NDIAME SOW, SECRETAIRE GENERAL ADJOINT DU SUTSAS « Sans certains préalables, la Cmu finira comme le plan Sésame »

NDIAME SOW, SECRETAIRE GENERAL ADJOINT DU SUTSAS
NDIAME SOW, SECRETAIRE GENERAL ADJOINT DU SUTSAS
NDIAME SOW, SECRETAIRE GENERAL ADJOINT DU SUTSAS

L’objectif majeur de la couverture médicale universelle (CMU) vise à combattre une médecine à deux vitesses. Une  médecine pour les pauvres (médecine traditionnelle) et une médecine pour les nantis. C’est l’ambition affichée par le Sénégal en lançant, le 1er octobre 2013, la couverture de la maladie universelle. Pour éviter des revers  précoces à cette initiative généreuse lancée officiellement par le Chef de l’Etat, M. Ndiamé Sow, syndicaliste et secrétaire général adjoint du Syndicat unique des travailleurs de la Santé (Sutsas), estime qu’il y a des préalables à régler.

Il s’agit, entre autres, des dispositifs indispensables au vote de la loi d’adhésion à cette initiative, au recrutement massif de personnel sanitaire, au relèvement du plateau technique médical et au règlement de la question des urgences des hôpitaux. Sans ces préalables, il pense que la CMU finira par être plombée comme le plan Sésame. Le syndicaliste invite également l’Etat à s’inspirer du modèle rwandais unanimement salué par la Communauté internationale.

Le Chef de l’Etat a lancé le 1er octobre dernier la Couverture médicale Universelle. Comment appréciez-vous cela ?

Effectivement, après le démarrage de la Couverture médicale universelle tout se passe bien. Les outils de gestion sont disponibles et les populations sont bien informées à travers beaucoup de canaux. La première phase ne concerne que les consultations et les vaccinations des enfants de 0 à 5 ans. Ce premier niveau opérationnel concerne le poste de santé où les enfants peuvent être consultés et se faire vacciner gratuitement. Toutefois, il faut clarifier que pour cette première étape, les médicaments n’en font pas partie. Seules les consultations, les vaccinations et les urgences sont gratuites. Au niveau des postes de santé, les urgences qui peuvent être traitées le seront, sinon elles seront référées au niveau du centre de santé jusqu’aux hôpitaux où tout est gratuit.

Quelle est votre vision de cette couverture médicale universelle?

Nous avons adhéré depuis longtemps à la CMU. Parce qu’à notre niveau nous avons toujours conçu un système de santé public cohérent, motivant et mobilisateur. Nous avons toujours lutté contre l’iniquité devant les soins. Nous avons toujours combattu ce qu’on appelle la médecine à deux vitesses. Ce qu’on appelle la médecine des gens pauvres et la médecine des gens riches. Parce que la santé est un droit, on a toujours voulu que cela soit l’équité dans la distribution des soins. Donc nous avons accompagné le ministre actuel, nous l’accompagnerons tant que les objectifs fixés par la CMU sont respectés.

Pour cette initiative, il semble que l’Etat a débloqué 5 milliards de F Cfa. Pensez-vous que ce fonds soit suffisant  pour faire face à l’ampleur du défi  ?

Pour cette première phase qui concerne les enfants de 0 à 5 ans, l’Etat n’a débloqué que 2 milliards FCFA parce que, selon nos sources, on demande d’abord de connaitre la CMU. La CMU s’est basée sur la solidarité et l’entraide donc sur trois axes. Non seulement il faut réformer les politiques de gratuité pour leur pérennisation mais il faut aussi réformer les IPM qui sont mal gérées et où les gens ne sont pas bien formés. Il faut également étendre la CMU au niveau du secteur informel, des paysans, des éleveurs, des malades mentaux… afin de combler le gap de 80 % des Sénégalais qui ne sont pas assurés en soins de santé. Voilà les trois axes de solidarité et d’entraide. Pourquoi  faut-il réformer les politiques de gratuité ? Si vous voulez que le système soit pérennisé, il faut rembourser. Ce qui n’est pas le cas pour la CMU où tout est gratuit. Il faut tout de même un tiers payant. Il faut donc que l’Etat se substitue à ces populations pour rembourser les frais d’hospitalisation et les kits. C’est cela que nous demandons pour rendre effective  la politique de gratuité sanitaire.  L’Etat s’était engagé en tout cas à verser pour la CMU 3500 FCFA aux mutuelles et l’adhérant à participer pour 3500 FCFA. Ce qui fait un total de cotisation de 7000 FXFA l’année, pour les soins de chaque individu.

Deux milliards, n’est-ce pas une goutte d’eau dans l’océan des besoins?

Nous avons eu la chance  d’avoir comme je l’ai dit un ministre scientifique et qui connait bien le système. Je crois qu’elle a dû faire l’étude de faisabilité technique et financière. Donc on peut avoir un préjugé favorable et il n’y a pas de raison que le Rwanda réussisse la Cmu et que le Sénégal ne réussisse pas. Nous avons des compétences et des ressources humaines de qualité pouvant gérer avec succès cette initiative.

Mais d’aucuns craignent des blocages comme ça a été le cas avec le plan Sésame 

Le plan sésame a été mal cadré. C’est cela qui l’a plombé. Parce qu’au début de ce plan, ceux qui y sont affiliés sont couverts par l’IPRES, les fonctionnaires par l’Etat, ceux des mutuelles par leurs institutions. Mais finalement, tout le monde s’est rué vers le plan Sésame. Même le riche commerçant  bénéficiait du plan Sésame alors que ce n’était pas son objectif. Donc le plan Sésame a été mal cadré. Mais le nouveau plan peut réussir si l’on augmentait le financement avec un bon cadrage. Je pense que ce programme devrait être réorienté, faire des études techniques, l’évaluer, pour voir ce qui n’a pas marché.

Face à un système de santé sans cesse décrié et dont les hôpitaux manquent de tout, pensez-vous objectivement que la CMU peut réussir ?

Si le gouvernement l’accompagne et donne des moyens nécessaires,  nous sommes sûrs que cela va marcher. Mais  le grand problème, c’est au niveau des hôpitaux. Car nul n’ignore que le ventre mou des hôpitaux du Sénégal, ce sont les urgences. Nous n’avons pas assez de spécialistes en urgences, nous n’avons pas beaucoup de ressources humaines et les structures ne sont pas très bien équipées. C’est cela le défi de l’Etat ainsi que la réouverture de beaucoup d’hôpitaux. L’hôpital de Fatick n’est pas ouvert, ce qui veut dire que la CMU va poser problème dans cette région. A Ziguinchor également il y aura des difficultés. Dans la banlieue de Dakar, le seul hôpital de Pikine ne peut régler le problème et  l’hôpital Dalal Diam de Guédiawaye tarde à démarrer. Et au même moment l’hôpital de Diamniado au lieu de fonctionner en plein régime  fonctionne à 10%. Pire, nous avons un gap énorme en ressources humaines de qualité. Le Rwanda a réussi en faisant un recrutement massif de médecins diplômés, de sages-femmes et d’infirmiers, en réorientant leurs structures sanitaires tout en les équipant. Le Sénégal est contraint d’aller dans cette dynamique pour réussir la CMU. Mais,  c’est progressivement qu’on va y aller et il n’est pas dit qu’à la fin du mandat du président Macky, tout sera ok, mais on peut avoir des résultats raisonnables.

Pensez-vous que  le modèle rwandais est transposable au Sénégal?

Le Rwanda a réglé les principes de base. Le pays a voté une loi où l’adhésion et la cotisation sont  devenues obligatoires. Alors que le Sénégal hésite encore mais cela devrait faire l’objet d’une loi. C’est l’Assemblée nationale qui devrait faire la proposition de loi pour rendre obligatoire l’adhésion et la cotisation à la CMU. Actuellement on ne peut pas forcer les Sénégalais à adhérer aux mutuelles. C’est pour cela que nous suggérons qu’on en fasse une loi pour rendre obligatoire la CMU.

Voulez-vous dire que si  l’Etat ne règle pas ses préalables, la CMU peut échouer ?

On n’a pas à la tête de ce département hautement stratégique un politique, mais comme je l’ai dit auparavant quelqu’un qui connait les problèmes du système de santé de ce pays dont elle a parcouru les coins et recoins avant l’avènement du président Macky Sall au pouvoir. Le président de la République au lancement de la CMU s’est interrogé sur pourquoi les malades vont se faire soigner à l’extérieur comme au Maroc alors que tous les techniciens de ce pays sont formés à Dakar. C’est uniquement parce que le plateau technique n’est pas disponible au Sénégal. Il y a des compétences mais pas d’équipements. Il faut équiper les hôpitaux, régler le casse tête des urgences pour réussir la couverture universelle qui a été le thème de notre dernier congrès. Nous sommes conscients qu’avec la volonté de la mener tous ensemble,  la Cmu réussira.

Cheikh Tidiane MBENGUE Sudonline

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