Obama confronté à une grave crise politique

Barack Obama
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Le Congrès américain a provoqué le «shutdown» de l’État féderal et la mise au chômage technique de 800.000 fonctionnaires. Le président dénonce la «prise en otage» de tout le pays.

Pour une fois, la couverture ravageuse du New York Daily News , un journal à scandales, résume bien l’humeur du pays, ce mardi après la fermeture officielle du gouvernement fédéral, une situation inédite depuis dix-sept ans. Parodiant l’affiche de la très populaire série télévisée «House of Cards», qui décrypte les noires intrigues du Congrès à Washington, le Daily News publie une photo du speaker républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, installé dans le fauteuil de Lincoln, les mains dégoulinantes de sang. «House of Turds», titre le quotidien, ce qui peut se traduire par «Chambre des cons».
«Les républicains brûlent la maison… c’est de la criminalité politique», s’insurge le journal. Ce ton vengeur reflète la colère de la nation, qui s’est réveillée ce mardi sans budget national pour 2014, faute d’un accord entre démocrates et républicains au Congrès.

Alors que quelque 800.000 fonctionnaires ont été mis au chômage et que près d’un million sont menacés de ne pas être payés, les Américains tiennent les républicains responsables de l’impasse. Selon un sondage Quinnipiac rendu public ce mardi, 77 % des Américains jugent que le parti conservateur a tort de prendre le budget de l’État en otage pour empêcher l’entrée en application de la loi sur la santé (Obamacare). La cote de confiance des républicains n’est plus que de 17 %, contre 32 % pour les démocrates. Le président pâtit moins de l’épreuve, avec 44 % de personnes approuvant son action et 49 % la désapprouvant.

Un message négatif sur la crédibilité des États-Unis

Même si à long terme, la paralysie fédérale envoie un message très négatif dans le monde sur la crédibilité de l’Amérique (réalité qui ne peut qu’inquiéter le président) cet avantage tactique permet à court terme à Obama de se poser en leader raisonnable et de maintenir une position ferme face aux républicains. «Je ne céderai pas aux demandes inacceptables destinées à priver des millions d’Américains de couverture santé», a-t-il prévenu mardi dans un discours très combatif où il a dénoncé «l’extrême droite» républicaine.

 «Le Congrès doit cesser de gouverner par crises, ce n’est pas digne de ce pays». Obama a prévenu qu’il refuserait aussi «le chantage» dans la négociation qui va devoir s’amorcer sur le relèvement du plafond de la dette, nouvelle crise qui se profile pour le 17 octobre, avec des conséquences potentielles bien plus catastrophiques.

À ses côtés, le leader de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid, reste lui aussi inébranlable. «On ne négocie pas avec un revolver sur la tempe», a-t-il dit lundi. Reid a d’ailleurs refusé ce mardi la mise en place d’une commission de conciliation, proposée par John Boehner dès l’aube. «Je veux que tout le monde comprenne, a martelé le vieux sénateur du Nevada. Nous n’accepterons qu’une résolution propre» (c’est-à-dire abandonnant tout lien avec la discussion sur la loi santé).

Du coup, sur le ring où s’empoignent la Maison-Blanche et la Chambre républicaine, c’est le speaker John Boehner qui se retrouve sur la sellette, forcé de trouver une issue à la crise que son parti a lui-même créée. Plusieurs élus modérés du parti – fort rares ces temps-ci – ont averti que la seule issue serait de voter un budget provisoire, en laissant de côté l’Obamacare. Le représentant républicain de Pennsylvanie, Charlie Dent, a imploré ses collègues républicains d’aller au compromis, prédisant que cela se passerait tôt ou tard.

L’ironie de la situation est que les républicains se retrouvent très affaiblis à l’approche de la crise du relèvement du plafond de la dette. A priori, l’opinion, inquiète du spectre d’un scénario à la grecque venant un jour frapper l’Amérique, aurait pu être plus en phase avec les républicains sur le front de la réduction des dépenses. Mais vu le combat donquichottesque qu’ils viennent de livrer avec le gouvernement fédéral, ils vont hésiter à lancer la nouvelle offensive, prédit le politologue Larry Sabato.


Le dilemme du speaker John Boehner

Malgré son teint hâlé, John Boehner n’est pas exactement en vacances. Le speaker républicain de la Chambre des représentants est pris en étau entre un président et un Sénat démocrates confortés par l’opinion et une base républicaine Tea Party prête à «mourir» pour ses «principes».

Jusqu’ici, ce conservateur de l’Ohio de 64 ans a choisi sa survie. Lui qui, depuis toujours, pratiquait la politique à l’ancienne, en négociant des compromis avec ses adversaires, a cédé aux pressions de sa base. Tout en sachant qu’il s’agissait d’une tactique perdante, il a promu l’idée d’échanger un budget provisoire contre le démantèlement programmé de la loi sur la santé. Il ne voulait pas risquer d’apparaître comme un traître. Le voilà dans la délicate position de sonner la retraite sans passer pour un dégonflé.

En théorie, Boehner peut réclamer un vote sur un budget provisoire qui ne mentionnerait pas la loi sur la santé. Selon les experts, il serait alors certain de dégager une majorité entre le vote des démocrates et celui des républicains modérés qui veulent sortir de l’impasse.

«Ce ne serait pas churchillien, mais, au moins, il pourrait dire qu’il a choisi l’intérêt du pays, note le politologue Larry Sabato. L’ennui est que ce serait sans doute une opération kamikaze, susceptible de lui coûter son poste.» Derrière son dilemme se cache celui des républicains, déchirés entre les «purs et durs», campés sur des principes idéologiques, et les pragmatiques, qui veulent gouverner et reprendre un jour la présidence.

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