Obama se résout à armer les rebelles syriens

Barack Obama au BureauOutre l’utilisation d’armes chimiques, le terrain repris par Bachar al-Assad avec l’aide du Hezbollah a pesé dans la décision de Barack Obama.

L’Administration Obama a fini par sauter le pas. Elle fournira un soutien militaire aux groupes rebelles commandés par le général Sélim Idriss, qui incarne l’aile modérée de l’insurrection syrienne.

La manière alambiquée dont la nouvelle a été annoncée par le conseiller présidentiel Ben Rhodes – lors d’une conférence de presse téléphonique, au cours de laquelle il a longuement tourné autour du pot, avant de reconnaître que «le nouveau type d’assistance» fourni par l’Amérique serait bien «militaire» – est révélatrice des hésitations qui ont traversé et traversent encore la Maison-Blanche.

Soulignant que le «haut degré de certitude»acquis par les Américains concernant l’utilisation d’armes chimiques par le régime d’Assad avait contribué à tremper la volonté présidentielle, Rhodes s’est d’ailleurs gardé de fournir des précisions sur la nature des armements qui seraient acheminés jusqu’aux rebelles.

D’autres officiels ont ensuite précisé au New York Times et au Washington Post qu’il s’agirait d’armes légères et de munitions, même si la fourniture ultérieure d’armes antichars et antiaériennes – seules susceptibles de changer l’équilibre des forces – est également envisagée.
Peur d’un scénario «à l’afghane»

Le moins que l’on puisse dire est que la décision a connu un accouchement difficile, le président ayant longtemps renâclé à impliquer à nouveau son pays dans un conflit incertain et lointain, de type Irak ou Afghanistan. Mû par la peur d’être entraîné dans une spirale interventionniste dont il ne veut à aucun prix, Barack Obama avait jusqu’ici freiné des quatre fers sur toute forme d’intervention, y compris la fourniture d’armes.

Il craignait un scénario «à l’afghane», quand les Américains avaient armé les moudjahidins et, parmi eux, leur futur ennemi juré, Oussama Ben Laden. Mais le général Sélim Idriss a apparemment réussi à le convaincre – à tort ou à raison – qu’il serait possible de contrôler les flux d’armements et d’en exclure les groupes islamistes radicaux liés à al-Qaida, comme Jabhat al-Nosra.

Selon toute vraisemblance, c’est la CIA qui devrait être chargée d’organiser l’acheminement des armes, sur ordre présidentiel. Ce choix permettrait à la présidence de contourner les contraintes légales qui entourent la fourniture d’armements à des forces qui attaquent un gouvernement reconnu par la communauté internationale.

Plus encore que l’utilisation d’armes chimiques, c’est la prise de conscience de l’avantage substantiel acquis ces derniers jours par les forces d’Assad, avec l’appui de l’Iran et du Hezbollah libanais, qui a précipité la décision d’Obama. La crainte de voir la rébellion s’effondrer et le dictateur syrien se retrouver en position de dicter ses volontés lors de la conférence de paix censée se tenir à Genève a convaincu Washington de la nécessité de s’impliquer plus directement.

Critiquée pour sa passivité par ses alliés saoudiens, turcs et jordaniens, poussée par des Européens désireux d’arrêter la tuerie avant qu’elle n’embrase toute la région, «l’Amérique ne pouvait se permettre de rester plus longtemps sur le banc de touche», remarque le journal Politico.

Cela aurait été un aveu de faiblesse patent, presque une éclipse stratégique, susceptible d’encourager Iraniens et Russes à défier la communauté internationale de plus en plus ouvertement.
À «contrecœur»

Dans le débat interne, le secrétaire d’État John Kerry et la nouvelle conseillère à la sécurité nationale, Susan Rice, qui reste marquée par le souvenir de la passivité américaine au Rwanda, semblent avoir joué un rôle clé pour venir à bout des réticences du président, tandis que le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, et le prédécesseur de Rice, Tom Donilon, auraient plutôt fait figure de sceptiques.

L’irruption de Bill Clinton dans le débat depuis New York, où il participait à une soirée à l’invitation de John McCain, a aussi pesé dans la balance. «Je félicite le président pour sa décision», s’est réjoui le sénateur républicain, qui défend depuis le début le principe d’une action américaine résolue. McCain s’est employé à jeter un pont entre Washington et Idriss, auquel il avait rendu visite il y a peu.

Mais le sénateur et ses alliés interventionnistes du Congrès appellent à faire beaucoup plus, jugeant que la fourniture d’armes représente «trop peu, trop tard» pour bouger les lignes. Leur souhait est de voir l’Amérique mener des frappes aériennes visant à détruire l’aviation du régime, tout en établissant une zone d’interdiction de survol qui permettrait aux rebelles de bénéficier d’un repli sanctuarisé.

Un scénario qui n’est pas totalement écarté, mais qui semble prendre la Maison-Blanche à rebrousse-poil, en raison des risques d’embourbement qu’il implique. Les affres d’une puissance américaine qui se reconnaît «indispensable», mais s’engage à «contrecœur», commencent tout juste.

» Conférence téléphonique de Ben Rhodes, conseiller adjoint de sécurité nationale du président américain Barack Obama

L’Union Européenne planche aussi sur des livraisons d’armes

«Les Américains nous ont rejoints» pour officialiser l’utilisation de gaz sarin par l’armée de Bachar al-Assad, s’est réjoui jeudi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères françaises, Philippe Lalliot, ajoutant toutefois que la livraison d’armes aux résistants syriens «est une question qui n’a pas été tranchée».

Après avoir également devancé les États-Unis en estimant la semaine dernière que l’armée syrienne avait utilisé des armes chimiques, la Grande-Bretagne tient, elle aussi, à faire savoir aujourd’hui qu’elle n’a pas encore pris de décision sur d’éventuelles livraisons d’armes à la rébellion. Fin mai, Londres et Paris ont poussé à la levée de l’embargo européen sur les armes vers la Syrie, les pays européens s’engageant à surseoir à toute livraison jusqu’au 1er août.

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