Obama veut légaliser par décret les sans-papiers

Barack Obama John Kerry et Tony BlinkenEn donnant un statut légal aux clandestins sans l’aval du Congrès, le président américain déclarerait la guerre aux républicains.

Le président s’apprête à déterrer la hache de guerre. La presse américaine a annoncé ce jeudi qu’il allait annoncer par décret, dès son retour d’Asie la semaine prochaine, une réforme de la politique d’immigration américaine qui empêchera l’expulsion de millions d’immigrés sans papiers et leur donnera un statut légal. Ce chiffre pourrait aller jusqu’à 5 millions de légalisations sur les 12 millions d’étrangers sans papiers actuellement comptabilisés.

Face aux menaces des républicains qui l’avaient averti qu’agir par décret sur ce sujet diviseur et brûlant reviendrait à «agiter un chiffon rouge devant un taureau», le président a donc décidé de passer en force, sous la pression des groupes latinos. Une décision qui menace de réduire en cendres les minces espoirs de coopération que les deux parties avaient nourris après l’annonce des résultats du 4 novembre… «Il va y avoir du sang sur les murs», confie un diplomate occidental qui prévoit une bataille féroce jusqu’à la fin du mandat d’Obama.

Cette décision présidentielle n’est pas vraiment une surprise. Dès avant l’élection de novembre, mais aussi juste après, lors de sa conférence de presse destinée à tirer les leçons du scrutin, Barack Obama avait laissé entendre qu’il «signerait des décrets qui ne plairaient pas toujours aux républicains». Il avait parlé de «faire ce qui est dans l’intérêt du pays», manière de dire qu’il ne se laisserait pas dicter son agenda, même après le désaveu cuisant que constitue la défaite des démocrates pour sa politique.

Selon les informations qui ont fuité, Barack Obama devrait donc signer un ou plusieurs décrets visant à permettre à des millions de clandestins de rester légalement en Amérique. L’Administration n’a pas encore totalement tranché sur la question de savoir exactement quelles catégories seront concernées. Les parents d’enfants nés aux États-Unis seraient les premiers concernés, ainsi que les familles vivant dans le pays depuis au moins dix ans, voire même cinq ans. L’Administration réfléchit aussi à la légalisation de centaines de milliers d’ouvriers agricoles venus travailler clandestinement sur le sol américain, mais présents dans le pays depuis de nombreuses années.

Les républicains fourbissent déjà leurs armes, face à la manœuvre. Plusieurs élus Tea Party, dont le sénateur Ted Cruz, ont annoncé qu’ils souhaitaient ajouter une clause interdisant au président de court-circuiter le Congrès sur l’immigration, à la loi budgétaire qui doit permettre au pays de fonctionner normalement jusqu’à la fin de l’année. Cette mesure, qui ferait resurgir la menace d’une fermeture du gouvernement, ne fait toutefois pas l’unanimité. «Nous évaluons toutes les options», a annoncé le speaker de la Chambre John Boehner, refusant de se prononcer, mais affirmant que son parti se battrait «bec et ongles» contre les mesures présidentielles.

Plusieurs élus annoncent qu’ils poursuivront le président en justice, pour excès de pouvoir, jugeant que sa démarche porte atteinte à l’équilibre constitutionnel. La Maison-Blanche minimise la portée de ces menaces, pariant qu’il sera possible de travailler sur d’autres sujets d’intérêt commun. Mais beaucoup pensent que l’esprit de coopération est mort-né, avant même d’avoir émergé. «J’avais naïvement espéré que le président regarderait les résultats de l’élection et déciderait de venir au centre politique pour faire affaire avec nous. J’espère encore qu’il le fasse, mais les premiers signaux ne sont pas bons», a dit jeudi Mitch McConnell.

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