Musique, nouvel album : « Iqra », quand Fata parle des chemins de la vie

Lancement Album Iqra | Fata EL Presidente
Lancement Album Iqra | Fata EL Presidente
Lancement Album Iqra | Fata EL Presidente

Après plus de huit ans de labeur, Moustapha Gningue alias Fata vient de sortir une nouvelle production qui s’inscrit dans le sillage de ses autres produits, c’est-à-dire une ouverture vers toutes les mélodies. Cet album comporte 20 titres qui font le lien entre le rap, le mbalakh et d’autres musiques. La diversité n’est pas un vain mot avec cet artiste.

Ses certitudes demeurent, jusque-là, difficiles à déranger. Fata croit dur comme fer que la musique est ouverture, exploration d’autres sonorités. Il faut, selon sa démarche, être « open mind » et capter tout ce qui est capable d’enrichir son répertoire. Et il a semblé avoir bien réussi cette fusion entre le hip hop, le mbalakh national et d’autres sonorités.

Avec cette production, Fata emprunte un chemin qu’il a résolument commencé à emprunter, dans sa tête, en 2002. A cette date, son trio avec Viviane Ndour et Pacotille pour la chanson « Boul Sallite » lui fit prendre conscience que rap et mbalakh feraient bon ménage.

Le sillon est tracé et l’enfant de Saint-Louis s’y engouffre, malgré les critiques de ses pairs rappeurs.

On évoque son penchant pour le mbalakh. Lors du concert de clôture des 72 heures du hip hop en 2006, il est hué par certains spectateurs qui pensent que son flow n’a rien du rap. Mais Fata n’en a cure. Après cet incident et bien d’autres réprimandes encore, il continue paisiblement et essaie de faire accepter « l’afro-rap », une nouvelle démarche artistique qu’il dit avoir créée. Le résultat est tout en rythmes avec des morceaux très dansants pour cette nouvelle production.

Une approche qui se justifie selon Fata El Présidente par le fait que le rap a des origines africaines et entre « le Tassu et le hi hop, la frontière est très lisse, car il ne s’agit que d’exalter la puissance à travers le verbe ».

 Un album coloré à travers ses thèmes et sa musique

Le rap, de son point de vue, est né en Afrique et revient dans la terre-mère sous d’autres formes. Dans la logique de Fata, « le hip hop ne peut pas et ne doit pas être un concept exclusivement occidental. Il faut se l’approprier et pour se faire, il faut mélange des genres hip hop et mbalakh, en reformant le rap en y intégrant notre culture, nos rythmes locaux comme le taasu, kebatu, xaxar… ».

Le mouvement hip hop a connu sa première évolution vers les fortes sonorités locales (mbalakh) avec les prouesses du Domou Djoloff.

La bande à Titi Yéro était parvenue à adoucir les mœurs avec un rap tinté de mbalakh. Malheureusement, « malgré un bon travail, cette nouvelle démarche musicale s’est estompée avec le courant Rapadio (Iba, Keyti, Makhtar le Cagoulard) et leur style « hardcore », « si tétanisant », déplore Fata. Lui ne compte pas baisser pavillon devant la contestation, il va au-delà et est déterminé à créer une certaine révolution.

Dès lors, on retrouve beaucoup d’instruments dans cette production, avec à la base des calebasses, du xalam et des koras. Tout au long de cette balade, tantôt Fata rappe, tantôt il chante. Parfois, il se met dans la peau du vieil homme au seuil de sa vie qui parle à ses enfants. Ce tube « Denkaane » fait frémir et rappelle la fable de la Fontaine « Le laboureur et ses enfants », avec ce père mourant qui fit venir ses enfants, le ton est pathétique.

 Plus d’une dizaine de featuring

Les invités sont nombreux dans l’album « Iqra ». On note les performances de Wally Seck, Papa Ndiaye Thiopet, Secka, Aïda Samb, Mbaye Dièye Faye, Isseu, Abdou Guité Seck, Ndiouga Dieng, Mbène Diatta, pour la partie diversité posée sur un socle de rythmes bien de chez nous. Faddah Freddy, Ndongo D, Fafady, des animateurs du mouvement hip hop ont posé également leurs voix. En fait, il était question de s’ouvrir et de s’enrichir avec les autres dans cette diversité.

Chaque morceau a sa personnalité. Les pères sont portés au pinacle dans « Baay » avec Naby Condé au « feat ». « Iqra » est cet « egotrip » dans lequel Fata se dévoile, foule au pied les idées préconçues.

« Ngenté » avec Wally Seck et Mbaye Dièye Faye est assez original et déroule le film d’une journée lors d’un baptême. Comme un carnet de route, le tube « Voyage » nous amène à Saint-Louis, sa ville d’origine. Abdou Guité Seck y donne une toute autre saveur.

« Zahir » en « featuring » avec le Bideew Bou Bess a la faculté de bercer. Il y a une prégnance des instruments traditionnels comme la calebasse. « Le rap est la musique qui m’a construit. Grace à cette musique, j’ai le respect et l’admiration de gens que je ne connais même pas ; je dois mériter cela ».

Dans ce cocktail de sonorités, Cheikh Tidiane Tall, un des plus grands musiciens sénégalais de ces dernières années, ne trouve pas les mots. Il trouve cette production « sublime, et ceux qui critiquent Fata ne comprennent rien. La musique est ouverture, exploration d’autres mélodies et il est important de s’enraciner dans ses propres traditions, y puiser et s’ouvrir ».

Une bouée de sauvetage dans ce milieu rocailleux du hip hop. Un reproche, le texte si riche de ce rappeur est parfois noyé dans une cadence trop soutenue.

Pour l’heure, des tournées scolaires sont prévues au mois de novembre et décembre et visent les élèves et les étudiants. Des tournées nationales seront également effectuées afin de permettre à la jeunesse sénégalaise de connaître ce nouvel album et son message. Une tournée a débuté en octobre à Dakar et fera le tour du Sénégal avant de revenir à Dakar en décembre.

Amadou Maguette NDAW

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