Ndèye Diola Ndiaye, nouvelle retraitée de la Tanière du basket «Après 13 ans en Equipe nationale, j’arrête sans la médaille d’or»

Ndèye Diola Ndiaye
Ndèye Diola Ndiaye
Ndèye Diola Ndiaye

Doyenne de l’Equipe nationale lors du dernier championnat d’Afrique des nations de basket féminin au Mozambique, Ndèye Diola Ndiaye est une fois de plus rentrée «bredouille». La cinquième tentative pour décrocher l’unique titre qui manque à un palmarès sanctionné par trois médailles d’argent et deux en bronze, n’a pas, une fois de plus, été la bonne.

Après 13 ans, la pauvre Ndèye, rentrée de Maputo avec la médaille de bronze, met définitivement un terme à sa carrière internationale. Un parcours marqué par des hauts et des bas qu’elle accepte avec beaucoup de philosophie en rendant grâce à Dieu.

Quel bilan tirez-vous de votre prestation au dernier championnat d’Afrique de basket où vous êtes rentrée avec une médaille de bronze avec l’équipe du Sénégal, alors que l’objectif était de revenir avec la médaille d’or ?

C’est un bilan basé un peu sur la déception. Je savais que ça allait être ma dernière Can. Je voulais finir au moins avec une médaille d’or. La Coupe, c’est la cerise sur le gâteau, comme on dit. Bien que les deux vont ensemble. Mais, après 13 ans en Equipe nationale, le plus beau des cadeaux, c’était de finir avec la médaille d’or et faire mes adieux au maillot national. Mais voilà ! Des fois, on court après quelque chose, on l’obtient. Des fois, on ne l’obtient pas. Je crois que ce n’est pas ce que Dieu voulait pour moi. Je l’accepte en disant Alhamdoulilah. Je remercie le Bon Dieu de m’avoir permis de vivre ces moments avec la sélection.

En 2009, à Bamako, vous étiez proche de décrocher cette médaille avant de perdre en finale face à l’Angola. Cette année, c’est cette même équipe de l’Angola qui vous empêche de vivre votre rêve. Qu’est-ce qui s’est passé cette fois-ci ?

Pour ma part, je n’ai pas eu assez de temps de jeu en début de tournoi. Bien que je sois une ancienne. Ça m’a un peu déboussolée, bien que je restais forte mentalement. C’est vrai qu’il y avait beaucoup de monde dans le secteur intérieur. Je ne vais pas renter dans les débats d’adaptation, mais je dirais simplement que des fois, on est mal utilisé. Il y a des joueuses qui sont archi rapides comme Mame Marie Sy qui ont besoin d’être toujours en mouvement. Pour mon cas ou par exemple, Jeanne Senghor, on aime jouer dos au panier, avoir des situations de un contre un où on s’appuie sur l’adversaire.

Certains entraîneurs pensent que c’est plutôt archaïque. En regardant la finale de la Coupe d’Afrique (Angola-Mozambique), c’est ce jeu archaïque qui a prévalu. Je ne vais pas jusqu’à dire que j’ai été mal utilisée parce qu’il faut reconnaître qu’il y a des matchs où rarement les pivots arrivaient à avoir la balle dos au panier. Le jeu était beaucoup plus en mouvement. 

Qu’est-ce qui s’est passé contre l’Angola en demi-finale ?

On n’a pas su gérer comme il se devait le match. On a jouait parce qu’on avait peur de perdre. L’Angola était largement à notre portée. Ce n’est pas la peur de la fille d’en face. C’était plus la peur du résultat. Tout le monde s’attendait à ce que le Sénégal monte sur le podium pour recevoir la médaille d’or. On avait peur de décevoir. Cette peur s’est fait sentir quand il fallait prendre des points, être agressives, créer des fautes… Tout au long du match, je crois qu’on a eu six lancers francs. Le fait de voir une bonne équipe revenir au score, ça nous a un peu perturbées. On a fini par le payer cash.
«On a chassé les Angolaises de leur lieu d’échauffement avant le match»

Le coach dit avoir senti une peur des joueuses. Celle-ci ne semble pas être la même que celle que vous décrivez…

Peut-être qu’il parle d’une peur psychologique. Elle peut être physique ou quelconque. Il y a plusieurs façons de décrire une peur. Mais je ne pense pas que ça soit une peur humaine. J’en ai la certitude. Juste pour dire. Le jour du match, on a trouvé les Angolaises là où on avait l’habitude de s’échauffer. On est rentré parmi elles. On les a chassées de là. Pourtant, elles étaient là avant nous. C’est juste pour vous montrer la détermination avec laquelle, on avait abordé le match. Le duel avait déjà commencé. Ça a failli dégénérer. Finalement, leurs dirigeants leur ont demandé de nous laisser le terrain et de se rendre dans l’autre parking qui sert d’échauffement. On ne peut pas avoir peur de ces gens-là. Comme je l’ai dit, c’était juste une peur du résultat.

Quelle a été l’implication du coach durant la période de flottement face à l’Angola ?

Chaque coach dirige son équipe d’une manière différente. Un coach peut galvaniser. Il peut appeler certains éléments-clés et user de mots qu’il faut pour tirer le meilleur de son équipe. Je ne crois pas qu’on ait  fait ce qu’il faut au moment il le fallait. Ce n’est pas évident de parler à une joueuse à de pareils moments. Ce n’est pas donné à tout le monde.

Vous avez disputé cinq Can sanctionnées par trois médailles d’argent et deux en bronze. Eprouve-t-on toujours des regrets quand on a tout cela autour du cou à la fin d’une carrière ?

Pas forcément ! On rend grâce à Dieu plutôt d’avoir réussi à faire un tel parcours. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir cinq Coupes d’Afrique dans les jambes. J’ai eu une carrière un peu constante, si je peux  le dire ainsi. Il y a pas mal de joueuses en Equipe nationale du Sénégal. Au niveau des intérieurs, le Sénégal est connu pour en avoir plus dans ce secteur qu’au niveau des extérieurs. Je me réjouis d’avoir été à chaque fois sur le podium. On a l’habitude de gagner la médaille d’or, c’est pour cela que la médaille de bonze n’a pas autant de valeur. Je vais vous racontez une anecdote.

La première médaille de bronze que j’ai gagnée, quand on me la mettait au cou, je pleurais. Je l’ai enlevée automatiquement parce que, pour moi, on méritait plus. En regardant cette Can, quand on eu la médaille de bronze, on sautait de joie. Quand Mame Marie Sy a mis le dernier panier à trois points qui nous a permis de monter sur le podium, on a vraiment su apprécier cette médaille. Donc, je ne vais pas dire que ma carrière a été décevante.

Quels ont été les moments les plus difficiles de votre carrière ?

Je peux dire chaque moment (rires). La plus grande période de déception, c’est lors de la Can 2007 à Dakar lorsqu’on a perdu en finale face au Mali. On a jouait et perdu devant notre public. On n’a pas assuré. C’était le moment le plus instance de toute ma carrière niveau déception.

Et les moments de bonheur ? 

Ça va vous surprendre, mais je vais dire encore Dakar 2007 (rires). C’est un peu mélangé parce que, le fait de jouer chez soi et d’avoir ce support de la population… Je ne savais pas que certaines personnes suivaient le basket à ce point. C’était dur de perdre à Dakar, mais c’était aussi la Coupe d’Afrique dont je me souviendrai longtemps tellement on a vécu des moments agréables. C’était pendant le ramadan, je me rappelle, sur le chemin du stadium, on est passé par Grand-Dakar, la prière de la rupture n’était pas loin, et quand des vieux ont vu le bus de l’équipe, ils ont arrêté la prière pour nous applaudir. On a toutes pleuré dans le bus. Ce sont des moments indescriptibles.

«Si on veut reconquérir ce titre, il faudra maintenir ce groupe»

A un moment donné, vous aviez dit que vous arrêtez avec la sélection. Vous êtes revenue sur votre décision. Vous avez annoncé depuis longtemps que c’est la dernière. Peut-on s’attendre à ce que vous reveniez sur votre décision ?

Je suis revenue parce que beaucoup de coachs m’ont appelée notamment Tapha (Gaye, ancienne coach des Lionnes), après la Can 2011. Ils m’ont dit : «Tant que tu as la joie et la passion tu  ne dois pas t’arrêter. Tu as les jambes, tu peux encore aider l’équipe. Tu arrêteras quand tu voudras arrêter.» Deux jours après la discussion que j’ai eue avec Tapha, l’équipe d’Aix-en-Provence m’appelle pour me proposer un contrat. A partir de là, j’ai foncé tête baissée pour une nouvelle aventure.

Si demain, on vous tient ce même discours, vous reviendrez ?

Non (Catégorique) ! La décision est prise. J’avais la possibilité de signer en Hongrie.  J’ai un mari qui travaille. On n’a  pas l’habitude de se voir souvent. Maintenant qu’il est revenu au bercail, je compte restait un moment au Sénégal en famille avec les enfants. Si j’ai un mini-contrat, je vais et je reviens vite fait. Avec ça, je ne pense pas que je serai encore en jambes pour une nouvelle aventure avec la sélection. C’est pour cela que je dis que c’est fini, j’arrête. En 2015, j’aurai 36 ans.

Pourtant, Clarisse Machanguana, la capitaine du Mozambique, a joué cette année alors qu’elle avait 38 ans.  Je crois qu’elle en a même 40. Je n’ai pas cette patience. Surtout après la déception qu’on a eue. Je ne me sens pas assez motivée pour endurer les deux séances quotidiennes et tout ce qui va avec.

«Je ne compte pas m’investir dans du coaching»

La médaille d’or n’en vaut-elle pas la peine ?

Si (Elle insiste). Il y a aussi tout ce que les gens disent dans la presse comme par exemple : l’équipe est vieille. Que la génération doit laisser la place aux jeunes. On ne se rend même pas compte que Mame Marie Sy a 27 ans et qu’elle est l’une des filles les plus courtisées en France. Si je dois me battre contre ce genre de mentalité, je préfère rester dans mon coin. Si c’est juste pour gagner de l’argent, je peux le gagner autrement.

Ça vous direz de jouer dans un club au Sénégal juste pour maintenir la forme et apporter votre expérience à la jeune génération ? 

Pour l’instant, je ne me suis pas encore installée au Sénégal. Après, une équipe comme le Dakar université club (Duc) ou l’As Fonctionnaires (Ascfo) où j’ai évolué, pourquoi pas. Mais, je n’attendrai rien en retour. Je ne veux pas être rémunérée. Maintenant, si à Dakar, on ne respecte pas les joueuses qui reviennent, en pensant qu’on vient prendre la place de l’autre, ça ne sert à rien. A la limite, un retour dans mon club formateur et aider les jeunes.

Comment voyez-vous l’avenir de l’Equipe nationale ?

J’ai eu une discussion avec certaines filles de la sélection. Je crois que ce serait une grave erreur d’écouter les considérations des gens quant à la vieillesse du groupe. Regardez ce qui s’est passé avec l’équipe de U 25 aux Jeux de la Francophonie. Elle manque vraiment d’expérience pour remplacer cette équipe. Des filles comme Jeanne Senghor qui a décidé de partir, je crois qu’il faut essayer de les convaincre de revenir. Elle est encore jeune. C’est à partir de 30 ans qu’on acquiert le plus l’expérience. Si on veut reconquérir ce titre, il faudra maintenir ce groupe en y intégrant quelques jeunes et construire une bonne base pour la relève. On n’a pas eu la chance de bénéficier de l’encadrement des anciennes. A force d’entendre qu’elles étaient vieilles, les Mame Maty Mbengue (anciennes gloires du basket) ont toutes décidé de partir. Ça nous a coûté des médailles. Qu’on ne répète pas la même erreur.

Ça vous direz d’être sur le banc en tant membre du staff ?

Franchement non ! Je n’ai aucun diplôme là-dessus et je ne compte pas m’investir dans du coaching. Ce n’est pas quelque chose qui m’a intéressée jusqu’à ce jour. Je ne me vois pas dedans. Je suis plutôt du genre Baol-Baol. J’ai une salle de musculation. Je préfère aller chercher de l’argent dans le commerce. Peut-être que je peux essayer le métier de journalisme. Par contre, descendre à certaines heures, je ne sais pas si je pourrai (rires).

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