Mali : A Gao, le sanglant message d'Al-Qaeda à l'ONU et à la France

– Près de 60 soldats de diverses factions ont été tués dans un attentat, mercredi, dans la grande cité du nord du Mali. Une attaque qui mine l’application des accords de paix. C’est l’attaque la plus meurtrière depuis la signature des accords de paix d’Alger, en juin 2015.

Près de 60 personnes ont été tuées, et 115 blessées, mercredi matin, dans l’explosion d’un véhicule piégé à l’intérieur d’un camp militaire de Gao. Le site est symbolique. Il accueille, depuis le début de l’année, 600 combattants maliens du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) : issus des rangs de l’ex-rébellion touareg, des milices d’autodéfense progouvernementales et de l’armée nationale, les hommes rassemblés dans le camp devaient prochainement effectuer, pour la première fois, des patrouilles communes.«La voiture, maquillée aux couleurs du MOC, a forcé la barrière et a foncé sur un groupe de combattants qui étaient en pleine séance d’entraînement, raconte Souleymane Ag Anara, correspondant malien de l’agence Reuters, joint par téléphone. L’explosion a été hyperpuissante. J’ai été traumatisé par le bruit et blessé à la tête, alors que je me trouvais à l’autre bout de la cour. Il y avait des corps décapités, du sang partout, des morceaux de corps projetés à 50 mètres. Je n’avais jamais vu ça. Les gens criaient, couraient dans tous les sens.» Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a annoncé un deuil de trois jours.

 Méfiance réciproque

 Le carnage a été revendiqué dans la soirée par le groupe Al-Mourabitoune, affilié à Al-Qaeda au Maghreb islamique et dirigé par le vétéran du jihad Mokhtar Belmokhtar (qui aurait été visé par une frappe aérienne, en Libye, dans la nuit de 14 au 15 novembre). Selon un communiqué du groupe jihadiste envoyé à l’agence de presse mauritanienne Alakhbar, l’attaque a été menée par un certain Abdellah Hadi, surnommé Al-Ançari. Régulièrement, les jihadistes font circuler le message dans les villes de l’Azawad : tout collaborateur des forces françaises de l’opération «Barkhane» ou de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) s’expose à des représailles.

La constitution des bataillons mixtes du MOC – censés apaiser la méfiance réciproque entre les groupes armés – est considérée comme une étape cruciale dans l’application de l’accord de paix au Mali. Leur création avait pris six mois de retard et, ces dernières semaines, leur première sortie avait été une nouvelle fois repoussée. La Minusma a dû annuler à la dernière minute, il y a une semaine, l’invitation transmise aux journalistes pour y assister. «Non seulement le processus de paix est paralysé depuis cet été, mais de nouveaux groupes armés ont rejoint le MOC, et, au dernier moment, il y a eu des désaccords sur la répartition des grades entre les différentes factions, explique un connaisseur de la région. Les patrouilles mixtes n’étaient pas près de débuter, à mon avis. Mais l’attentat risque d’échauder toutes les parties et de ralentir encore la mise en œuvre de l’accord.»

Geste de défi

Il pose aussi la question de la sécurisation de la plus grande ville du Nord, quatre ans après l’intervention de l’armée française. Gao abrite un camp de plusieurs centaines de Casques bleus et la base principale de la force Barkhane au Mali – 1 500 soldats français y sont stationnés. C’est ici, à quelques centaines de mètres du lieu du massacre, que François Hollande a effectué une visite surprise, vendredi,  avant de rejoindre le sommet Afrique-France de Bamako. Le 29 novembre, un attentat-suicide à la voiture piégée avait déjà frappé l’aéroport de la ville, sans faire d’autre victime que le kamikaze. L’attaque avait été revendiquée par Al-Mourabitoune. Encore plus récemment, la veille de Noël, une humanitaire française qui vivait depuis quinze ans à Gao, Sophie Pétronin, a été enlevée. Au total, en 2016, une dizaine de crimes ont été commis par les jihadistes dans cette cité située au bord du fleuve Niger.

 Les terroristes ont-ils également choisi la date de leur attentat dans un geste de défi, en fonction du calendrier des Nations unies ? Ce mercredi, le Conseil de sécurité était réuni pour discuter du Mali. A New York, Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a dénoncé «un acte lâche, ignoble, une attaque qui a pour but de faire dérailler le processus de paix». «Le temps joue contre nous, a-t-il mis en garde, égratignant au passage Bamako pour son peu d’empressement à faire avancer le processus de paix. Nous sommes à un moment charnière. […] Le phénomène terroriste prend des proportions inquiétantes au nord et au centre du pays, au point que si la situation sécuritaire se détériore encore, il n’y aura plus de paix à maintenir au Mali.»

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