Madagascar :Seul pays au monde où les prétendants à un poste ministériel envoient un CV. Pourquoi diable vouloir devenir Ministre ?

OLYMPUS DIGITAL CAMERAIl est risible et pitoyable de contempler l’habituelle poussée de fièvre qui précède l’annonce d’un nouveau Gouvernement. Entre ceux qui tentent de se manifester tout à coup au bon souvenir du Premier ministre (PM) nouvellement nommé, en lui envoyant par mail ou SMS des félicitations (avec un peu de lèche et de brosse à reluire

« tena the right man at the right place ianao »,) ou même des vœux de bonne année (« azafady fa taratara, fa tena sincère an ») ; en tentant de faire jouer des personnes influentes au sein des états-majors politiques, ou en intervenant auprès d’épouses qui portent plus la culotte dans le couple qu’elles ne veulent le laisser croire ; et même en envoyant un CV qui ira gonfler la pile de ceux qui ne seront jamais lus. Sans oublier sur Facebook ceux qui s’empressent de sortir une photo en compagnie du PM, manière de dire : « aza adino ny akama ».

Parlons un peu de ces envois de CV. J’ai la conviction que, si on est quelque peu performant dans son domaine, alors on devrait être visible et connu, et pouvoir être identifié par les chasseurs de tête sans avoir besoin de s’agiter. Par contre, si on est performant mais qu’on n’est pas visible, c’est qu’on manque d’une chose essentielle : la capacité à assurer le marketing de sa personne ou de son action.

Aucun souci si on veut vivre heureux en vivant caché, mais cela devient un défaut majeur quand on aspire à devenir un personnage public. Enfin, il y a ceux qui ne sont ni performants, ni visibles, mais qui espèrent chatouiller une fibre spécifique chez le Premier ministre. Région d’origine, amitiés ou fraternités, liens familiaux.

On a vu une percée des natifs de Toliara durant la Transition autour de Monja Roindefo, puis Camille Vital. On a ensuite vu l’érection de ceux de Morondava autour de Roger Kolo. Reste à savoir à quel pain Jean Ravelonarivo va-t-il se vouer le plus : Farafangana, Morondava ou Rotary ?

Concernant l’envoi des CV, je trouve cette pratique ridicule. Je suppose que le Président de la République et le Premier ministre ont déjà plus ou moins partagé le gâteau en fonction de divers paramètres : les copains, les coquins, et surtout les noms imposés par les partis politiques, et qu’il leur faut respecter pour maintenir les fragiles alliances

[1]. Une fois qu’on aura placé tout ce beau monde dans le Gouvernement, il ne restera plus de place pour les candidatures spontanées, celles que personne ne recommande, que personne ne soutient, et donc en définitive, celles dont tout le monde se fout. Autrement dit, la longue pile de CV spontanés.

Les bruits plus ou moins officiels font état d’une pile de trois mètres de hauteur pour les CV reçus avant la mise en place du Gouvernement Kolo, et on ne sait si le record a été battu ou pas pour la mise en place de la prochaine équipe. Mais en tous cas, je suis convaincu que personne ne les a lus, et ce n’est pas nécessairement une grande perte. Je connais des personnes qui se font un devoir systématique d’envoyer leur CV à Mahazoarivo, malgré la maigreur et le côté famélique de leur cursus qui rend l’envoi plus ridicule qu’autre chose. Mais bon, dans un pays où même un DJ peut devenir Président, tout est possible.

Et quand on regarde le profil de certains farfelus qui sont parvenus à siéger au Gouvernement durant les cinq dernières années, on se dit que tout le monde a finalement une chance dans ce pays, en actionnant les bons réseaux. Depuis Rajoelina, le choix est de privilégier l’aspect politique, au détriment de la compétence technique, avec les résultats que l’on sait.

Et malgré tout ce qu’on peut reprocher à Ratsiraka et Ravalomanana, au moins les vrais technocrates avaient leurs quelques places dans les équipes qu’ils composaient, tant à la Présidence qu’au Gouvernement. Malheureusement, les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des diplômes ronflants.

Depuis quelques jours, ceux qui ont été consultés, ou qui espèrent l’être, inondent leur entourage de coups de téléphone. Avec fierté, « Voantso ihany lesy za baina a » (j’ai finalement été appelé)… Avec curiosité, « Et toi, on t’a appelé ? »… Avec anxiété, « Sais-tu quels sont les autres candidats ? »…

Et puis, il y a ceux qui refusent de sortir de leur maison et refusent tous les rendez-vous, « tu comprends, au cas où le téléphone sonnerait… » Et ceux qui s’empressent de vous faire comprendre que vous feriez mieux de raccrocher quand vous les appelez, « stp, ne bloque pas la ligne ».

Raisons glorieuses… ou pas.

Maintenant, posons-nous la question des motivations. La réponse classique, et que les politiciens malgaches répètent comme un slogan de cacatoès bien dressé

[2], c’est qu’ils font de la politique au nom du fitiavan-tanindrazana (l’amour de la patrie)

[3]. Mais force est de constater, au vu du bilan depuis 1960, que l’étendue des résultats est loin d’être à la mesure des promesses. Cela invite donc à écarter le slogan de politicard peu fiable, et à rechercher les vraies raisons de l’engagement politique en général à Madagascar, et surtout de la précipitation actuelle à vouloir entrer dans le Gouvernement.

La première est sans aucun doute le pouvoir, et son pendant qui est l’hypertrophie de l’ego. Cela doit être grisant, pour ceux qui ont besoin de cela pour réveiller leur libido, de voir leur entourage leur faire des courbettes, et leur donner du « Monsieur le ceci » ou « Madame la cela », avec en plus les avantages que donne l’occupation d’une haute fonction : la voiture de fonction, le garde de corps, les voitures ouvreuses, les voyages, les meetings publics, et tous ces petits signes que les parvenus aiment à montrer pour faire sentir aux autres qu’ils sont d’une race supérieure.

Mais la seconde raison est tout aussi intéressante : les avantages. Outre leur salaire, il y a d’autres attraits comme les diverses indemnités, les tickets carburant, les abonnements téléphoniques, les voyages etc. Jusque-là, rien de vraiment répréhensible, n’eût été les niveaux de rémunération qui sont à la limite du scandale pour un des pays les plus pauvres du monde.

Beaucoup toutefois courent sur un portefeuille ministériel, car cette position ouvre la voie à des pratiques lucratives, même si elles sont bien moins reluisantes que les salaires et avantages officiels. En fonction du Ministère, il y a des possibilités de « collaboration » avec des opérateurs ou des particuliers qui ont des « zafera » à traiter ; ou bien de développer une assise politique nationale, grâce à des départements bien structurés comme l’Éducation.

Dans ce contexte, normal que des Ministères comme la Culture, la Jeunesse, voire la Population soient considérés comme des strapontins, par rapport à des portefeuilles bien plus intéressants, juteux ou prestigieux tels que les Finances ; l’Énergie ; les Mines ; l’Économie ; les Affaires étrangères ; ou l’Environnement (car savez-vous planter les choux, à la mode de chez nous ?).

Ceci étant dit, il faut que ces raisons secondaires (ou même la première du fitiavan-tanindrazana auquel je ne crois absolument pas) soient fichtrement solides pour transformer ces candidats ministres en autruches, pour refuser de voir ainsi l’énorme galère dans laquelle ils souhaitent s’embarquer, que ce soit sur le plan économique, politique ou social.

De manière générale, dans une situation politique encore aussi confuse que la nôtre, il y a trois catégories de personnes qui rêvent d’être Ministres. D’abord, les retraités ayant occupé une fonction de responsabilité dans la fonction publique ou le privé, et qui ont la nostalgie d’un poste d’autorité, mais surtout qui vivotent avec leur retraite CNaPS.

Ensuite, les aventuriers qui ont des ambitions politiques ou financières, et veulent se servir d’un portefeuille ministériel comme tremplin. Mais de manière générale, quelqu’un qui a un poste stable et un revenu plus ou moins équivalent à celui d’un Ministre honnête, n’a aucune raison de vouloir faire concurrence à Dadafara, Voanalaroy, ou des gens comme Ny Rado Rafalimanana, celui qui tente à chaque formation de gouvernement de faire miroiter ses prétendus réseaux à pétrodollars.

Mais « Paris vaut bien une messe » disait Henri IV, et être Ministre quelques mois à Madagascar vaut pour beaucoup un peu de prise de risques. Le seul danger, et on l’a vu depuis ces cinq dernières années, comme les Ministres savent qu’ils sont sur un emploi de courte durée (et en plus à courte durée indéterminée), ils s’empressent de faire le maximum en peu de temps afin de rentabiliser leur présence, et pas nécessairement dans un sens très glorieux.

Il suffit de voir les investissements immobiliers effectués à Madagascar et ailleurs par les nouveaux riches de la Transition, qui avaient aussi à cœur de démontrer à leur anciens entourages à l’extérieur qu’ils avaient enfin réussi, et qu’il ne fallait plus les toiser de haut comme autrefois.

Maintenant, comme diraient les esprits chagrins, il faut quelquefois ne pas se contenter de critiquer, et passer au stade de propositions constructives. Par conséquent, nous suggérons au PM Ravelonarivo les noms suivants : le député Jao Jean au Ministère de la Promotion de la femme et de la protection des mineures ; le député Jean-Pierre Laisoa au Ministère de l’Environnement et des forêts ; sans oublier le député Kebab au Ministère de l’Alimentation.

Par Ndimby A

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