Obséques de l'ex-entraineur des lions : Hommage émouvant de la nation à Bruno Metsu

Hommage émouvant de la nation à Bruno Metsu

Aux grands hommes, les grands honneurs. Bruno Metsu a donc reçu hier les honneurs de la Nation sénégalaise, son pays d’adoption, avant son enterrement au cimetière musulman de Yoff.

On ne peut rien contre la roue de la vie. Quand elle emprunte le virage de la mort, impossible de contrôler ses mouvements. Mais, aussi épouvantable soit le choc, il y a souvent un principe consolateur derrière l’atmosphère sinistre de la perte d’un être cher, c’est quand tout les témoignages laissent germer dans les cœurs un sentiment de fierté pour accompagner la dépouille mortelle dans sa dernière demeure. Bruno Metsu peut alors dormir tranquille.

L’ancien entraîneur de l’équipe nationale du Sénégal, décédé mardi dernier des suites de cancers, a été inhumé hier au cimetière musulman de Yoff, après avoir reçu les honneurs de la Nation. Autorités étatiques, proches, amis, amoureux du ballon rond, sportifs, tous se sont retrouvés hier à la morgue de l’hôpital Principal pour rendre hommage à celui qui a été à l’origine de la plus belle page de l’histoire du football sénégalais.

« Si nous sommes réunis en ce lieu et en ce moment, c’est pour honorer la mort d’un héros parmi les héros sénégalais », a témoigné le président de la République Macky Sall, qui a présidé la cérémonie de levée du corps de l’ancien coach de la Tanière.

La solennité de l’événement n’est en fait qu’une illustration de toute la dimension de l’homme à la crinière, qui avait fait du Sénégal sa deuxième patrie après son bref, mais combien glorieux passage à la tête de l’équipe nationale entre 2000 et 2002.

D’où le chagrin né de la disparition de celui qui a tant fait rêver le peuple sénégalais. Mais l’œuvre impérissable laissée par le natif de Dunkerque adoucit quelque peu les cœurs meurtris. Le visage lourd, les yeux rougeoyants, le regard fixé vers le cercueil, Aliou Cissé n’a pu camoufler la douleur infligée par la disparition de son ancien entraîneur.

« La mort d’un homme qu’on a connu, qu’on a tant aimé et apprécié est une grande tristesse dans nos cœurs. Mais, en ce jour douloureux, nous ne pouvons oublier la grande joie, les grandes émotions qu’on a vécues grâce à toi. Coach, nous sommes très fiers d’avoir fait partie de ceux qui t’ont fait découvrir le Sénégal, le pays de la Téranga, que tu as tant aimé et adoré », regrette l’ancien capitaine de l’équipe nationale de 2002, celle-là même qui a hissé Bruno Metsu au rang d’immortel dans le cœur des Sénégalais.

Et les joies et émotions procurées durant cette campagne glorieuse, le peuple sénégalais n’est pas prêt de les oublier. Car, comme l’a souligné le président de la Fédération sénégalaise de football, « si le temps a de l’emprise sur nos vies, elle ne l’a pas sur la vérité ».

 Empreinte indélébile

Pour Me Augustin Senghor, « la vérité est qu’avec Bruno, avec le président « Souris », avec leurs équipes, le Sénégal a, dans le football, fait ce qu’il n’a jamais pu faire avant et après, jusqu’à nos jours. En ce moment, c’est tout le Sénégal du football, le Sénégal tout entier qui est meurtri ».

L’empreinte indélébile laissée par Abdou Karim Metsu mesure parfaitement l’ampleur de cette « grosse perte » soulignée par tout le monde sportif. Mais, Metsu n’était pas seulement un technicien, ont souligné ceux qui l’ont connu et approché, à l’image d’El Hadji Malick Sy « Souris », l’ancien président de la Fédération sénégalaise de football qui a engagé le technicien français alors qu’il était un illustre inconnu. « Ni lui ni moi ne savions que cette rencontre allait mener le Sénégal au sommet du football africain. J’ai rencontré un homme bien, un homme de bien, courageux, convaincu par ses choix, travailleur », a-t-il rappelé.

Des caractères salués par le chef de l’Etat. « Au-delà d’être un grand technicien, il offrait un exemple d’humanité et de vertu qui font les grands hommes. Les mots sont aujourd’hui insuffisants pour mesurer la perte subie par le monde sportif. Avec la disparition de Metsu, c’est le monde du foot sénégalais et du sport en général qui est en deuil. Aujourd’hui, un vrai Lion s’est endormi et laisse le souvenir d’un homme dont la constance s’est inscrite sur plusieurs paris », a témoigné Macky Sall. Dans une grande émotion et dans une atmosphère empreinte de tristesse, l’éloquence des discours et la douceur des mots ont atténué la douleur de la Nation qui faisait ainsi ses adieux à Bruno Metsu, une légende à jamais inscrite dans les cœurs des Sénégalais.

Wahany Johnson SAMBOU

TEMOIGNAGES

Macky Sall, président de la République : « Metsu offrait un exemple d’humanité et de vertu qui font les grands hommes »

« Si nous sommes réunis en ce lieu et en ce moment, c’est pour honorer la mort d’un héros parmi les héros sénégalais. En ce moment de peine et de douleur pour tout notre pays, je voudrais manifester l’indicible compassion de la Nation sénégalaise.  A Bruno Metsu, les honneurs de la Nation sont dus et il ne pourrait en être autrement pour lui. Lui qui, avec force, conviction et amour pour le Sénégal s’est battu sur le terrain de football pour hisser le drapeau national au plus haut niveau du football mondial, cherchant partout la gloire de notre pays. Le Sénégal, pour Bruno Metsu, c’était un choix, une passion, mais également un idéal. Au-delà d’être un grand technicien, il offrait un exemple d’humanité et de vertu qui font les grands hommes. Les mots sont aujourd’hui insuffisants pour mesurer la perte subie pour le monde sportif.

Avec la disparition de Metsu, c’est le monde du foot sénégalais et du sport en général qui est en deuil. Aujourd’hui, un vrai Lion s’est endormi et laisse le souvenir d’un homme dont la constance s’est inscrite sur plusieurs paris. Nous ne pouvons, en ce douloureux moment, nous empêcher de penser à cette épopée de la Coupe d’Afrique et de la Coupe du monde 2002, suffisants souvenirs pour prendre la mesure de la tristesse de tout un peuple. Les liens qu’il a tissés avec notre pays, le Sénégal, étaient si forts, si étroits que nous y avons bien compris sa dernière volonté d’être inhumé dans son pays d’adoption, le Sénégal, pour ne pas dire son pays tout simplement ».

Me Augustin Senghor, président Fsf : « Nous veillerons à ce que sa mémoire soit préservée »

« Bruno est parti, mais si le temps a de l’emprise sur nos vies, elle ne l’a pas sur la vérité. La vérité est qu’avec Bruno, avec le président « Souris », avec leurs équipes, le Sénégal a, dans le football, fait ce qu’il n’a jamais pu faire avant et après, jusqu’à nos jours.

En ce moment, c’est tout le Sénégal du football, le Sénégal tout entier qui est meurtri. Aujourd’hui, à travers sa personne, sa démarche et ses choix dont l’un des plus importants a été de choisir d’être inhumé en terre sénégalaise, nous pouvons espérer nous inspirer de son œuvre et de sa démarche pour essayer de pousser en avant notre football afin que nous puissions faire comme eux, sinon le dépasser parce que le meilleur hommage qu’on peut rendre à Bruno, c’est d’aller plus loin que la génération de 2002 en Coupe d’Afrique et pourquoi pas retourner en Coupe du monde dans les années à venir et aller plus loin que les quarts de finale. Nous veillerons à ce que sa mémoire soit préservée dans le football pour que ce soit une source d’inspiration. »

El Hadji Malick Sy « Souris », ancien président de la Fsf : « L’aventure à partir de 2000 était une manifestation divine »

« Pour moi, l’aventure à partir de 2000 est une manifestation divine parce que c’était une rencontre au hasard, c’était une décision divine. Je venais tout juste d’être nommé président de la Fédération sénégalaise de football. Ni lui ni moi ne savions que cette rencontre allait mener le Sénégal au sommet du football africain. J’ai rencontré un homme bien, un homme de bien, courageux, convaincu par ses choix, travailleur. C’est vrai qu’on nous a souvent traités de fêtards, mais nous savions ce que nous faisions dans l’équipe nationale en ce moment-là.

Toute grande équipe nationale qui veut performer doit se reposer sur le secret. Il y a des choses que personne ne saura jamais. Tout ce que je peux dire de Bruno, c’est qu’il a prouvé qu’il était sincère en venant dans notre pays et en y prenant femme ».

Aliou Cissé, ancien capitaine des « Lions » : « Tu as été le mentor de nos vies sportives »

« La mort d’un homme qu’on a connu, qu’on a tant aimé, qu’on appréciait est une grande tristesse dans nos cœurs. En ce jour douloureux, nous ne pouvons oublier la grande joie, les grandes émotions qu’on a vécues grâce à toi. Coach, nous sommes très fiers d’avoir appris et grandi de tes conseils avisés. Coach, nous sommes très fiers d’avoir fait partie de ceux qui t’ont fait découvrir le Sénégal, le pays de la Teranga, que tu as tant aimé et adoré. Coach, je suis très fier d’avoir été le capitaine de notre grande équipe que tu savais comprendre et dompter. (…) Je voudrais te dire ces quelques mots espérés de notre père Nelson Mandela : « Tu es et a été le maître de ton destin ». Tu as été le mentor de nos vies sportives jusqu’au bout. Tu as aussi été le capitaine de ton âme. Au nom de tous mes coéquipiers de la génération de 2002, tout le peuple sénégalais te pleure aujourd’hui comme il a pleuré feus Mansour Wade, Jules François Bocandé, Demba Sall Niang et tant d’autres. Je t’ai toujours appelé coach avec énormément de respect et de confiance. Je te dis tout simplement : Merci coach. »

Recueillis par Wahany Johnson SAMBOU

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