MECANISME DE FINANCEMENTS VERTS Les trois options du Sénégal

feux_brousse-sn_06121233Avec la crise économique mondiale qui n’épargne aucun pays, non seulement les priorités se multiplient et les ressources se raréfient partout, mais aussi la plupart de nos Etats connaissent des régressions budgétaires. Dès lors, l’heure est à la recherche de mécanismes de financements avec, entre autres, des fonds carbones, la coopération décentralisée, l’économie de la matière pour un développement durable. C’est tout le sens de l’atelier de deux jours sur le «Financement du secteur de l’environnement: les mécanismes innovants».

La rencontre qui réunit depuis hier, mardi 11 juin et ce jusqu’à aujourd’hui, plusieurs partenaires techniques et financiers, des Ong, des structures publiques et privées à Dakar est à l’initiative de la Direction des financements verts et des partenariats (DFVP) du ministère de l’Environnement et du développement durable. Pour le ministre en charge de l’Environnement, Ali El Haïdar, qui a présidé la cérémonie d’ouverture, le financement de l’économie verte est devenu un levier incontournable. Et ses financements innovants peuvent provenir de trois sources principales, même s’il y en a d’autres.

Le premier mécanisme est la Taxation des transactions financières (TTF) en faveur de laquelle de nombreux pays se sont publiquement prononcés. L’autre recours, c’est la taxation des transports maritimes et aériens. «Ces secteurs représentent chacun 3% des émissions de gaz carbonique (CO2). Si la taxe sur le secteur aérien est pour l’instant bloquée, les choses évoluent par contre dans le secteur maritime. En effet la Chambre internationale de la marine marchande (ICS) représentant 80% de la flotte mondiale et certaines Ong, sont favorables à une mesure qui inciterait les navires à réduire leur émission de CO2», a souligné Ali El Aïdar. Le dernier mécanisme innovant est relatif aux financements des combustibles fossiles, dont la taxe sur les carburants.

Seulement, «les positions sur ce mécanisme sont assez tranchées et le consensus est loin d’être atteint. L’idéal serait qu’une partie de ces subventions soit investie dans le financement des énergies renouvelables afin de favoriser la mise en place de mix énergétique», a-t-il soutenu, précisant que dans tous les cas, il convient de trouver des mécanismes de financements rapide, efficace et souple.

 L’Etat perd 27 milliards dans les feux de brousse

Le ministre de l’Environnement de citer en exemple, les pertes sèches annuelles causées par les feux de brousses. «Le Centre de suivi écologique (CSE) démontre dans ses études scientifiques que le Sénégal perd en valeur réelle 27 milliards F Cfa tous les ans qui partent en fumée à cause des feux de brousse. Alors on peut estimer qu’on doit pouvoir mettre en place un financement innovant qui crée des emplois verts qui luttent contre ces feux de brousse. On peut gagner ces 27 milliards et les investir dans le développement durable de notre pays et aussi dans l’emploi vert». Selon Ali El Aïdar, c’est le genre de mécanisme de financement vert que les autorités veulent mettre en place.

Et, «l’autre, c’est partir d’un prêt et qui produit de la ressource carbone. Donc si on reboise, la mangrove par exemple, on capte le gaz carbonique (CO2) parce que la mangrove est un écosystème qui permet de capter le CO2. C’est l’un des meilleurs écosystèmes pour cela d’ailleurs dans les zones humides. Et ce carbone a un coût, ce financement nous voulons le mettre à disposition pour permettre au ministère de l’Environnement de lutter efficacement contre les feux de brousse, de ‘’reforester’’ notre pays. Nous voulons aller dans ce sens».

En attendant, de s’appuyer concrètement sur ces trois mécanismes, la France expérimente depuis août 2012 la taxation des transactions financières internationales, comme promis en 2009. C’est «un taux de 0,2% par types d’achat-action et qui permet aujourd’hui à la France de mobiliser environ 1,2 millions d’euros par an pour le développement durable», a rappelé le Dr Amadou Lamine Diagne, Directeur de la DFVP.

Revenant sur la deuxième taxation, celle du transport maritime, où il y a beaucoup de pollution, beaucoup d’émission de carbone à partir de ces navires, «une étude faite par Enda indique qu’en 2007, Dakar a accueilli environ 0,05% du trafic mondial maritime. Si à cette époque, on avait établi un taux de taxation de 10 dollars pour la tonne de carbone, cela aurait permis au Sénégal d’avoir au moins 5,2 millions de dollars en 2007», a-t-il établi.

Concernant le troisième mécanisme relatif à la subvention aux combustibles fossiles, Dr Amadou Lamine Diagne est d’avis qu’il faut continuer la subvention. «Nous disons oui! Il faut continuer à subventionner les combustibles sinon la répercussion va se faire au niveau des populations. Or on est dans un contexte de pauvreté. Nous disons oui il faut continuer, mais il faut qu’une partie de cette subvention aille aux énergies renouvelables pour permettre un mix énergétique qui en même temps est une volonté des autorités».

Ibrahima DIALLO Sudonline

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