Madiambal Diagne, président de l’Union de la presse francophone : «Je suis libre de mes relations et de mes amitiés, je les assume»

Madiambal Diagne, président de l’Union de la presse francophone
Madiambal Diagne, président de l’Union de la presse francophone
Madiambal Diagne, président de l’Union de la presse francophone

L’OBS – Elu président de l’Union de la presse francophone lors de la 43e édition des Assises de la presse francophone, Madiambal Diagne décline ses ambitions dans cet entretien. Le président du Comité des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (Cdeps) parle aussi de son groupe Avenir communication, ainsi que de ses relations avec le Président Macky Sall. Madiambal Diagne se lâche.

Vous avez été élu président de l’Upf, comment s’est passée l’élection ?

L’élection s’est passée de façon très démocratique, ma candidature qui a été portée par la section sénégalaise de l’Upf avait bénéficié dans un premier temps du soutien d’autres sections très importantes, comme celles de la France, la Suisse, et aussi l’ensemble des sections nationales africaines. Donc elle a pu passer comme lettre à La Poste, dans la mesure où il y avait un consensus. Il n’y avait pas d’autres candidats. Il appartenait ensuite au président international élu de proposer au Comité international de l’Upf une équipe avec laquelle il va collaborer, le président élu choisit ses Vice-présidents et propose les autres organes dirigeants de l’Upf. Des consultations ont été engagées avec les différentes sections nationales pour voir dans quelle mesure on pourrait faire ressortir un équilibre géographique dans la composition du bureau, et aussi faire en sorte d’avoir dans les instances de l’Upf des figures de proue de la presse francophone. C’est la première fois qu’un Sénégalais est porté à la tête de cette structure.

Quelles sont vos ambitions à la tête de l’Upf ?

Ma première mission, c’est de rendre plus audible la voix de l’Upf, toutes les questions qui concernent la vie des médias et celle des professionnelsdesmédias doivent concerner l’Upf et l’appeler à s’y prononcer. L’Upf devra être plus visible et plus présente au niveau des sections nationales, il faut qu’elle soit au côté des professionnelsdes médias dans les 125 pays où elle est représentée. Pour y arriver, il faut essayer d’élaborer des projets qui permettront d’animer ces sections, créer des pôles régionaux. Nous avons en perspective des programmes qui nous permettront de renforcer la formation des membres de l’Upf, de voir comment les outiller davantage dans un monde où les mutations de tous ordres deviennent de plus en plus intenses. Nous avons aussi comme projet de restaurer un grand prix qui existait auparavant, à savoir le prix de la libre d’expression, c’était un grand prix décerné tous les ans par l’Upf à un professionnel des médias qui a eu à se distinguer par son mérite ou son investissement. Ce prix constituait un motif d’encouragement pour les jeunes générations, mais aussi un moyen de reconnaissance d’une carrière. L’organisation est importante et elle a besoin qu’on lui donne vie et qu’on la fasse sentir à travers le monde.

Vous êtes ancien greffier devenu journaliste, aujourd’hui vous êtes à la tête de la presse francophone, n’est-ce pas une revanche sur ceux qui disent que vous êtes entré dans la presse par effraction ?

La presse est un monde qui a besoin de compétences et de ressources en tous genres. Je suis de ceux qui pensent que pour être un bon journaliste, il faut avoir une compétence avérée dans un domaine d’activités précis, une expertise. Il faudrait que le journaliste se spécialise par sa formation académique ou par son intéressement à un domaine d’activités, ce qui lui permettra de parler de ce domaine en toute autorité et servir de référence. C’est comme ça que la presse doit fonctionner, c’est un métier ouvert qui ne saurait être fermé à l’arrivée de compétences jugées extérieures. Plusieurs journalistes qui ont fait les beaux jours de la presse à travers le monde n’ont pas fait d’école de formation. Mais cela ne veut pas dire qu’on doit négliger celles-ci. Je suis journaliste sans aucun complexe, je sais que je me suis fait respecter dans ce métier, au niveau national et international, et je sais que ma voix est une autorité dans ce milieu, et c’est parce que je fais preuve de sérieux, de rigueur et de compétences. C’est ça le secret, je considère que cette distinction je la mérite et je la revendique.

Vous êtes propriétaire d’un groupe de presse, vous êtes également président du Cdeps, de nouvelles charges viennent s’y ajouter, est-ce que vous avez le temps de vous occuper de ce groupe qui traverse souvent des difficultés ?

Quel est le groupe de presse qui ne traverse pas de difficultés dans le monde ? La presse est dans une mutation, il faut s’adapter et trouver des ressources pour y faire face. La presse sénégalaise ne peut pas être dans une bulle, nous sommes concernés aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale par la crise qui frappe le monde des médias. C’est une donnée importante à laquelle il faut faire face et ce sera un des challenges de mon mandat à l’Upf. Est-ce que j’aurais le temps de m’occuper de mon groupe de presse ? On verra bien, il suffira de trouver le temps pour remplir les devoirs et obligations de part et d’autre. Mais je pense que je suis en mesure de le faire et c’est pour cela que j’ai accepté.

Qu’est-ce qui explique les crises récurrentes que traverse votre journal Le Quotidien ?

Ce qui l’explique c’est que je suis responsable d’une entreprise de presse qui ne compte que sur les recettes de son journal pour faire tourner la boîte. Je ne suis pas quelqu’un qui peut aller chercher et lever des fonds pour perfuser mon entreprise, je suis attaché aux principes éthiques et déontologiques, et cela a un coût. Et le coût c’est que parfois on n’est pas en mesure de faire face à vos charges, ceux qui ont choisi de faire autre chose, peut-être la compromission, peuvent ne pas avoir de difficultés. Cela ne signifie pas qu’il ne faudrait pas faire de restructuration et mieux s’organiser. Le contexte est difficile, mais il faut que les uns et les autres apprennent à se serrer la ceinture. Je ne fais pas dans la démagogie, mais j’assume avec honnêteté et sens des responsabilités les situations comptables et financières que je vis dans mon entreprise. Je peux lever la voix et dire que je satisfais aux standards professionnels et aux exigences sociales de mes employés. Quand je peux je fais, quand je ne peux pas je ne fais pas, c’est simple.

Lors des Assises de la Francophonie, le chef de l’Etat a évoqué l’urgence de voter le nouveau Code de la presse, avez-vous espoir que ce sera fait bientôt ?

Nous prenons le chef de l’Etat au mot, il a toujours clamé qu’il est pour l’adoption du Code de la presse, qu’il y a eu des difficultés à l’Assemblée, le texte y est depuis près de 4 ans. A son arrivée au pouvoir, le Président Macky Sall avait promis de demander à sa majorité de faire diligence sur ce texte, plus d’une fois il a déclaré que le gouvernement ferait revenir le texte en Conseil des ministres pour le déposer à nouveau à l’Assemblée, on attend de voir. Mais si on le prend au mot, il est pour l’adoption du Code de la presse, il considère que c’est une avancée significative pour la presse sénégalaise et je le crois.

Parlant du Président Macky Sall, on vous soupçonne d’être un de ses conseillers occultes, qu’en est-il ?

C’est un secret de polichinelle de dire que Macky Sall est mon ami, c’est un ami qui a du respect et de l’amitié pour moi et je le lui rends bien. Nous avons des rapports de respect, d’amitié et de confiance. Je suis libre de mes relations et de mes amitiés, je les assume. Quand je vais voir des amis, je ne me cache pas, quand j’ai une position à prendre je la prends et je l’assume. Je ne fais pas dans la fioriture, j’assume mes positions, que ça plaise ou que ça déplaise. J’ai des amis dans le pouvoir, dans l’opposition et des amis qui ne sont pas des hommes politiques. Je les fréquente de jour comme de nuit, je ne cache pas mes relations, je crois qu’on doit pouvoir me concéder le choix de mes amis.

Est-ce que votre ami Macky Sall vous consulte ou vous demande votre avis sur certains sujets ?

Comme cela se fait entre amis, on échange. C’est à ça que servent les amis. Il y a des gens de l’opposition qui m’appellent souvent pour me demander mon avis avant de faire quelque chose.

Ce sont vos prises de position qui font croire que vous êtes plutôt proche du pouvoir ou de l’Apr, notamment avec vos chroniques ?

Je fréquente le pouvoir et je fréquente l’opposition. Je dis ce que je pense, c’est ma marque déposée. Il y en a qui disent que je suis plus proche de Macky Sall que d’Abdoulaye Wade, je l’assume. Abdoulaye Wade m’a fait toutes les misères du monde, il m’a jeté en prison et a cherché à tuer mon entreprise. Macky Sall ne m’a pas mis en prison et n’a pas posé un acte dans le sens de tuer mon entreprise, je ne peux pas les mettre sur le même pied, je refuse de le faire. J’ai le droit de choisir mes amis et de choisir qui je fréquente. Je veux que cela soit clair dans la tête de tout le monde, je ne discute pas mes amitiés et personne ne me choisit mes amis. C’est ma liberté personnelle.

Mais est-ce que la neutralité et l’objectivité du journaliste n’en prennent pas un coup ?

Ça c’est au public de l’apprécier. Un journaliste n’a que sa crédibilité, s’il la perd, il n’a plus rien. Si des pairs d’Afrique, du Sénégal et du monde me donnent des responsabilités, c’est parce qu’ils me trouvent sérieux, crédible et digne de confiance. Ce sont les patrons de presse du Sénégal qui m’ont choisi comme président du Cdeps, j’ai voulu démissionner il y a quelques mois, mais ils ont refusé. Pour moi c’est la rançon de la crédibilité et du sérieux, on sait qui est respectable et qui l’est moins ici au Sénégal, je tiens à être respecté. Aujourd’hui, je marche la tête haute et je regarde tout le monde dans le blanc des yeux. J’aurais pu ne pas avoir de difficultés dans mon entreprise de presse si j’avais voulu me comporter d’une certaine façon, mais je le refuse parce que je tiens à me faire respecter.

 ADAMA DIENG

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*