Mémoires de l’ancien Président : Abdou Diouf parle de la démission de Kéba Mbaye et oublie Me Sèye

Abdou Diouf

Kéba Mbaye aurait motivé sa démission du Conseil constitutionnel par des pressions de «l’entourage de Diouf». C’est ce que raconte Abdou Diouf qui estime que l’hypothèse de la peur est «plausible» au vu de la suite des événements, sans le dire, l’assassinat de Me Babacar Sèye.

Le prédécesseur de Abdoulaye Wade a rangé sa réserve lorsqu’il touche un point sensible : la démission de Kéba Mbaye qui, selon lui, a «lâché la République au milieu du gué», mais aussi l’affaire Me Sèye- qu’il ne nomme pas.

Abdou Diouf révèle, dans les «bonnes feuilles» publiées hier par Sud Quotidien, que la Cour d’appel qui devait proclamer les résultats de l’élection de 1993 avait décidé de renvoyer le dossier au Conseil constitutionnel, «qui l’examina, mais ne trancha pas».

Il dit : «Kéba Mbaye m’appela alors pour me dire : «Monsieur le Président, j’ai étudié le dossier et l’ai renvoyé à la Cour d’appel avec des directives, mais moi, je démissionne.» Devant mon étonnement, il ajouta : «Oui, oui, monsieur le Président, je démissionne, et c’est irrévocable.»»

«Pourquoi Kéba Mbaye a-t-il lâché la République au milieu du gué» 
Mais le locataire alors du Palais se pose toujours des questions sur les raisons de la démission de Kéba. S’il n’a pas, «jusqu’à ce jour, obtenu d’explication tangible», Diouf s’interroge : «Pourquoi a-t-il lâché la République au milieu du gué ? J’essaie de trouver des explications, mais la rumeur court selon laquelle on lui aurait demandé des choses qu’il ne pouvait pas faire.

«Ce n’est pas le Président, aurait-il dit, mais quelqu’un de son entourage qui a voulu faire pression sur moi.»» Il faut rappeler qu’aux premières heures de sa démission, la thèse la plus répandue était que Kéba Mbaye avait reçu des pressions et même des menaces de mort si l’opposition était déclarée vainqueur. Et avec Me Sèye, l’opinion était préparée à un «coup orchestré» par le régime socialiste qui aurait perdu les élections. Abdou Diouf ne parle pas de l’affaire Sèye, mais suggère que toutes ces pressions supposées de son régime sur le juge sont fausses. «Pour moi, cela n’a pas de sens : je ne vois pas pour quelle raison on aurait fait pression sur lui (Kéba Mbaye) puisque ces élections, je les avais gagnées», dit-il.

«Quand on connaît la suite des événements, l’hypothèse (de la peur) est plausible»
Là où la démission de Kéba Mbaye est vue comme un acte héroïque qui lui a valu l’étiquette d’homme de «vertu et d’éthique» au point de mériter sa fondation, Diouf semble mettre un bémol à ce portait.

«Peut-être a-t-il voulu donner l’impression d’être un homme capable de dire non et de résister au pouvoir ? Le plus dur pour moi fut, après sa démission, de voir les responsables de l’opposition aller vers lui et le féliciter, comme si c’était vraiment un des leurs. Ça, je ne peux pas le comprendre.»

Cependant, l’ancien Président n’écarte pas qu’il y ait eu des menaces au point que Mbaye ait pris peur et jeté les gants. «Je n’en sais rien, mais quand on connaît la suite des événements (Ndlr : l’assassinat de Me Sèye), l’hypothèse est plausible. Certains ont voulu romancer cette histoire et en faire une légende.»

  • Écrit par  Hamath KANE

hamath@lequotidien.sn

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