Macky Vs Idy : La sale guerre des… bannis

6fa197442614409145de5e655fa6865e4c23cdf8Dix années d’attaques, de répliques, de guerre froide et de retrouvailles insincères! Entre Macky Sall et Idrissa Seck, les rapports, de 2005 à 2015, ont été rarement paisibles. Retour sur les déterminants et spectaculaires étapes d’une sale guerre entre deux « fils bannis » de Wade qui se sont rarement fait des cadeaux.

«Deuk bi doxoul»! L estocade, portée depuis les champs de Serigne Abdou Hakim Mbacké, a fait mouche. Tirée nette au bout de la première année de pouvoir de Macky Sall, le 4 avril 2013, la salve d Idrissa Seck atteint les «apéristes» dans leur chair. Elle sonne le début des hostilités. Idrissa Seck mène les débats. Il attaque. Rabaisse le bilan de Macky. Fait la leçon au gouvernement. Et démultiplie les piques. Les «apéristes» répliquent. Leurs rafales de diatribes s abattent sur lui. Une pluie de déclarations nauséeuses envahit le débat public. Idy résiste. En quelques jours, il signe son retour dans les débats publics par une belle montée dans les sondages. Première manche gagnée.

Idy ouvre les hostilités et déstabilise l’Apr

Le baromètre de notoriété au Sénégal (Barnos), en son mois d avril 2013, révèle que Macky Sall et Karim Wade, qui étaient respectivement premier et second dans le sondage, ont perdu respectivement 5% et 0,1% de points de notoriété, là où Idrissa Seck, classé désormais 3ème, en a gagné 2,4%. La fameuse expression «Rewmi doxul», le démenti sur «les caisses vides de l Etat», sont passés par là. Mais, Macky Sall, sa grande cible, ne réagit pas. Terré dans un mutisme stratégique, il manœuvre en silence. A la guerre verbale de son adversaire, il répondra par une attaque sous marine. Sa réplique sera dévastatrice. «A la guerre comme à la guerre».

Le 25 avril 2013, Opa Ndiaye, jusque-là fidèle à Idrissa Seck, quitte Rewmi, happé par Macky Sall. Aout 2013, coup de théâtre! Me Nafissatou Diop Cissé, une des figures de proue de Rewmi, claque la porte et rejoint Macky Sall. «Je quitte avec beaucoup de regrets, mais en toute responsabilité (…) Idrissa Seck a toujours agi seul et décidé seul. Je suis frustrée pour différentes raisons», déclare la notaire. La saignée ne fait que commencer. La guerre verbale d Idy stoppée net, place à la phagocytose de Macky Sall. Oumar Guèye et Pape Diouf, tous ministres de Macky Sall, se rebellent contre leur chef de parti, Idrissa Seck. Ils refusent de quitter le gouvernement.

Macky saigne à blanc Rewmi

Septembre 2013, Oumar Guèye quitte Idy. Octobre, Youssou Diagne est débauché par Macky. Novembre, Pape Diouf fait ses adieux. Rewmi est atteint ! Il saigne à grosses gouttes. Idy broie du noir. Son parti quitte Benno Bokk Yaakaar. «Ça ne m a pas surpris du tout. Connaissant l homme, je savais qu il ne pourrait jamais s entendre avec le Président Macky Sall. Les relations entre les deux hommes sont très profondes. Je ne veux pas casser du sucre sur le dos de Idrissa Seck parce que je me l interdis. Mais, je savais qu il n était pas prêt à s aligner derrière le Président Macky Sall», soulignait Me Nafissatou. La saignée, n est pas prête de s estomper.

Caciques et membres fondateurs du parti, à l’instar d’Ousmane Thiongane, Cheikh Tidiane Diouf, Waly Fall, Faly Sow, Daouda Faye, Pape Mboup etc., et même le fidèle garde du corps de l ancien Premier ministre, Vieux Sandiéry Diop, s’éloignent d’Idy. Une situation sans précédent. En réalité, aussi véhémente et virulente qu elle fut, la première attaque d Idrissa Seck s est soldée par un revers pour le natif de Thiès! Parti déplumé, des défections à la pelle, des cadres happés par l Apr, la saignée est grande. Quand Macky savoure les succès de sa phagocytose, son parti amplifie les bruits de pas des «rewmistes » qui viennent grossir les rangs de l Apr. Idy, lui, emprunte à Macky son silence pour garroter sa blessure saignante et panser les plaies de son parti. Il est loin d avoir jeté l éponge.

Tout est parti du Méridien

Mais, détrompez-vous! Ce n est pas aujourd hui que les relations entre Idrissa Seck et Macky Sall se sont détériorées. Leurs rapports se sont gâtés il y a exactement 10 ans. Depuis 2005. «On se rappelle du fameux discours du King Fahd Palace ex-Méridien Président lors duquel il y a eu une série d attaques. Et c est à partir de ces attaques que les rapports se sont détériorés», rappelle le politologue, Professeur Ibou Sané. Limogé par Me Wade, Idrissa Seck est poursuivi dans le cadre des chantiers de Thiès. Macky Sall prend sa place à la Primature. Nouvel homme de main du Président Wade, c est Macky Sall lui-même qui déclenchera le dossier des chantiers de Thiès. Et il ne ménagera pas son prédécesseur à la Primature. Exploitant le rapport de l Inspection générale d Etat (Ige), il chargera sans états d’âme son prédécesseur.

Idy n a pas pardonné

«Dans leur rapport, les experts ont relevé des surfacturations sur la presque totalité des marchés, c est-à-dire, des écarts significatifs entre les coûts réels des travaux et les montants facturés à l Etat. Sur la première phase correspondant aux travaux devant intervenir avant le 4 avril 2004, pour des engagements d un montant global de 40 618 568 848 F Cfa, le coût réel des travaux a été évalué par les experts à 22 633 730 608 F Cfa, soit une surfacturation de 17 984 838 241 F Cfa», avait-il vilipendé Idrissa Seck, face aux parlementaires et devant des ambassadeurs accrédités au Sénégal. Bien entendu, les ficelles, c est le Président Wade qui les tirait dans les coulisses, loin des regards.

«Le président Macky Sall, a été à l époque utilisé par le Président Wade qui voulait abattre son adversaire. Idrissa Seck ne devait pas garder ça dans le cœur, mais positiver et se mettre à construire un programme attractif de développement à partir des tournées économiques. Mais il n a pas encore pardonné l étape du Méridien. Les gens murmurent même que Macky Sall serait venu au Pds sous la couverture d Idrissa Seck», indique le Pr Ibou Sané.

Idy goutera à la prison. Mais, après moult entrevues, discussions et compromis avec Me Wade, il sera blanchi. Il créera son parti, participera aux présidentielles de 2007 et sera battu. Wade et son directeur de campagne, qui n est autre que Macky Sall, l ont défait. Mais, quelques mois plus tard, Macky subit le sort d Idy. Il sera déchu du perchoir de l Assemblée nationale, expulsé du Pds et même convoqué à la Sûreté urbaine pour blanchiment d argent. Le tout, pour avoir osé demander à Karim Wade, de venir rendre compte sur l utilisation des milliards de l Agence nationale pour l organisation de la conférence islamique (Anoci), devant la représentation nationale. Il retrouvera Idy dans l opposition.

Retrouvailles insincères

«En politique, il n y a pas de convictions, il n y a que des circonstances», a dit Charles-Maurice Talleyrand. De 2005 à 2012, le temps semble avoir fait son effet. Les souvenirs douloureux entre les deux hommes, semblent s être érodés. Le combat contre Wade, cet homme qui les a tous politiquement «fabriqués», les réunit au second tour. «En politique, le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal», disait Machiavel. Idy rejoint Macky Sall au second tour de la présidentielle de 2012. «En 2012, Macky Sall qui est arrivé au second tour, s est rapproché d Idrissa Seck. Ils ont renoué. Mais il y avait de la méfiance entre les deux hommes. Il n y avait pas de relations très franches et très sincères entre les deux hommes», analyse notre politologue. Victoire dans la poche, Macky théorise le «gagner ensemble et gouverner ensemble».

«Je ne serai pas du gouvernement, mais on fera tout pour soutenir le Président pour que sa mission soit réussie», avait répondu Idrissa Seck, lors de la visite de Macky Sall juste avant sa prestation de serment. Mais, seulement un an après le début de la seconde alternance, la guerre des tranchées avait repris. Idrissa Seck, la verve tranchante, décochait la première flèche. «Le bilan n est pas fameux», «les caisses de l Etat n étaient pas vides», «Rewmi doxul, il est temps de presser le pas»,«le Gouvernement doit s atteler aux affaires urgentes du pays, plutôt que de se focaliser sur le brouhaha interminable de la traques des biens présumés mal acquis». Ttoutes ces déclarations s abattirent sur Macky Sall et son régime. Même la fameuse affaire des fonds taïwanais est exhumée par Idy.

«Les attaques intempestives détruisent son image de marque»

Aujourd hui, l histoire se répète. La guerre des tranchées reprend! Idrissa Seck a entamé une tournée nationale pour redorer son blason. De 14.92% des voix en 2007, il est tombé à 8% en 2012. Ses acerbes et tranchantes déclarations ont repris. Et leurs échos parviennent sans conteste aux oreilles de son adversaire principal. «Le pays est en panne», «Je ne sais pas si Macky Sall veut ou pas, mais ce que je sais, c est qu il ne peut pas». Idy, qui sait taper là où ça fait le plus mal, a encore une fois, fait sortir le parti présidentiel de ses gonds! Mais, «ce n’est pas la bonne stratégie», nous dit le politologue.

Ce n est pas maintenant qu il faut attaquer

«Idrissa Seck pour avoir un avenir radieux doit être méthodique. Qu il travaille intelligemment sans verser dans les attaques intempestives qui ne donnent rien après. Ca détruit son image de marque. Et ça renforce le Président Macky Sall que je n ai jamais vu attaquer les gens. Le sénégalais n aime pas celui qui attaque», conseille le Pr Ibou Sané. De son avis, au risque de voire ses attaques se retourner contre lui, Idrissa Seck doit s armer de patience : «Idrissa Seck a un problème de stratégie et de communication. C est quelqu un qui attaque et ce n est pas maintenant qu il faut attaquer. Si vous voulez tuer une bête, il faut être calculateur. Etre un bon stratège, un bon manager. Il faut qu il soit à l affut, et travailler méthodiquement et intelligemment.

En tout cas, même si les membres du parti présidentiel et le chef du gouvernement ont encore repris le jeu d attaques et contre-attaques verbales avec l ancien maire de Thiès, Macky Sall, lui, s est encore une fois emmuré dans un mutisme parfait. L heure de la revanche a-t-elle sonné pour Idrissa Seck?

Youssouph Sané-Seneweb.com

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