NIGERIA – Candidat à sa propre succession : Le Président brigue un nouveau mandat sur fond de violences islamistes

Président nigérian Goodluck Jonathan

Sans surprise, le Président nigérian Goodluck Jonathan devrait annoncer mardi sa candidature à sa succession pour la présidentielle de février 2015, dans un contexte sécuritaire critique dans le Nord-Est, où Boko Haram contrôle plus d’une vingtaine de localités et multiplie les tueries.

Le Président nigérian Goodluck Jonathan doit s’exprimer à «Eagle square», une vaste étendue bétonnée au coeur de la capitale, Abuja, lors d’un grand meeting organisé par le Parti démocratique populaire (Pdp, au pouvoir) sous haute sécurité, avec toutes les routes d’accès bloquées depuis les petites heures du matin et un déploiement très important de Forces de l’ordre.

Ses partisans se sont offerts lundi quatre pages de publicité dans la presse, dans lesquelles ils appellent les Nigérians à être «des témoins de l’histoire» en soutenant le Président sortant et en optant pour «la continuité».

Mais Goodluck Jonathan, qui avait promis de faire des questions de sécurité une de ses priorités, aura du mal à défendre son bilan au lendemain d’une nouvelle tuerie qui a fait une cinquantaine de morts parmi les élèves d’un lycée du Nord-Est.

Dans cette région, les violences du groupe islamiste armé Boko Haram sont quotidiennes et l’Armée, dépassée, est accusée d’exécutions sommaires.

M. Jonathan, âgé de 56 ans, dirige le pays depuis mai 2010, date à laquelle, alors vice-président, il avait succédé à Umaru Yar’Adua, à la mort de celui-ci. Il avait ensuite remporté la présidentielle de 2011.

L’insurrection islamiste, qui a débuté en 2009, a depuis coûté la vie à plus de 10. 000 personnes, principalement dans le Nord-Est. Et malgré l’instauration de la loi martiale dans les trois Etats (Borno, Yobe et Adamawa) les plus touchés de cette région il y a un an et demi, M. Jonathan n’a pas réussi à mettre un terme aux violences.
Depuis plusieurs semaines, la situation y a encore empiré : plus d’une vingtaine de villes et villages sont tombés aux mains de Boko Haram, qui y a proclamé un califat islamique.

Fortes chances de réélection
L’attaque qui a le plus ému la communauté internationale – paradoxalement la moins meurtrière – est celle du lycée public pour filles de Chibok, dans l’Etat de Borno, fief historique des islamistes, lors de laquelle 276 adolescentes avaient été enlevées en avril. Plus de six mois plus tard, 219 d’entre elles sont toujours aux mains de leurs ravisseurs.

Les autorités nigérianes avaient affirmé mi-octobre avoir conclu un accord de cessez-le-feu avec Boko Haram, prévoyant notamment la libération des captives de Chibok.
Mais dans une vidéo obtenue dimanche par l’Afp, Abubakar She­kau, le chef de Boko Haram, dément une nouvelle fois avoir passé un tel accord et va même jusqu’à menacer de tuer l’homme qui s’était présenté comme le négociateur du groupe avec les autorités d’Abuja.

La candidature à la présidentielle de M. Jonathan, révélée par un de ses proches collaborateurs aux médias le mois dernier, n’est une surprise pour personne.
Après avoir reçu le soutien unanime des cadres dirigeants de son parti, il a lui-même révélé avoir retiré un formulaire de candidature et réglé les 132. 000 dollars de frais d’inscription au Pdp.

Ces derniers mois, cette candidature avait pourtant provoqué une crise majeure au sein du parti présidentiel, dont de nombreux gouverneurs et députés ont claqué la porte au profit du Congrès progressiste (Apc), principal parti d’opposition.

Au coeur des polémiques, une règle tacite du Pdp voulant qu’après M. Jonathan, un chrétien du Sud, ce soit au tour d’un musulman du Nord de se porter candidat, pour deux mandats maximum.

La religion est un facteur de division au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, dont les 170 millions d’habitants se partagent à peu près pour moitié entre chrétiens et musulmans.

Aujourd’hui, le Pdp semble avoir réglé ses différends et soutenir son chef en ordre rangé.

Et si M. Jonathan n’a pas réussi à juguler l’insurrection islamiste ni à combattre la corruption – un mal endémique dans la première puissance pétrolière et économique du continent -, les experts pensent ce­pendant qu’il a de fortes chances de rem­porter le scrutin, le 14 février 2015, le parti au pouvoir ayant pour ha­bitude de mobiliser d’importants fonds publics pour la réélection de ses élus.

jeuneafrique.com

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