Mariages précoces et mutilations génitales féminines : «Il n’existe pas de sanction visant à décourager ces pratiques»

Après les multiples efforts de sensibilisation contre les mariages précoces et les mutilations génitales féminines, les acteurs prônent des sanctions pénales. Un panel autour de la question hier au musée Théodore Monod a permis la présentation des efforts déroulés depuis des années pour l’éradication de ces phénomènes.

Malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation contre les mariages précoces et les mutilations génitales féminines, ces phénomènes persistent. Dans le mon­de, 14 millions de filles sont ma­riées avant 18 ans.

Pour les mutilations génitales féminines, on parle de 130 millions de jeunes filles touchées. Au musée Théodore Monod hier, un panel s’est tenu pour trouver des moyens efficaces d’éradiquer ces deux phénomènes.

On parle d’accélérer l’abandon des pratiques de l’excision et des mariages précoces. Les panélistes misent sur des réformes juridiques pour venir à bout de ces pratiques.

Cependant, le Sénégal a encore beaucoup d’efforts à fournir. Dans le domaine des mutilations génitales féminines, il existe une infraction pénale, mais la porosité des frontières avec des pays qui n’ont pas le même arsenal juridique est une alternative pour les adeptes de cette pratique. Pour le mariage des enfants, c’est plus difficile.

L’âge légal du mariage pour la jeune fille sénégalaise est de 16 ans, a rappelé la directrice régionale d’Onu-Femmes.

L’absence d’une loi pénale de prohibition n’encourage pas son abandon. «Non seulement le mariage de la fille de 16 ans n’est pas illégal, mais en plus, le juge peut autoriser une fille âgée de moins de 16 ans à se marier. L’unique sanction avec une fille de moins de 16 ans est l’annulation. Au plan pénal, seule la consommation du mariage sur mineure de moins de 13 ans est punissable. Il n’existe donc pas de sanction visant à décourager cette pratique», a déploré Joséphine Odéra. Elle a invité le gouvernement à harmoniser les textes juridiques avec les conventions internationales qui garantissent les droits à la protection des enfants.

Le représentant du ministre de la Femme, de la Famille et de l’En­fance a reconnu que les défis sont nombreux. «L’ampleur de ces deux phénomènes exige un profond changement des mentalités, une réponse multisectorielle ainsi que l’implication et la mobilisation de l’ensemble des acteurs dans la lutte pour l’abandon de ces pratiques nuisibles», a-t-il déclaré. Selon lui, «un vaste chantier de réformes institutionnelles et juridiques est en cours au niveau national en vue de promouvoir et garantir la protection des droits de l’enfant et de la famille». Il a appelé à des concertations pour trouver un consensus fort pour l’actualisation de la législation sur l’âge légal du mariage pour la jeune fille.

Matam, Kolda et Tambacounda en tête
Selon une étude du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa, en anglais), le Sénégal a l’un des taux de prévalence de mariages d’enfants les plus élevés au monde, a partagé Joséphine Odéra.

«En 2011, 33% de femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariés avant l’âge de 18 ans, soit en moyenne près d’une fille sur 3», a-t-elle informé. Les régions les plus touchées sont Matam, Kolda et Tambacounda. Pour les mutilations génitales féminines, 26% des femmes de 15 à 49 ans ont déclaré être excisés entre 2010 et 2011. Les conséquences sur la santé des victimes sont nombreuses.

«Les filles mariées trop jeunes sont exposées aux risques de complications de la grossesse et de l’accouchement, principales causes de décès chez les filles de 15 à 19 ans dans les pays en voie de développement. Les filles qui donnent naissance avant 15 ans courent 5 fois plus de risques de mourir lors de l’accouchement que les femmes.

Le ma­riage précoce peut aussi conduire à la survenance de fistule obstétricale», a énuméré Mme Odéra. C’est souvent les prétextes de la coutume, de l’honneur, de la tradition ou de la religion qui prédestinent à ces pratiques, mais au­jourd’hui des arguments médicaux leur sont opposés.

  • Écrit par  Awa GUEYE

agueye@lequotidien.sn

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*