NÉCROLOGIE – DÉCÉDÉ MERCREDI 11 FÉVRIER ROGER HANIN RETROUVE ALGER

roger-haninEnterré hier au cimetière israélite d’Alger, le commissaire Navarro s’en va. Dans la discrétion, depuis son retrait du monde du cinéma en 2008, l’acteur français Roger Hanin, né en Algérie en octobre 1925, est décédé mercredi 11 février. Il ne verra pas s’achever 2015, année qui lui aurait permis de fêter ses 90 ans. Ainsi va le monde, dira-t-on.

Qu’ils sont nombreux, parmi nous, des parents, amis, frères, proches et des gens lointains qui nous ont quittés, depuis des années. Dans l’islam, dit-on aussi souvent, «Heureusement que Dieu fait oublier certaines choses. Sinon,  que serait la vie avec toutes ces séparations parfois inattendues et brutales ? »

Loin de Paris et du Trocadéro, que veut bien dire le nom de Roger Hanin décédé mercredi 11 février à l’âge de 89 ans ?  Pour le Sénégal et tous ces jeunes qui ne l’ont connu que par la lucarne de l’écran de télévision ou dans un film au cinéma  en dehors de sa série fétiche Navarro, c’est bien peu de choses. Pierre Grimblat en a été le magicien. Sans plus pour un homme qui était tout autre chose dans sa vie.
Roger Albert Lévy, c’est son vrai nom, pour ceux qui ont suivi les évènements d’Alger au moment où la France quitte l’Algérie contrainte et forcée après avoir perdu la guerre dite d’Algérie en 1962, c’est aussi une partie du déchirement qui accompagne la séparation d’un peuple qui a tout partagé à un moment de l’histoire. Mais, Roger Hanin dont les parents sont nés dans ce pays et enterrés au cimetière de la vieille ville franco-arabe, l’Algérie, c’est toute sa vie. 
 
Cette terre de rencontre de plusieurs mondes, l’enfant de Joseph Lévy et Victorine Hanin, qui ont vécu avec lui et ses autre frères et sœurs, dans basse Casbah d’Alger et au 25, rue Marengo, ne l’a pas oublié. Hier, à Alger, pour ce dernier voyage qui attend tout homme sur terre, il est arrivé sous les applaudissements d’une foule d’amis et d’anonymes. Fait rarissime entre la France et l’Algérie d’aujourd’hui, pour paraphraser l’historien franco-algérien, Benjamin Stora. 
 
Le petit fils du vendeur d’étoffes dans la Casbah d’Alger, n’a pas oublié et n’avait jamais renié ses origines modestes. Et malgré la distance, il a tout le temps revendiqué, son appartenance aux deux pays que l’Algérie où il est né et la France qui l’a reçu. Un même peuple finalement selon qu’on est musulman arabe, juif arabe, arabe français, berbère ou français tout simplement. 
 
Loin du racisme que certains brandissent par mépris pour le pauvre, loin des ostracismes en tout genre qui fait que des « attardés mentaux » comme Zemmour, qu’on peut aimer ou ne pas aimer, brandissent, il y a dans ces rapports entre le continent et le France des gens qui voient la réalité autrement, sinon, très différemment. Dans le fait d’avoir choisi sa terre, celle de sa famille et de ses amis, El Hadj Boualem, un algérien qui a sympathisé avec l’acteur lorsqu’adolescents, ils habitaient et jouaient dans cette casbah.
Comme également, Mohiédine Bentir. Cet ancien artiste décorateur qui ne tarit pas d’éloges sur Roger Hanin. Un homme, dit-il « qui a aimé l’Algérie et qui est revenu à sa terre. Il venait souvent se recueillir au cimetière sur la tombe de son père”, désormais située à quelques mètres de la sienne, se souvient-il.
 
Un choix politique et humain
 
Juif et pied noir, Roger Hanin a été un Algérien dans l’âme. Pour dire finalement que sa décision est un choix politique, en harmonie avec ses convictions ; car il a toujours milité pour les meilleures relations entre la France et l’Algérie. Lorsque dans cette France en crise, le mythe de la toute puissance est en péril, des gestes de ce genre sont sans doute pour la rencontre des peuples. Il est vrai que l’affaire « Charlie Hebdo » a laissé des traces qui vont être difficiles à effacer.
Il est vrai aussi que la rencontre des trois religions réunies autour d’un même Dieu, reste encore bien hypothétique à cause des nombreuses écoles qui revendiquent plus un Dieu contre un autre comme l’écrivait Malraux, dans «  La Condition humaine » ; mais ce genre d’engagement, et ce geste ultime en dépit de tout ce qu’on peut dire sur chaque homme, à commencer par celui qui vient de nous quitter, est une leçon d’humilité qui devrait chaque être dans son approche vers l’autre. Juif, Chrétien, musulman. 
 
On naît par hasard, on grandit par rencontre ; écrivait encore Malraux. Des rencontres l’homme en a connu donc connu. Et dans la série « Navarro », le commissaire avait voulu traduire ce désir de rencontre en actes avec autour de lui,  avec un antillais noir à ses côtés, Bain Marie, et un arabe du nom de commissaire Barada, son associé.
 Compagnon et ami proche de François Mitterrand, (sa femme Christine Gouze-Rénal était la sœur de Danielle), il est resté toute sa vie un homme de gauche passant du parti socialiste au parti communiste quand son ami est parti.
Ce retour vers l’Algérie, pour lui, est aussi une sorte de retour à ses sources et convictions de toujours : celui d’un humanisme qui veut que l’on n’exclut jamais les autres de sa pensée et de sa vie, simplement parce qu’on ne croit pas le même Dieu qu’eux. 
 
Dans un monde de plus en plus dévasté par l’intolérance autour de la religion, ce retour est aussi un grand message pour tous. Un symbole aussi pour l’Algérie et sa capitale. Alger qui, avec son cimetière israélite et chrétien, sa cathédrale et son ancienne synagogue, (le tout  dans le quartier Saint-Eugène, devenu Bologhine), pourrait devenir le symbole d’une cohabitation religieuse réussie dans le monde arabo-musulman.
Ce geste aussi ressemble à une forme de rupture avec les raccourcis à la française remarqués récemment de la part d’apprentis historiens jouant au messie. Entre le « Grand pardon » un de ses grands film et « Le suicide français », dont parle Eric Zemmour, dans son dernier livre, proche des thèses frontistes de Jean et Marine le Pen, on trouve ici une belle réponse venant d’un homme qui a laissé le sens de son geste aux commentateurs et analystes d’un monde devenu fou…

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