le chef de l’Etat. S’agissant du report des locales de mars 2014, nous estimons que trois mois, c’est peu. Il faudra aller au-delà pour avoir le temps nécessaire d’informer la base. Nous allons faire une caravane d’information et de sensibilisation pour mieux expliquer la réforme ».

OUSMANE SAMB, PRESIDENT DU CONSEIL REGIONAL DE DAKAR : « Une réforme majeure pour le pays »

« Ce fut une réunion très importante, car l’Acte III de la décentralisation comporte de nouvelles dispositions sur la territorialisation intégrale. C’est le cas pour le département qui devient une collectivité locale avec une autonomie totale de gestion tandis que les communautés rurales vont passer en communes de pleine exercice. S’agissant des pôles de développement, je juge que 14 régions c’est un peu trop pour notre pays. Nous pensons aussi que l’Acte III ne doit pas être scindé en phases, car il faut que nous travaillions en profondeur, et il faut reconnaître que le président de la République a raison de dire que cela peut durer 2 à 3 ans. Pour les élections, nous avons suggéré qu’elles se tiennent d’ici au dernier trimestre de l’année 2014, car il faut que les acteurs à la base puissent trouver un consensus, car il s’agit d’une réforme majeure pour le pays ».

OUSMANE BADIANE, ELU LOCAL DE LA LIGUE DEMOCRATIQUE : « La rencontre a répondu à nos attentes »

« Pour cette rencontre avec le chef de l’Etat, j’avais deux casquettes. D’abord en tant que membre d’un parti de la mouvance présidentielle et ensuite en tant qu’élu local. Cette rencontre est très importante car elle a répondu à toutes nos attentes. Il y a eu une convergence de vues entre le comité de pilotage et les élus locaux que nous sommes. En ce qui concerne la communalisation intégrale, nous sommes d’accord. Nous avons attiré l’attention de mettre des gardes fous, car il y a de grandes communes et de petites communes qui ne répondent pas aux normes.

Il faut nécessairement un appui consistant, le minimum pour une commune, c’est d’avoir des infrastructures sociaux de base. Nous sommes d’accord pour que le département soit érigé en collectivité locale et nous avons proposé que les communes d’arrondissement soient de plein exercice avec l’élargissement de l’assiette. C’est le cas à Dakar avec ses 19 communes et où le partage des recettes se pose avec les marchés affectés à la ville. Le président n’est pas contre de l’idée de revoir les communes mais il préfère le maintien de ces collectivités locales. C’est-à-dire ne pas toucher les périmètres actuels. S’agissant des régions, le pouvoir semble reculer en demandant une libre adhésion des uns et des autres pour aller ensemble dans des pôles ».

Recueillis par El. H. A. THIAM

La concertation est un prétexte pour reporter les locales, déclare « Mbolo Takhawu Askan Wi »

La coalition « Mbolo Takhawu Askan wi », forte d’une dizaine de partis d’oppositions dont le Pds, n’a pas répondu à l’invitation du chef de l’Etat. Selon ses membres, cette rencontre n’est qu’un prétexte pour reporter les élections locales.

Le Parti démocratique sénégalais et la dizaine de formations politiques avec qui il partage la coalition « Mbolo Takhawu Askan Wi » ne s’est pas présenté au Palais de la République, hier, comme le souhaitait le chef de l’Etat Macky Sall, dans le cadre de la concertation « élargie » qu’il a initiée sur l’Acte 3 de la décentralisation. A la place et à la même heure, 16 heures, les membres de cette coalition ont rencontré la presse pour, disent-ils « expliquer à l’opinion leur non présence ». C’est d’abord Sitor Ndour du Elan qui livre une explication détaillée, soutenant que « les conditions n’étaient pas réunies pour discuter objectivement avec le président de la République ».

Selon lui, sur la dizaine de partis politiques de sa coalition, seuls deux ont reçu une convocation du ministère de l’Intérieur. Il fustige le fait que c’est le ministère de l’Intérieur qui convoque à la place de l’autorité en question, c’est-à-dire le président de la République lui-même. Aussi Sitor Ndour dénonce-t-il « la convocation sélective » à cette rencontre au Palais. « Quand au fond, ajoute-t-il, nous n’avons jamais reçu de copie ou de documents de travail des experts. Il y a des bruits que nous entendons des médias. Matériellement donc, il était impossible de déférer à cette convocation ».

A l’unanimité, les membres de cette coalition estiment qu’il y a vice de forme dans le libellé de la convocation. Pour sa part, le coordonnateur du Pds, Oumar Sarr, considère que répondre à l’invitation serait servir de faire valoir à Macky Sall, ce dont ils ne veulent pas. « Nous ne voulons pas aller à une réunion où l’on va se servir de nous pour reporter des élections. Aussi, nous tenons à ce qu’on respecte le calendrier républicain », signale Oumar Sarr. Pour ce dernier, le dessein de l’actuel régime consiste à modifier la carte électorale pour aboutir à des collectivités qui lui seront favorables et gagner ensuite les élections. C’est pourquoi les membres de cette coalition gardent toujours la date du 16 mars 2014 comme celle à laquelle doit se tenir les élections locales. Au cas où cette élection serait reportée, ils n’écarteront pas de mener la bataille.

« Cette conférence de presse est une première action pour dire qu’on n’est contre tout report de cette élection. Ensuite nous envisageons de contacter les organisations internationales, les ambassadeurs pour dénoncer ce non respect du calendrier républicain », avertit Oumar Sarr. Mamadou Diop Decroix, un des membres de Mbolo Takhawu Askan Wi rappelle à Macky Sall ses engagements pris dans le cadre de la charte de Bonne gouvernance des assises nationales. Selon le secrétaire général d’Aj/Pads, un des points de la charte recommande la tenue des élections à date échue.

  Maguette NDONG

 

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