Mali: Nord du Mali. Comment la France a crée et entretenu la crise

Groupe_MP22Dans un document de trente (30) pages, les initiateurs du Mouvement populaire du 22 Mars 2012 (MP22) lèvent le voile sur les complots de la France contre le Mali. On peut ne pas être d’accord avec les idées des ténors du MP22, mais dire que les fondateurs du MP22 ne sont pas des patriotes, c’est manquer de réalisme. L’heure est grave, chers compatriotes ! La présence militaire sur la base de Tessalit, sorte de porte avion en plein désert du Sahara (OCRS) ne peut se faire de manière pérenne sans un accord de défense. Mais un accord de défense contre qui ? La Russie ? La Chine ? L’OTAN ?

C’est une contribution du mouvement populaire du 22 mars 2012 (MP22) à l’anniversaire de l’armée nationale du Mali créée le 1er octobre 1960 par le président Modibo Keïta dont la fête est fixée au 20 janvier, date de départ du dernier soldat colonial du territoire national. Par là, le MP22 entend apporter sa pierre à l’édification d’une nation indépendante, libre de toute contrainte coloniale, prospère et forte.

En effet, cette indépendance est mise à rude épreuve avec une nouvelle race de politiciens qui s’est donnée pour mission de détruire notre armée depuis plus de vingt (20) ans. Le clou de toute cette politique incompréhensible pour un pays qui a connu plusieurs rébellions depuis son indépendance devait se tenir ce 20 janvier 2014 par la signature d’un accord infamant de défense, couronnant ainsi pour de longues années la mainmise de la France sur la sécurité -donc la souveraineté de notre pays -mainmise survenue depuis la fuite de M. Dioncounda Traoré en France, consolidée par l’opération «Serval».

Ceux des dirigeants maliens qui continuent à démoraliser notre peuple en lui faisant croire que nous sommes incapables de nous défendre contre quelques groupuscules terroristes ont une lourde responsabilité devant l’Histoire et devant la nation. Ces dirigeants sans envergure, sans perspective et sans ambitions pour leur pays et le continent rendront compte à la nation qu’ils veulent assujettir à des puissances étrangères, pourvu qu’ils puissent s’enrichir effrontément et perdurer au pouvoir en étant les représentants de la France au Mali. Ils seront surpris par le peuple héroïque et fier du Mali.

Genèse de la crise

Contrairement à la plupart des rébellions armées qui surviennent subitement, inattendues pour la plupart des gens, la «rébellion» touareg de 2012 au Mali a suivi un processus de gestation quasi public sur les chaînes de télévision françaises (TV5, France 24, …), par le retour des combattants de la légion islamique de Mouammar Kadhafi en armes reçus avec tous les honneurs par le gouvernement du président ATT qui faisait preuve d’un amateurisme criminel confinant à la complicité.

Le clou a été la marche organisée à Ménaka par des éléments de ce qui allaient devenir le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) en faveur de l’indépendance de la soit disant Azawad.

Les rébellions touaregs ont une origine le plus souvent culturelle et non identitaire comme on peut le croire surtout en Occident. Cette culture, façonnée par le mode de production esclavagiste et féodal, s’adapte mal au monde contemporain. Ce qui est paradoxal, c’est que les revendications sont faites au nom du Nord -Mali tout entier alors que l’immense majorité du Nord (Songhoï, Peuls, Bella…) est le plus souvent étrangère et franchement hostile à ces mouvements. Elle est même souvent hostile à toute forme de négociation avec ces mouvements de rébellion qui à leur tour sont hostiles généralement aux populations sédentaires noires du Nord.

En réalité, ces mouvements sont souvent le résultat de diverses manipulations et influences extérieures diverses qui profitent de la tendance culturelle des Touaregs à résoudre les conflits par les armes. On a pu voir ainsi des cadres touaregs expliquer crûment sur des chaînes de télévisions françaises que l’Algérie avait voulu armer la communauté touareg malienne pour combattre Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) en territoire malien, projet contré par Bamako à l’époque. Ce que ne comprenait pas notre cadre tamashek.

Il a fallu qu’un «expert» français lui explique qu’il ne trouvera au monde aucun gouvernement qui accepterait qu’une puissance étrangère vienne armer ses populations.

Mais les mêmes «experts» français vont lui expliquer aussitôt que les Touaregs sont les seuls à pouvoir combattre AQMI au Mali car les «Touaregs sont des guerriers». On comprendra plus tard que ces flagorneries sont directement liées aux plans secrets des services secrets franco-britanniques dans leur guerre contre M. Kadhafi. Ces plans, qui cherchaient à diviser les forces du dirigeant libyen, ont promis un territoire indépendant aux touaregs d’origine malienne dans leur patrie originelle s’ils lâchaient le Guide.

Si les Britanniques voulaient gagner un conflit à moindre frais, la France de Sarkozy avait enfin une occasion d’un début de commencement de la mise en œuvre de la fameuse loi N°57-27 du 10 janvier 1957 créant la fameuse Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), projet qui visait après la cinglante et humiliante défaite de Diem Bien Phu, à détacher de plusieurs colonies d’Afrique leur partie saharienne, afin d’en faire un immense territoire désertique dont les dirigeants seront facilement manipulés par la puissance coloniale.

Il est aisé de comprendre que cet immense territoire désertique aux ressources minérales abondantes est censé être la vache laitière de la puissance coloniale française comme le sont aujourd’hui les pays du Golfe pour l’impérialisme américain.

Last but not the least, les bandes de déserteurs libyens seront reçues par le gouvernement Amadou Toumani Touré comme des héros qu’on ne cherche pas à désarmer, mais qu’on menace de toutes les foudres en cas de rébellion, vaine rodomontade d’un général d’opérette qui avait contribué largement à désarmer sa propre armée (matériel obsolète, le matériel le plus neuf datant d’au moins 20 ans, manque d’entraînement suffisant des recrues et leur manque total de la maîtrise du maniement le plus élémentaire des armes, conditions de vie misérables des hommes de troupes , santé précaire,…).

A partir de là, tous les ingrédients étaient réunis pour l’humiliation de la nation dès le déclenchement des hostilités.

En effet, l’armée manquait de tout : matériel (fusils et munitions, chars et engins blindés de transport de troupes, hélicoptères et avions de combat) et personnels, on se demande d’ailleurs à quoi peuvent servir des militaires qui n’ont pas d’armes.

Le développement de la rébellion et le coup d’Etat du 22 mars 2012

C’est dans cette ambiance générale que les premières attaques de la rébellion eurent lieu en janvier 2012. Les rebelles étaient bien renseignés sur l’état de nos forces armées et de sécurité. Le gouvernement ou plus précisément le président de la République, ou il était complice ou il tentait de juguler la rébellion avec des incantations, ce qui revient au même. Les troupes qui étaient à l’extrême nord (Aguel Hock, Tessalit, …) ne bénéficiaient plus d’approvisionnement régulier.

Privés de tout (munitions et nourriture), une centaine d’éléments de nos forces armées qui n’avaient même plus le moyen de se replier furent faits prisonniers et lâchement assassinés par les troupes du MNLA qui avaient été instruites par les pratiques moyenâgeuses des mouvements anti-Kadhafi dans leur guerre sale contre le peuple libyen.

Ce massacre avait scellé le sort du gouvernement d’Amadou Toumani Touré car les femmes de Kati, (épouses de militaires pour l’essentiel), cette ville garnison près de la capitale, durement et directement éprouvées par ces massacres odieux, manifestèrent et marchèrent sur le palais de Koulouba.

Les réprimer, c’était porter la répression au cœur de la République. Dans une démocratie civilisée, ATT aurait dû démissionner tout de suite. Mais certains avancent l’idée que lui-même a alimenté la rébellion dans le but de perdurer au pouvoir. Dans ce cas, toute démission était inenvisageable, mais il fallait gérer les conséquences du conflit quel qu’elles soient. La situation devenait de plus en plus insupportable pour l’armée et la nation toute entière.

D’autant que les dirigeants français ne rataient aucune occasion pour enfoncer le clou. C’est ainsi que le gouvernement malien prêtera complaisamment les antennes de la télévision nationale au ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé qui affirmera sans ambages que le MNLA a remporté des victoires, qu’il fallait reconnaître ce fait et négocier. Cette déclaration, faite à un moment où la nation toute entière était en deuil, dénotait le plus pur style colonialiste et l’immense joie qu’éprouvaient les parrains français du MNLA. Mais ces nostalgiques du colonialisme oubliaient ou faisaient l’impasse sur deux choses :

1°) les troupes du MNLA et leurs alliés combattaient une armée totalement désarmée ;

2°) parmi les groupes qui combattaient le Mali, le MNLA était une force insignifiante que le déroulement ultérieur des événements démontrera suffisamment.

Mais un des atouts majeurs de la rébellion était sa capacité de mobilité exceptionnelle grâce aux moyens acquis lors du conflit contre Mouammar Kadhafi. Ainsi, une position malienne de cent éléments pouvait être attaquée par une colonne de 150 pick-up lourdement armés. Dans ces conditions, la troupe avait le choix entre périr sans gloire ou se replier.

Les brigades territoriales de gendarmerie étaient la parfaite illustration du dénouement de notre armée. Chaque brigade était composée de quelques dizaines d’éléments et de quelques armes individuelles. En fait, dans la plupart des cas, il y avait plus de gendarmes que d’armes dans la brigade. Donc, il aurait fallu que certains gendarmes soient tués pour que leurs collègues puissent avoir une arme. Allez-y dans ces conditions parler de défense nationale.

L’armée manquait cruellement de munitions, d’armes et d’équipements en tout genre. Ce fait sera reconnu plus tard et largement commenté par des officiers supérieurs français de l’opération Serval dont certains iront jusqu’à affirmer que « les militaires maliens se battent à raison de deux ou trois hommes pour une arme » !

Dans ces conditions, ce sont les gouvernements maliens qui sont incapables de défendre le pays ou c’est l’armée qui est incapable ?

Pendant que la guerre faisait rage au Nord, le gouvernement d’ATT décide d’acheter deux avions de guerre Sukhoi. Mais on ne sait par quel sacrilège, il acheta des avions obsolètes, si désuets qu’ils n’ont jamais pu servir pour une seule opération. Les troupes abandonnées à leur triste sort dans le désert de Tessalit n’eurent la vie sauve qu’en se refugiant en territoire algérien, échappant ainsi au traitement barbare qui fut réservé à leurs compagnons d’armes d’Aguel Hock.

Alors, ce ne furent plus seulement les femmes des militaires qui manifestèrent, mais les soldats eux-mêmes qui reprirent les slogans de leurs épouses : «Nous voulons des armes». Face au refus dédaigneux qui leur fut opposés, ils cassèrent les magasins d’armes et marchèrent sur le palais de Koulouba. Le coup d’Etat était ainsi consommé. Le soulagement fut général dans le pays. Le peuple poussa un ouf de soulagement, car au-delà de l’humiliation de l’armée, c’est la nation toute entière qui a été humiliée par cette impuissance devant quelques centaines de rebelles mêmes armés de mitrailleuses lourdes montées sur des pick-up ultramodernes.

Balayer le régime qui était à la base de cette humiliation, c’était laver une partie de cette infâme humiliation, c’était le commencement du redressement national, le chemin de l’honneur et de la dignité retrouvé, c’était un pas sur le chemin de la démocratie, c’était l’écroulement des tonnes et tonnes de mensonges, de dissimulations destinés à tromper le peuple et la communauté internationale sur la prétendue démocratie malienne.

Mais comme nous le verrons plus tard, ce chemin est semé d’embûches car les forces hostiles à l’indépendance africaine sont toujours aux aguets.

Le rôle de la CEDEAO et l’intervention directe de la France

Autant le coup d’Etat fut accueilli dans le soulagement général par le peuple malien, autant il fut accueilli avec hostilité et incompréhension à l’étranger savamment manipulé par les forces les plus rétrogrades de notre pays, celles qui nous avaient précisément précipitées dans ce gouffre de misère et de déshonneur. En cela, elles trouvèrent un allié de taille : la France impérialiste et ses relais ouest- africains de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest).

En effet, depuis au moins 2009, la France cherchait à intervenir militairement au Mali pour soi-disant combattre AQMI. Il faut reconnaître à ATT d’avoir su résister à ces déclarations d’amour mille fois répétées de Juda.

Les stratèges français ne pouvaient pas rater l’occasion de profiter de la situation créée par le coup d’Etat pour mettre en œuvre leur stratégie qui consiste à renforcer les positions de l’Hexagone de plus en plus ébranlées sur le continent noir. Entre Dakar qui insiste de plus en plus pour que les troupes françaises quittent le territoire sénégalais et Libreville qui envisage d’adhérer au Commonwealth, la France se doit de chercher d’autres points d’ancrage sur le continent pour la France-Afrique qui fait la grandeur du pays du Maréchal Pétain et la petitesse de l’Afrique.

Nous savons tous que jadis comme aujourd’hui, l’impérialisme, pour mener ses actions de sape sur le continent, doit s’appuyer sur des relais locaux, c’est-à-dire la cinquième colonne. La France a de l’entregent. Tapie dans l’ombre, elle laisse le soin à ses relais locaux de la CEDEAO qui, non contents d’avoir mis en branle son protocole pour la bonne gouvernance et sa partie additionnelle, décrétèrent un blocus commercial contre le Mali en fermant leurs frontières et financier via la BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), toutes choses totalement étrangères auxdits protocoles.

En fait, ces régimes venaient de faire une déclaration de guerre au Mali et dénotent de leur peu de respect des conventions internationales. En outre, cela met en cause la fiabilité de la BCEAO en tant qu’instrument d’émancipation économique sous régionale.

Tout cela doit inciter tout dirigeant malien quel qu’il soit à chercher des débouchés maritimes en dehors des satellites de la France.

Le blocus décida la junte à faire des concessions et à s’engager dans une partie de poker menteur avec la CEDEAO. Mais ce que les jeunes militaires maliens n’avaient pas compris, c’est que les pions de la France n’ont pas de parole. Il ne peut en être autrement quand le maître lui-même n’a pas de parole. Tout ce que faisaient les dirigeants de la CEDEAO était destiné à rouler les leaders de la junte dans la farine, à les discréditer, à les diviser pour mieux aboutir à leurs fins anti africaines.

Ces alliés de la France, sous la dictée de leur maître n’hésitèrent pas une seule seconde à bloquer les armes du Mali au port de Conakry avec les arguments les plus saugrenus :

– ce n’est pas la junte qui a acheté les armes ;

– si on livre les armes, la junte pourrait lancer une attaque aventureuse contre les rebelles, mais au cas où elle parviendrait quand même à vaincre la rébellion, elle serait tentée de rester au pouvoir.

Est-ce à dire que l’armée nationale du Mali était devenue plus dangereuse que les terroristes et autres djihadistes? Il faut le croire. Puisqu’il fallait circonscrire notre armée avant de s’occuper des terroristes, alliés occultes mais fidèles de la France impérialiste.

C’est ainsi que les dirigeants de la CEDEAO, politiciens amateurs du dimanche se crurent autorisés à demander au Conseil de sécurité des Nations unies une intervention en République libre et indépendante du Mali. Leur demande fut rejetée. Il ne pouvait en être autrement. Ils recommencèrent une deuxième fois tout en prenant le soin de fomenter avec leurs alliés locaux du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et la République (FDR) une prétendue prise de la ville de Douentza par le MUJAO (Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest), tout un programme pour forcer la main au Conseil de sécurité.

Par trois fois, les dirigeants de la CEDEAO demandèrent l’aval du Conseil de sécurité, par trois fois, ils échouèrent lamentablement. C’est une honte pour notre continent que les chefs d’Etat d’une organisation sous régionale ignorent jusqu’aux règles de fonctionnement des Nations unies. Peut-on croire qu’ils puissent gérer correctement leur pays ?

Pendant ce temps, les stratèges français, jouant sur le pourrissement de la situation, peaufinaient leurs tactiques et laissaient les nègres de service se démener comme de beaux diables.

Le moment décisif choisi par eux fut le début du mois de janvier 2013. Pour cela, la France avait ses agents tapis dans les différents groupes armés. Le MNLA était devenu grâce au MUJAO, ce qu’il était vraiment, c’est-à-dire un mouvement des télévisions françaises, des salons feutrés de Nouakchott et de Ouagadougou. Elle fit appel à Iyad Ag Ghali, le chef d’Ançar Dine, le mouvement djihadiste tant décrié. Iyad Ag Ghali réunit ses fidèles parmi les fidèles d’Ançar dine et des éléments du MUJAO, proches du FDR.

Dans un ultime acte de provocation, ils attaquèrent le poste le plus avancé de l’armée malienne à Konna. Les troupes, qui rêvaient d’en découdre avec les rebelles, furent prises au dépourvu et handicapées par le manque de moyens logistiques. Elles furent mises en difficulté et l’avant-garde resta isolée du reste des troupes jusqu’à la reprise totale de la ville de Konna par l’armée.

Apparemment, les forces rétrogrades de Bamako et la France jouissaient de larges complicités dans la hiérarchie militaire malienne. La France, qui tout au long du conflit, n’a jamais raté aucune occasion pour démoraliser les Maliens et notre armée par la guerre psychologique se révéla être un redoutable allié des groupes armées.

L’attaque de Konna fut donc le signe annonciateur de l’ingérence directe française au Mali. Iyad Ag Ghali, une fois son forfait accompli, en bon agent de l’impérialisme français qui avait accompli sa mission, se retira tranquillement à Kidal, sacrifiant ainsi beaucoup de ses combattants pour l’intérêt supérieur de la France. Le sort était ainsi jeté.

Dès le début des bombardements aériens, ce fut donc la débande au sein des rebelles dont les chefs n’avaient jamais eu l’intention de descendre au Sud.

Djihadistes de pacotilles sans soutien populaire d’aucune sorte ni possibilité d’enracinement, livrés à eux-mêmes dans le désert car abandonnés par des chefs à la solde de l’étranger, ils s’évanouirent comme glace au soleil. Seuls quelques irréductibles du MUJAO qui n’avaient nulle part où aller se refugièrent dans une île du fleuve Niger d’où ils menèrent des attaques sporadiques contre la ville de Gao avant d’être découverts et neutralisés par l’armée nationale.

La France, qui avait vaincu psychologiquement jusqu’aux élites nationales de notre pays, fut acclamée partout sur tout le territoire national comme le saint libérateur. Seuls la Coordination des organisations des patriotes du Mali (COPAM), le MP22, le courant hamalliste et certains combattants inlassables surent garder la tête froide. Il est vrai qu’au sein de la COPAM les débats furent houleux pour savoir quelle ligne politique observée face à l’intervention française.

Mais très vite, les Maliens commencèrent à déchanter quand le gouvernement de Hollande ressuscita le MNLA de ses cendres dans lesquels le MUJAO l’avait réduit pour aller lui créer un fief à Kidal, en fait fief de la France où l’armée malienne était interdite de séjour (le rêve secret de l’OCRS refaisait surface). Alors qu’après les bombardements aériens de Konna, c’est l’armée malienne qui la première depuis cette ville entra à Gao et depuis la reprise de Diabaly marcha sur Tombouctou où elle entra également la première, la ville de Kidal lui fut donc interdite dans le plus pur style colonial.

Cet acte odieux, dangereux pour l’unité de la nation, ne fut jamais désapprouvé ni même condamné par les Nations unies. Les autorités de fait de la transition fermèrent les yeux se rendant ainsi coupables de forfaiture.

Au même moment, le colonialiste François Hollande ordonna une élection présidentielle précipitée. L’occasion était ainsi offerte au peuple fier du Mali de réagir. Comme un seul homme, il exigea l’entrée de l’armée dans la ville avant l’organisation du scrutin. Une fois encore la nation fut trahie par les autorités de transition qui concoctèrent l’entrée de 150 éléments de nos forces armées à Kidal, où elles furent cantonnées pendant que les supplétifs de l’armée françaises du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) régnaient en maître dans la ville.

Nous fûmes traités en nègres, c’est-à-dire ceux qui s’attachent au symbole et non à la réalité ou l’effectivité des choses. Ce faisant, les dirigeants français ont démontré suffisamment leur duplicité, eux qui ont affirmé urbi et orbi qu’il ne saurait y avoir deux armées dans un même pays, continuent à la date d’aujourd’hui à défendre les rebelles armés du MNLA contre nos troupes contrevenant ainsi aux dispositions de la MINUSMA dont le rôle est d’assister nos forces armées pour le rétablissement de notre souveraineté et de la sécurité sur tout le territoire national.

Aujourd’hui, on comprend qu’elle avait besoin d’un gouvernement légitime et légal d’une part et des groupes armés de l’autre pour mener sa politique de double jeu afin de faire de notre pays une nouvelle colonie française.

L’élection du président IBK et l’avenir du Mali : Il libère les criminels de guerre notoire et embastille les militaires qui avaient vu en lui une promesse d’avenir pour notre pays

Les Maliens ont plébiscité Ibrahim Boubacar Keïta au second tour de l’élection présidentielle parce qu’ils voyaient en lui le candidat du changement et surtout le nationaliste qui ne transigerait pas avec ceux qui remettent en cause l’unité nationale et l’intégrité territoriale de notre cher pays, cette terre sacrée de Narré Sounjata Keïta.

Bien que Oumar Mariko fut le véritable candidat du changement, beaucoup de forces acquises au changement (COPAM, militaires, hamallistes notamment leur chef, le vénérable Bouillé Haïdara, fils de l’anticolonialiste Cheickna Hamalla,…) ont préféré accorder leur suffrage dès le premier tour à Ibrahim Boubacar Keïta dans un élan de vote «utile» comme disent les Français. Il bénéficiera en outre au second tour d’un report de voies massif de tous les autres candidats du premier tour. Tous les candidats qui ont appelé à voter Soumaïla Cissé au second tour ont été désavoués par leur électorat. On ne peut s’empêcher de penser au duel Chirac-Le Pen de 2002 en France.

Or malgré ce plébiscite, Ibrahim Boubacar Keïta semble chercher sa voie. Il parle plus qu’il n’agit pendant que les Maliens attendent des actes concrets qui leur rendent leur honneur et dignité, leurs terres ancestrales de Kidal auxquelles ils sont viscéralement attachés. Il libère les criminels de guerre notoire et embastille les militaires qui avaient vu en lui une promesse d’avenir pour notre pays, ces militaires qui nous ont rendu quelque part notre dignité et notre honneur.

Pire pour recouvrer l’intégrité territoriale, Ibrahim Boubacar KEITA semble compter sur les forces servals qui poursuivent des objectifs contraires à notre unité nationale. Que peut-on attendre des forces de la MINUSMA, forces supplétives des forces françaises ?

On se demande pourquoi doit-il y avoir deux forces superposées au Mali comme en République centrafricaine d’ailleurs ? En fait, les Français semblent être des hommes supérieurs pour s’intégrer aux troupes «folkloriques» ouest africaines. On a ici l’illustration parfaite de l’armée française et de ses supplétifs des tirailleurs sénégalais.

Cette indécision d’Ibrahim Boubacar Keïta, malgré le large plébiscite (plus de 77% des voies avec un taux de participation jamais atteint depuis l’instauration de la démocratie dans notre pays après la révolution de mars 1991) qui l’a porté au pouvoir, fait le jeu de la France et des rebelles qui continuent à faire la loi à Kidal, non pas parce que l’armée nationale est incapable de prendre la ville, mais parce que le maître blanc a décidé qu’il faut négocier avec les criminels du MNLA et les troupes Ançar Dine de Iyad Ag Ghali recyclées HCUA (Haut Conseil de l’unité de l’Azawad).

En fait, les Français visent deux objectifs principaux contradictoires mais conciliables dans le temps.

Le premier objectif est d’utiliser les groupes rebelles pour obtenir le maximum de concession de Bamako qui est son 4eme client ouest africain malgré son enclavement (plus de 300 millions d’euros d’exportation vers le Mali contre moins de 10 millions d’importation en provenance de ce pays). Profiter de la «lutte contre Al Qaïda au Maghreb islamique» pour avoir la mainmise sur les ressources minières du Nord et du Sud de notre pays, voilà une chose qui arrangerait bien les intérêts de la France. Si en plus, elle pouvait avoir la base militaire de Tessalit aux abords de la frontière algérienne, ce serait la cerise sur le gâteau.

Or cette présence militaire sur cette base militaire de Tessalit, sorte de porte avion en plein désert du Sahara (OCRS) ne peut se faire de manière pérenne sans un accord de défense. Mais un accord de défense contre qui ? Contre quoi ? La Russie ? La Chine ? L’OTAN ? Assurément non ! Mais alors contre qui ? Le Sénégal ? Le Burkina Faso ? La Côte d’Ivoire ? La Mauritanie ? Peut être. Mais les Maliens sont les derniers à imaginer les soldats français au coude à coude avec leurs soldats en train de repousser une invasion mauritanienne.

Mais, il paraît que cet accord de défense c’est pour nous prêter une force de réaction rapide contre les terroristes dans le désert. A eux, la poudre à canon, à nous le carquois et les flèches. A eux, les troupes d’élite, à nous la chair à canon. A eux, les avions et les hélicoptères de combat, à nous les fantassins. A eux ,une armée complète, à nous une sous armée au service de la France.

Tout en travaillant activement sur ce scénario, les Français gardent un tour dans leur sac. Au cas où ils n’obtiendront pas de Bamako ce qu’ils convoitent, ressortir leur plat OCRS du congélateur où ils l’ont mis depuis leur échec de la veille des indépendances.

Donc, une OCRS même miniaturisée au départ est leur deuxième objectif. Pour rendre ce scénario plausible, il faut pourrir la situation à Kidal, amener l’armée malienne à commettre l’irréparable au Nord afin de pouvoir faire un grand tapage médiatique sur le plan international pour convaincre la «communauté internationale» de l’inéluctable indépendance de la région de Kidal. Ainsi, elle pourra bénéficier d’un territoire fantôme (fantôme parce que hyper sous peuplé). Elle y règnera en maître incontesté, manipulant quelques familles richissimes qui tireront leurs fortunes de l’exploitation des immenses ressources minières. Dans ce cas de figure, il est inutile de dire que le Sud algérien et l’Ouest du Niger seront les prochaines cibles. La question du comment nous importe peu ici.

Est-il besoin de rappeler que tous les pays du monde, en tout cas ceux qui se sont prononcés, ont condamné la proclamation d’indépendance de la prétendue Azawad du MNLA ? Tous les pays à l’exception notable de la France, qui, elle, n’a condamné que la proclamation «unilatérale». La nuance est de taille. Cela signifie que Paris n’est pas hostile à l’indépendance de la soi-disant Azawad. Elle veut seulement y mettre la forme. Pour cela, tous les Maliens doivent se convaincre que les stratèges français travaillent sur la question. Ce n’est qu’une question de temps et d’opportunité.

Conclusion

Le Mali, comme toute nation moderne, ne sera respecté que lorsqu’il sera en mesure d’assurer sa sécurité intérieure et extérieure par lui-même. Pour cela, il faut une armée forte, bien équipée en chars de toutes catégories, en hélicoptères de transport de troupes et de combats, ayant une aviation militaire performante et surtout une DCA capable de faire face à toute agression aérienne. Le premier jalon du développement est la sécurité. Le Mali, tout comme l’Afrique, doit se convaincre de cette évidence si on ne veut pas être en permanence à la merci de pyromanes pompiers qui allument les feux avec une main et nous prêtent la seconde pour l’éteindre.

Mieux, l’agression lâche et barbare contre la Libye avec la complicité criminelle du Conseil de sécurité des Nations unies en 2011 doit être la dernière du genre. A l’avenir, une telle agression doit appeler une riposte collective du continent, riposte qui doit transformer le Sud de l’Europe et toute la Méditerranée en champs de bataille. Dans un livre prémonitoire publié en 1904, le géographe Onésime Reclus proposait un changement de stratégie au colonialisme français : Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique : Ou renaître ? Et comment durer ? Garder la mainmise coloniale sur l’Afrique : telle est la préoccupation centrale après Dien Bien Phu. «Sans l’Afrique, il n’y aura pas d’histoire de France au XXI e siècle».

MP22 – Inter de bamako

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