Nigeria: dernière ligne droite à hauts risques pour la présidentielle

714126-l-ancien-general-muhammadu-buhari-principal-candidat-de-l-opposition-nigeriane-le-6-fevrier-2015-a-aLa campagne pour la présidentielle du 14 février au Nigeria est entrée samedi dans sa dernière ligne droite, malgré des interrogations persistantes sur la tenue du scrutin à la date prévue et les craintes sécuritaires liées aux islamistes de Boko Haram.

Le chef de l’Etat Goodluck Jonathan, 57 ans, brigue un second mandat de quatre ans. Ses détracteurs l’accusent de ne pas avoir su juguler les violences de Boko Haram, ni endiguer la corruption endémique de la première économie du continent.

Même s’il bénéficie toujours d’appuis et de fonds pouvant assurer sa réélection, le scrutin apparaît très indécis.

Parmi les 13 autres candidats, dont une femme, il devra notamment se défaire du principal candidat de l’opposition, celui du Congrès progressiste (APC), l’ancien général Muhammadu Buhari, 72 ans – son adversaire le plus sérieux.

M. Buhari a dirigé le Nigeria d’une main de fer entre 1983 et 1985 à la tête d’une junte militaire; il pourrait profiter du ralliement de mécontents du régime actuel.

«A moins d’une victoire d’une courte tête» à la présidentielle, «le PDP (Parti démocratique populaire, au pouvoir) pourrait être contraint à un ballotage pour la première fois depuis 15 ans de pouvoir ininterrompu», avertit l’analyste Dawn Dimowo d’Africa Practice, cabinet spécialisé dans le conseil en stratégie et en communication.

Encore faut-il que les élections présidentielle et générales se tiennent comme prévu.

– Défi logistique –

Première source d’inquiétude: les délais pour la distribution des cartes des près de 69 millions d’électeurs inscrits, sur une population globale de 173 millions d’habitants – le pays le plus peuplé d’Afrique.

En janvier, le conseiller national à la sécurité du Nigeria, Sambo Dasuki, avait demandé un report des élections jusqu’à ce que toutes les cartes d’électeurs soient distribuées.

Mais la Commission électorale nationale indépendante (INEC) a catégoriquement exclu ce scénario, affirmant à plusieurs reprises – jeudi encore devant le président Jonathan et M. Buhari – être prête pour le scrutin.

Toutefois, à sept jours du vote, d’aucuns pensent que la situation pourrait changer, soulignant que face à la pression, l’INEC a repoussé au 8 février la date limite de retrait des cartes d’électeurs, initialement fixée au 31 janvier.

– ‘Pas drôle’ pour le vainqueur –

Outre le défi logistique, l’organisation du scrutin est mise à mal par les exactions de Boko Haram et la crainte d’une répétition des violences électorales qui avaient fait près de 1.000 morts en 2011.

Ces derniers mois, les islamistes armés ont mis en déroute l’armée et pris le contrôle de vastes territoires dans le Nord-Est, rendant impossible le vote de plusieurs centaines de milliers d’électeurs dans trois Etats de la région.

Beaucoup craignent que Boko Haram ne profite des rassemblements d’électeurs pour commettre de nouveaux massacres, même si l’insurrection est confrontée ces derniers jours à une pression militaire croissante.

Le Tchad, dont l’armée est l’une des plus puissantes de la région, a ainsi lancé une offensive de grande envergure contre les islamistes sur le sol nigérian, avec des bombardements aériens et des combats au sol.

Pour la présidentielle, si aucun candidat n’est élu au premier tour, un second tour devra être organisé le 21 février – autre casse-tête pour la commission électorale et source potentielle de tensions entre partisans de candidats rivaux.

D’après des experts, l’élection s’annonce la plus serrée depuis le retour à la démocratie du Nigeria en 1999, après une série de coups d’Etat et de régimes militaires.

Selon l’expert nigérian Jibrin Ibrahim, du Centre pour la démocratie et le développement à Abuja, les questions de gouvernance pourraient «surpasser» les critères religieux ou politiques qui structurent habituellement le vote dans ce pays, avec des sympathies souvent exprimées en clivages Nord/Sud, musulmans/chrétiens.

Quel que soit le vainqueur de la présidentielle, «ça ne va pas du tout être drôle», avertit Sola Oni, analyste du cabinet d’investissement Sofinux, basé à Lagos.

Il devra faire face à la menace Boko Haram et un risque de résurgence de la rébellion dans la région pétrolifère du delta du Niger (sud), le tout dans un contexte économique sombre à cause de la chute des cours du pétrole, dont les exportations de brut rapportent au pays 90% de ses recettes en devises.

AFP

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