Me Amadou Sall, membre du comite directeur du PDS : «Macky a décidé d’attaquer frontalement le Pds, avec l’appui de militants tapis dans l’ombre…»

Me Amadou Sall, membre du comite directeur du PDS : «Macky a décidé d’attaquer frontalement le Pds, avec l’appui de militants tapis dans l’ombre…» 

L’OBS – Membre du Comité directeur et président de la Commission communication et organisation du Parti démocratique Sénégalais (Pds), Me Amadou Sall «crache» ses vérités dans cet entretien avec L’Obs, sur ce qui se trame réellement contre le parti de Wade. Me Sall évoque les manœuvres du régime de Macky Sall pour déstabiliser le Pds à l’interne, avec la complicité de certains membres du parti. Il revient, entre autres questions, sur le cas Farba Senghor, la sortie étonnante de Pape Samba Mboup contre la candidature de Karim Wade, les stratégies du Pds face à Macky aux prochaines élections, l’augmentation du nombre de députés à l’Assemblée nationale, la crise qui secoue la Gambie… 

Les agitations tous azimuts au sein du Pds montrent que le parti traverse une crise à l’interne. Quelle doit être la solution pour désamorcer la «bombe» avant qu’il ne soit trop tard ?

Il n’y a ni agitations tous azimuts, comme vous dites, ni aucune bombe à désamorcer. Nous savons tous que Macky SALL et son régime ont décidé d’attaquer frontalement le PDS pour, avec l’appui de militants tapis dans l’ombre, tenter de diminuer l’impact considérable de la candidature de Karim WADE sur l’opinion. C’est ainsi que Macky SALL fait dire à certains, que Karim WADE ne sera pas candidat, parce qu’emprisonné au Qatar. A d’autres, il fait dire que Karim, qui a renoncé à être candidat, ne va plus rentrer au pays. Allant même jusqu’à faire croire qu’il est prêt à l’incarcérer à nouveau pour le recouvrement de l’amende prononcée par l’arrêt de la Crei (Cour de répression de l’enrichissement illicite). Tout cela participe à décourager nos partisans et c’est fait avec l’appui d’une cinquième colonne interne.

Comment appréciez-vous les attaques répétées de Farba Senghor et Cie contre Oumar Sarr, coordonnateur du parti, pour fustiger son mode de management? Est-ce que cela ne participe pas à fragiliser davantage le parti ?

Dans un parti démocratique, porter une appréciation critique sur l’action des dirigeants, ce n’est pas en soi répréhensible, cela participe de l’exercice des libertés à l’intérieur d’un parti qui assume son orientation libérale. Par contre, persister à porter des critiques publiques, répétées et particulièrement injustes, marquées par une inqualifiable animosité personnelle, c’est inadmissible. Mais le Pds, qui en a vu d’autres, ne saurait être ébranlé par ce qui semble dérisoire, parce que tout ce qui est excessif devient dérisoire.

Farba Senghor a été convoqué devant la commission de discipline du Pds pour ses différentes sorties, ne pensez-vous pas qu’il risque gros, avec Me Abdoulaye Wade qui lui a déjà servi un avertissement ?

Je ne sais pas ce qu’il risque, n’étant pas membre de la commission de discipline, dont les délibérations sont marquées du sceau de la confidentialité. Par contre, je crois savoir que c’est Me Abdoulaye Wade lui-même, Secrétaire général national, qui a demandé que le frère Farba Senghor soit déféré devant le Conseil de discipline. Comme tous les militants disciplinés, j’attends que la commission de discipline se prononce pour apprécier la décision qu’elle prendra et sur laquelle je ne peux anticiper.

«Nous avons la ferme volonté d’en découdre avec Macky…»

N’est-ce pas gênant pour vous que Me Wade continue d’administrer le parti, alors que c’est vous qui êtes sur le terrain ?

Me Abdoulaye Wade est Secrétaire général national du Pds et à ce titre, il exerce les responsabilités prévues par les statuts. Il n’est pas un dictateur qui peut tout faire, ses compétences sont encadrées. D’autres instances du parti ont également des compétences, elles-mêmes encadrées par les statuts. Vous êtes témoin de l’histoire présente qui se déroule devant nous. Et l’histoire présente retiendra que Me Wade a désigné le frère Oumar Sarr pour exercer les responsabilités de Secrétaire général national adjoint et de coordonnateurIl n’y a donc rien de gênant dans ce qui se passe au Pds. Et souvenez-vous des déclarations émouvantes de Me Wade, qui a dit aux Sénégalais qu’il consacrerait toute son énergie et toutes ses forces à son pays, qui doit occuper la place que lui assignent son histoire et le mérite de ses fils. Il a aussi dit qu’il accompagnera sa famille pour retrouver le pouvoir et continuer la formidable œuvre qu’il a entamée. Nous voulons que Me Wade reste encore avec nous, qu’il nous accompagne de son expérience avec la générosité et la pertinence de sa vision libérale.

Est-ce que cela ne traduit pas un aveu d’échec ou d’impuissance des responsables du Pds ?

Absolument pas ! Me Wade a formé un personnel apte à exercer un leadership capable d’ouvrir de vraies perspectives au peuple sénégalais. Au demeurant, il n’est plus candidat à rien et notre parti s’est choisi librement un candidat qu’il a déjà investi pour la prochaine élection présidentielle. Me Wade n’est donc pas dans une dynamique de positionnement : ni dans l’appareil institutionnel de l’Etat, ni dans l’appareil du parti. Il est et reste notre inspirateur et nous avons besoin de son accompagnement. Il n’y a donc rien de gênant à ce qu’il reste avec nous. Mais qu’on se comprenne bien, nous avons la ferme volonté d’en découdre avec Macky Sall et de le bouter hors du pouvoir. Demandez aux socialistes si leur mal ne provient pas de la liquidation de Senghor, dont ils se sont privés des conseils, ce qui a abouti à leur presque liquidation du champ politique. Ce parti, devenu un parti «Yobaléma», n’est plus que l’ombre de lui-même. L’œuvre de Senghor ayant été totalement vendangée et Abdou Diouf, subitement bavard, pourrait se retrouver avec Ousmane Tanor Dieng, son successeur, au directoire de l’Apr. Nous ne voulons pas que cela nous arrive.

Quel est réellement aujourd’hui le problème du Pds ?

Le Pds n’a qu’un problème et un seul : bouter Macky Sall et son régime hors du pouvoir !

Le Pds doit-il aujourd’hui changer de coordonnateur ?

Macky Sall et ses amis tapis dans l’ombre à l’intérieur du Pds, le voudraient bien, mais tel n’est l’avis ni des militants, ni du Secrétaire général national, Me Wade?

Qui, selon vous, est la personne la mieux indiquée pour coordonner le Pds ?

Naturellement, c’est celui qui s’y est attelé avec abnégation, loyauté, sacrifice et succès depuis 2012 !

Wade n’est-il pas le véritable problème du Pds, en voulant diriger le parti depuis l’extérieur, sans en maîtriser aujourd’hui les réalités internes ?

La légion interne des mercenaires de Macky Sall tapis dans l’ombre, tente depuis bientôt cinq ans, mais vainement, de présenter Me Wade comme le problème. Ce n’est pas parce qu’elle insiste que problème il y a ! Abdoulaye Wade est notre inspirateur et avec lui, nous sommes bien accompagnés et avons aujourd’hui les moyens et les capacités de nettoyer notre pays en le débarrassant des incompétents qui n’ont aucune vision.

Est-ce que l’éloignement prolongé de Me Wade et de Karim du pays ne va pas tuer le Pds ?

Il faut bien qu’on s’entende : ou Me Wade est un atout ou il ne l’est pas ! Pour nous, il l’est. Et il l’est, qu’il soit à Dakar ou ailleurs. Karim Wade est notre candidat et il va rentrer le moment venu pour porter haut l’étendard de notre parti, dont tous les observateurs avertis s’accordent à dire qu’il est le premier parti du Sénégal. Nous en avons conscience et avons l’audace de changer les choses le plus rapidement possible, c’est-à-dire dès les prochaines Législatives.

Les Législatives (2017) et la Présidentielle (2019) pointent à l’horizon. Comment le Pds doit il s’armer pour faire face au régime de Macky Sall?

Senghor nous a appris que «kuy yoot du seqët» et Wade nous a appris qu’on ne dévoile jamais ses projets et sa démarche électorale. Le moment venu, les Sénégalais découvriront les détails de notre démarche et les différents aspects de notre offre politique. 

«Après les conseils et orientations de Me Wade au Pds, Macky et Cie sont devenus comme désemparés» 

Le Président Wade, dans sa lettre au Pds, a donné des instructions au parti pour nouer des alliances fortes avec les partis de l’opposition. Cela suffit-il pour inquiéter Macky Sall lors des prochaines joutes électorales ?

Me Wade a été très précis. Il a déclaré et jugé que le Pds tout seul est capable de secouer le baobab et lui porter des coups dont il ne se relèvera jamais. Il ajoute qu’en nouant une alliance intelligente avec les forces de l’opposition, on en arrivera à bout. C’est une perspective qui nous intéresse et nous avons l’absolue certitude de la justesse du jugement de Me Wade. Macky Sall ne s’y trompe pas. Regardez la multiplication des attaques contre notre parti immédiatement après les conseils et orientations de Me Wade. Macky et son régime sont devenus comme fous et ont tout de suite sorti l’artillerie lourde, en entreprenant leur cinquième colonne, mise en ordre de marche pour attaquer notre parti et contester les orientations définies par Me Wade. Ce sont les prémices de ce que notre Secrétaire général national disait dans sa lettre au parti. «Il est vrai que conformément à son habitude, le gouvernement va utiliser des ennemis du dehors, mais aussi ceux de l’intérieur, tapis et camouflés en notre sein, qui vont, sous le prétexte de sauver le parti d’une prétendue phagocytose des fronts et des alliances, entreprendre une campagne de discréditation et d’insinuations sournoises pour saper le moral des militants et des militantes». Tout cela est peine perdue, le Pds en ordre de bataille, avec ses alliés, viendra à bout de l’hydre, soumis aux intérêts de compagnie sans vertu.

Quelles stratégies doit adopter le Pds pour arriver à imposer à Macky SALL une cohabitation à l’Assemblée nationale en 2017 ?

Le moment venu, notre stratégie sera connue. Mais retenez déjà que nous avons entrepris une tournée pour faire l’état des lieux dans toutes les sections du parti, chaque section correspondant à une commune comme circonscription administrative. Et au moment où je vous parle, je suis à Ourossogui, venant de Ranérou Ferlo.

Si on se fie à la sortie de Pape Samba Mboup, le Pds ne pourra pas avoir un candidat à la Présidentielle de 2019, car son candidat déclaré, Karim Wade, n’est pas libre de ses mouvements et la Justice ne lui permettrait pas de se présenter comme candidat. Si cela est avéré, le Pds n’est-il pas dos au mur ?

Je ne sais pas d’où Pape Samba Mboup, membre du Comité directeur de notre parti, tire ses certitudes et informations, alors qu’il n’est pas juriste. Par contre, je sais, avec une absolue certitude, que c’est ce que Macky Sall dit à ses visiteurs du soir. Il est tout à fait étonnant dans ces conditions, qu’un membre du parti diffuse tant d’informations fausses. Macky Sall a fait dire à nombre de ses visiteurs du soir, que Karim Wade ne reviendra pas au pays, exprimant ainsi sa peur, ses angoisses et sa volonté de se dérober à ses devoirs, tant il craint de l’affronter. Mais c’est peine perdue, puisqu’il devra prendre son courage à deux mains et se résoudre enfin à affronter notre candidat, qui le battra à plate couture.

«C’est étonnant que Pape Samba Mboup diffuse tant d’informations fausses sur Karim Wade»

Pape Samba Mboup mise sur Me Madické Niang pour être le plan «B» du Pds à la Présidentielle de 2019. Partagez-vous son avis ?

Le Pds est un parti sérieux, qui a déjà pris sa décision et Karim Wade est notre candidat de «A» à «Z».

L’augmentation du nombre de députés à l’Assemblée nationale, de 150 à 165, dont 15 réservés à la diaspora, a suscité des vagues de contestations de la part de l’opposition. Pensez-vous que la saisine du Conseil constitutionnel pour annulation de la loi portant code électoral a des chances d’aboutir?

L’opposition n’aurait certainement pas saisi le Conseil constitutionnel si elle n’était pas convaincue de la justesse et de la pertinence de sa position. La question n’est pas tant le nombre de députés dédiés à la diaspora, on aurait même pu l’augmenter encore. La question est simple : on peut augmenter le nombre de députés dédiés à la diaspora sans augmenter le nombre de députés à l’Assemblée nationale et faire ainsi quelques économies, même pour le symbole, ce qui rassure la population sur la volonté du pouvoir de bien gérer nos si maigres ressources. Par contre, s’agissant du Conseil constitutionnel, nous le jugerons au résultat. Nous n’avons pas confiance, mais n’en manquons pas non plus ! Nous n’avons confiance qu’en ce que nous voyons et qui nous rassure en termes de neutralité, de loyauté et d’expertise dans l’interprétation de la Constitution.

L’heure est grave en Gambie, avec l’état d’urgence que vient de décréter Yahya Jammeh. Comment arriver à résoudre cette crise postélectorale en Gambie le plus vite possible ?

En dépit des gesticulations et précipitations, la question des élections gambiennes n’est pas une question intérieure sénégalaise. Elle est prise en charge par le Conseil de sécurité des Nations-Unies et par la Cedeao. Conformons-nous à leurs décisions, tout en veillant à ce que tous ceux qui ont trouvé refuge sur notre sol y soient en totale sécurité. Nous leur devons aide et assistance.

Comment avez-vous apprécié la démarche diplomatique du Sénégal et celle de la Cedeao dans cette crise gambienne ?

Des points de vue sénégalais et «ouest africains», la crise gambienne relève de questions diplomatiques. A une question diplomatique, naturellement, on apporte une réponse diplomatique, en attendant que d’autres formes d’actions viennent s’y greffer.

MATHIEU BACALY

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