Nucléaire: Israël prêt à faire cavalier seul contre l'Iran

Benyamin Nétanyahou
Benyamin Nétanyahou
Benyamin Nétanyahou

À l’ONU, Nétanyahou a pris le contre-pied de la Maison-Blanche sur le dossier iranien. «Vous n’êtes pas seuls», avait lancé Barack Obama pour tenter de rassurer son auditoire israélien, en mars, à Jérusalem. Mardi soir, à la tribune des Nations unies,Benyamin Nétanyahou l’a rappelé à son engagement en menaçant, pour la première fois de façon aussi explicite, de conduire une action militaire unilatérale contre l’Iran. «Si Israël doit agir seul, alors Israël agira seul», a lancé le premier ministre, martelant que son pays «n’acceptera jamais de voir des armes nucléaires entre les mains d’un régime voyou qui, plusieurs fois, a promis de nous rayer de la carte».

Décontenancé par les hésitations américaines sur le dossier syrien, Benyamin Nétanyahou n’a pas davantage apprécié l’accueil enthousiaste réservé ces derniers jours à Hassan Rohani. Mardi, il a donc clairement marqué sa différence, moquant l’offre de dialogue du président iranien et traitant par le mépris ses promesses de transparence. «Pourquoi un pays doté d’un programme nucléaire civil développe-t-il des missiles balistiques intercontinentaux, dont la seule fonction est de transporter des ogives nucléaires?», a-t-il lancé, avant d’exiger l’arrêt des centrifugeuses, l’évacuation vers l’étranger des stocks d’uranium enrichis et le démantèlement du programme iranien sous peine de le frapper militairement.

La mise en garde, formulée devant un auditoire clairsemé alors que le dossier nucléaire iranien s’est pour l’essentiel négocié sans lui, a suscité des réactions empreintes de scepticisme, voire d’agacement.

«M. Nétanyahou a toutes les raisons de se méfier des ouvertures iraniennes, a relevé le New York Times, mais il serait désastreux qu’il soit aveuglé au point d’exagérer la menace (…) et de saboter la meilleure chance d’améliorer nos relations avec l’Iran depuis la révolution de 1979.» Le chef d’état-major des forces armées iraniennes, Hassan Firouzabadi, a de son côté dénoncé le discours «belliciste» du premier ministre israélien, rétorquant: «De telles paroles naissent du désespoir.»

Menaces avec un revolver vide

«Le drame de Nétanyahou, c’est qu’il menace l’Iran avec un revolver vide», décrypte Yossi Melman, spécialiste des questions de défense pour l’hebdomadaire Sof HaShavua. Le site d’enrichissement de Fordow, dont l’existence a longtemps été tenue secrète, est enterré à 70 mètres de profondeur, hors d’atteinte des armes israéliennes.

Seuls les États-Unis disposent de bombes assez lourdes pour frapper ces installations, ainsi que de bombardiers capables de les transporter. «Israël peut tout au plus retarder d’un an ou deux le programme iranien et ce, au prix d’un isolement diplomatique qui promet d’être durable», estime Yossi Melman. Amir Rapaport, chercheur au Centre Begin-Sadate pour les études stratégiques, complète: «Contrairement à l’Irak et à la Syrie, dont les programmes nucléaires furent stoppés en 1981 et 2007 par des frappes israéliennes, l’Iran a eu tout le loisir de se préparer.»

Quel que soit son pouvoir d’intimidation, le ton de Nétanyahou montre qu’il n’a pas perdu espoir de peser sur les négociations qui vont s’engager entre Washington et Téhéran. En laissant entendre qu’il ne se satisfera pas d’un «mauvais accord», il espère convaincre Obama de ne pas lever les sanctions trop vite. «S’il y arrive, juge Yossi Melman, il peut encore faire reculer un régime iranien au bord de l’effondrement économique.»

De notre correspondant à Jérusalem, Lefigaro

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