Niasse, la bourde de trop

Madiambal DIAGNE LequotidienPris à parti par des personnes (des foules disant appartenir à son parti), Moustapha Niasse a pété un câble, en empruntant au charretier des propos qu’il devrait être en train de regretter.

Le leader de l’Alliance des forces de progrès (Afp) a passé un sale quart d’heure; il a été hué et aurait même échappé à un lynchage physique, s’il n’avait pas été exfiltré par sa garde rapprochée. Moustapha Niasse a perdu pied pour répondre aux invectives par l’injure, par de gros mots. Il traita les militants hostiles d’imbéciles et de salopards. La sortie a suscité l’émoi. D’aucuns ont très vite mis cette malheureuse sortie sur le registre de la récidive, considérant qu’on a beau chasser le naturel, il revient au galop. Moustapha Niasse, colérique, bouillant de nature diront d’autres, n’en est pas à ses premiers excès de langage et de comportement. Il avait tapé du poing sur un de ses détracteurs, Djibo Leyti Ka, qui l’avait cherché par la provocation. Il se trouve encore des témoins oculaires qui continuent d’affirmer d’ailleurs que Jean Colin avait inspiré Djibo Kâ pour pousser ainsi Moustapha Niasse à la faute. Revenu en grâce au Parti socialiste, Moustapha Niasse ne saura gérer son animosité légendaire avec Ousmane Tanor Dieng. Les suites de sa rupture d’avec le Président Abdoulaye Wade, qu’il avait soutenu pour défaire le régime socialiste en 2000, conforteront ses détracteurs dans l’idée que Moustapha niasse reste un «revanchard», un «aigri». Malmené par une répression policière à l’occasion d’une manifestation contre le régime du Président Abdoulaye Wade, Moustapha Niasse ne mesura pas les conséquences pour son image, en se laissant photographier tenant à la main un gros caillou. Cette photo que sans doute Moustapha Niasse voulait comme le témoignage de sa combativité politique ou peut être de sa bravoure, aura fait des ravages. L’homme est émotif à souhait. Elu au perchoir de l’Assemblée nationale, il versera de chaudes larmes sur son siège. Ce moment de faiblesse sera toujours utilisé par ses contempteurs. Ces derniers ne voudraient voir dans le soutien et l’engagement total de Moustapha Niasse au profit du Président Macky Sall qu’un moyen de garder jalousement son «gâteau» de président de l’Assemblée nationale, deuxième personnalité de l’Etat.
C’est dire que durant tout son parcours politique de plus de cinquante ans, Moustapha Niasse aura accumulé les erreurs. Si l’homme peut apparaître comme «entier», il n’apparaît pas moins démagogue. Moustapha Niasse cherche à se montrer en rassembleur, l’ami de tout le monde. Une qualité dont même le Bon Dieu ne réussit pas à se doter. Mais de toutes ses erreurs ou ses bévues, celle de la semaine dernière risque d’être de trop. Pour la première fois, Moustapha Niasse s’est vu défié de manière aussi violente au sein même de son propre parti politique. La crise qui couvait au sein de l’Afp semble atteindre un point de non retour. Il est clair que Moustapha Niasse ne démordra point de son idée de faire de Macky Sall le candidat de l’Afp en 2017, ceci, n’en déplaise «aux imbéciles et salopards». Malick Gakou et les autres militants qui affirment tenir à présenter un candidat issu des rangs du parti ne sauraient renoncer à leur projet. Le parti va donc se scinder. Tous les deux camps en pâtiront.
Le Président Macky Sall aurait certainement préféré bénéficier du soutien de l’Afp, unie, avec tous ses responsables engagés pour le même objectif de sa réélection. A l’opposé, le groupe à El Hadji Malcik Gakou ira conquérir les suffrages, très affaibli par les divisions, quand on sait que ce parti a toujours vécu sous l’aura de Moustapha Niasse. Il faut aussi dire que les 13,20% des suffrages réalisés au premier tour de la présidentielle de 2012 par le candidat Moustapha Niasse étaient l’agrégation des votes des militants et sympathisants de l’Afp, mais aussi des autres partis de la Coalition Benno Siggil Senegaal. Déjà, l’Afp était en perte de vitesse en 2007, avec un score de 5,93% des suffrages. Que reste-t-il encore de cet électorat?
El Hadji Malick Gakou joue à la Sainte Nitouche dans cette affaire, mais rien qu’à juger par la forte présence de gros bras dans la salle où devaient se réunir des cadres de l’Afp, on peut se convaincre que le coup était préparé, prémédité. Moustapha Niasse est ainsi tombé dans un traquenard, un piège que lui ont tendu certains camarades de son parti. Pour autant, l’homme n’est pas excusable pour les insanités sorties de sa bouche. Combien de personnes avaient été malheureuses devant les insultes et autres injures que Sidy Lamine Niasse et son frère Ahmeth avaient eues à proférer à l’endroit de Moustapha Niasse? Le silence de Moustapha Niasse l’avait rendu si sympathique et traduisait une certaine grandeur, une certaine stature. Voilà qu’il tombe de son piédestal ! En insultant ses détracteurs, Moustapha Niasse les aura rachetés.
Le mythe Moustapha Niasse est largement écorné pour ne pas dire qu’il est tombé. Des responsables politiques qui sont en rupture de ban avec lui, depuis de nombreuses années, profitent du prétexte qu’offre ce dernier dérapage verbal ou écart de langage de Moustapha Niasse pour se justifier ou s’expliquer sur les conditions de leur séparation survenue naguère. Il est de bon ton de dire maintenant, à l’instar d’un Me Abdoulaye Babou, «j’étais parti car l’homme est invivable et a l’insulte à la bouche».
Il est prêté aux frondeurs de l’Afp de mener un combat politique par procuration. En effet, si Moustapha Niasse voudrait donner l’Afp à Macky Sall, ses adversaires sembleraient eux aussi travailler pour un autre candidat non encore déclaré et qui serait le maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall. On ne sait pas encore ce qui est vrai de cette dernière affirmation mais de toute façon, El Hadji Malick Gakou et ses amis devraient savoir à quoi s’attendre. On a appris en politique depuis Staline dans sa guerre impitoyable contre Trotsky que «l’insulte fait partie du processus de discrédit qui légitime ensuite la liquidation».

mdiagne@lequotidien.sn

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