Marchés publics : Quand François Hollande réclame la «part» de la France

648x415_francois-hollande-senegal-29-novembre-2014La France n’est-t-elle donc pas toujours rassasiée? Ce samedi, devant un parterre de chefs d’Etat africains et d’officiels venus de toute l’espace francophone, à l’occasion de la cérémonie officielle du 15ème sommet de la Francophonie, le Président français n’a pu s’empêcher de revendiquer la «part» de la France dans les marchés publics de nos Etats. Une France, dont l’Insee prévoit la croissance à 0,4 % seulement en 2014, qui n’est visiblement pas prête à laisser filer sa vache laitière africaine.

 Francophonie économique: nouvelle formule de pillage?
 «L’Afrique c’est le grand enjeu de la croissance, non pas simplement pour le continent lui-même, mais pour le monde entier. Et tous les francophones ici doivent être pleinement engagés dans la mutation de ce continent. C’est une chance pour nous tous. La France y prend encore sa part», avait déclaré François Hollande devant l’assistance au centre de conférence Abdou Diouf de Diamniadio.
Il ajoutera que «la France ne demande aucun privilège en Afrique, elle ne demande qu’à être mise en concurrence chaque fois qu’il est possible, que ses entreprises puissent accéder à un certain nombre de marchés», a-t-il demandé. Sauf que la France a déjà la bouche dans les meilleures sauces de nos pauvres Etats africains, dont il fut le colonisateur. Et ce qui inquiète particulièrement, c’est qu’aujourd’hui, les pays membres de l’organisation internationale de la Francophonie veulent donner un tournant, beaucoup plus économique, à l’Oif. Cette formule, sera-t-elle la nouvelle sauce à laquelle la France compte manger nos maigres ressources et capter des centaines de milliards des commandes publiques de nos Etats ?
 La Sde et le port s’habillent français 
 Rien qu’au Sénégal, ces dernières années, plusieurs marchés ont été confiés aux entreprises françaises. Même si M. Holande parle de «mise en concurrence» ou déclare que «la France ne demande aucun privilège», force est de constater que l’octroi de la majorité de ces marchés, s’est fait, sans concurrence, ou dans des conditions décriées. Récemment, le groupe Bolloré Africa Logistics a été attributaire de la concession du terminal roulier d’un montant de 64 milliards de francs sur 25 ans au Port autonome de Dakar (Pad).
Toujours au Pad, la concession du terminal vraquier fut confiée à Necotrans, dans des conditions assez décriée par nombres de députés, d’acteurs économiques et surtout par le Forum civil qui avait dénoncé «le refus des autorités du Port autonome de Dakar de passer par un appel à la concurrence». Dans le secteur de l’eau aussi, ce sont les français qui trônent. Filiale de Bouygues, la Sde détient depuis 1996, un contrat d’affermage qui a été prolongée cette année.
La Boulimie française dans les Btp 
 Mais c’est dans le secteur des Btp que la boulimie française s’est le plus fait sentir au Sénégal, non sans susciter l’indignation. Le groupe Eiffage, très visible dans ce secteur, aura raflé une bonne partie des marchés lancés par l’Etat du Sénégal. Ce, au nez et à la barbe de nos entrepreneurs locaux. Concessionnaire de l’autoroute à péage, Eiffage va exploiter durant 30 ans ladite infrastructure, financé pourtant par le contribuable à hauteur de 319 milliards sur un total de 380 milliards de Cfa.
Tout récemment, la construction du tronçon Diamniadio-Aibd, a été confiée sans aucune forme d’Appel d’offres au groupe Eiffage pour 80 milliards de Cfa. Ce qui n’avait pas manqué de susciter la polémique. Aujourd’hui, la question qui se pose, c’est est-ce que nos autorités accéderont à cette demande de la France. Mais une chose est claire, y accéder, serait tout simplement donner un coup fatal au patriotisme économique tant vanté et jamais matérialisé.

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