Netanyahou et Abbas à Paris: les dessous d'une trop belle photo

La visite de Benjamin Netanyahou dans le cortège de la manifestation parisienne de dimanche était très politique.
La visite de Benjamin Netanyahou dans le cortège de la manifestation parisienne de dimanche était très politique.
La visite de Benjamin Netanyahou dans le cortège de la manifestation parisienne de dimanche était très politique.

Selon la presse israélienne, Paris aurait préféré que le Premier ministre israélien ne fasse pas le déplacement. Malgré divers démentis, les relations entre les deux pays sont tendues. 

Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas sur la même photo. Les deux dirigeants israélien et palestinien, qui ne s’étaient pas montrés en public ensemble depuis 2010, entouraient François Hollande lors de la marche républicaine parisienne dimanche, en mémoire des victimes des attentats. Mais si la photo est réussie, l’ambiance n’était pas au beau fixe. La veille, le Premier ministre israélien avait provoqué la colère de Paris en appelant les juifs de France à quitter le pays. Selon la presse israélienne, François Hollande aurait même préféré éviter sa présence. 

Persona non grata?

Ce week-end, la chaîne israélienne Channel 2 a détaillé comment la France aurait expressément demandé à Benjamin Netanyahou, ainsi qu’au chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, de ne pas se joindre à la marche. Paris souhaitait éviter “tout ce qui pourrait détourner l’attention sur d’autres questions controversées comme les relations judéo-musulmanes ou le conflit israélo-palestinien”, explique le Haaretz

Sur le principe, les deux hommes auraient accédé à la demande, faisant valoir des arguments comme la sécurité pour le premier, le mauvais temps pour le second, avant que Netanyahou ne se décide finalement à venir. Et pour cause, le Premier ministre israélien est en campagne pour les législatives anticipées de mars. Or, son chef de la diplomatie Avigdor Lieberman -du parti ultra-nationaliste Israël Beitenou- et son ministre de l’Economie et des Affaires religieuses Naftali Bennett -à la tête du parti d’extrême-droite Le Foyer juif-, eux aussi en campagne, avaient prévu le déplacement pour rencontrer la communauté juive. 

Dans l’urgence, l’Elysée aurait alors relancé l’invitation à l’Autorité palestinienne. Cette fois, les conditions météorologiques n’ont pas posé de problème. Et voici Netanyahou et Abbas, à quelques mètres de distance, en tête du cortège. Mais les deux hommes ne se sont pas décroché le moindre regard. 

Après la marche, François Hollande et Benjamin Netanyahou se sont retrouvés à la Grande Synagogue de Paris. Signe du froid ambiant, le chef de l’Etat et Manuel Valls se sont éclipsés avant le discours de Netanyahou. 

Récupération politique

Ce lundi, Avigdor Lieberman, cité par le Times of Israël, dément cette version de l’histoire et assure que Paris n’a émis aucune objection à la venue de Benjamin Netanyahou. Contacté par L’Express, le Quai d’Orsay assure qu’il n’y a eu aucune réticence à accueillir le Premier ministre israélien. Selon Le Monde, l’Elysée dément également. Mais le quotidien cite aussi “plusieurs sources diplomatiques” selon lesquelles Netanyahou n’était pas le bienvenu. 

En 2012 déjà, rappelle le Haaretz, Benjamin Netanyahou, alors en campagne pour les législatives, avait fait le déplacement en France après les attentats commis par Mohammed Merah contre une école juive. Ce qui avait passablement irrité François Hollande. 

Dimanche, lors de son discours à la Grande Synagogue de Paris, Netanyahou a tenté d’arrondir les angles. Il a rétropédalé sur son invitation de la veille aux juifs de France à venir s’installer en Israël: “Vous avez le droit de vivre en sécurité et en paix dans chaque endroit où vous choisirez de vivre”, “en particulier en France”, a-t-il indiqué. Il a également salué la “position très ferme” de Hollande et Valls contre le terrorisme. Mais, à l’heure où les démarches politiques pour la reconnaissance d’un Etat palestinien par la France sont de plus en plus pressantes, il en faudra plus pour réchauffer les relations. 

Par Marie Le Douaran

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