OIF, LA MACRONPHONIE EN MARCHE

Il semble que c’est bien le président Emmanuel Macron qui a suscité (sollicité !) la candidature rwandaise à la présidence de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Pourquoi ?
Pour solde de tous comptes entre la France et le Rwanda après l’ignominieux rôle joué par la diplomatie et les forces armées françaises pendant la guerre civile et au cours du génocide ? Pour reprendre pied en fin dans ce pays qui est devenu un incontestable pôle de développement et un acteur politique clef en Afrique Centrale et dans toute l’Afrique ? Ces deux considérations ont certainement pesé dans la décision du président français.
C’est pourtant le projet de mettre en œuvre la francophonie économique préconisée en 2014 déjà par M. Jacques Attali dans son rapport « Francophonie et francophilie, moteurs de croissance durable » commandité à l’époque par le président François Hollande, qui semble déterminant.
Ce rapport ne vise rien moins qu’à faire en sorte que la France « exploite » mieux « l’énorme potentiel économique » que la francophonie représente à une époque où « l’effacement progressif des frontières nationales impose d’autres critères d’appartenance identitaire : la langue et la culture constituent la nouvelle géographie ».
C’est dans la perspective de ce rapport Attali que se place désormais le président Macron qui déclarait récemment : « Le français est un atout pour l’avenir. C’est aujourd’hui la cinquième langue la plus parlée au monde, la quatrième langue d’Internet, la troisième langue des affaires, la deuxième langue la plus apprise dans le monde qui sera parlée par plus de 700 millions de personnes au milieu du siècle, dont 85 % en Afrique ».
Le président français semble déterminé à aller vite dans la mise en œuvre du projet de francophonie économique ! Voyez la froide résolution avec laquelle il a pratiquement acté la passation du pouvoir de la présidente Michaëlle Jean à la rwandaise Louise Mushikiwabo. Sans beaucoup d’égards pour la présidente en fonction, sans aucune procédure démocratique. Il aurait même assuré le Canada du soutien de la France à sa demande de siège non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour obtenir son blanc-seing.
En réalité, cette désinvolture et cette manière autocratique de diriger l’organisation ne sont pas nouvelles. De De Gaulle à François Hollande, la francophonie, sous ses multiples avatars, de la Conférence des Ministres de l’Education Nationale (CONFEMEN) à l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM), de l’Association internationale des parlementaires de langue française (AIPLF) à l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), la francophonie a toujours été le jouet des présidents français.
La francophonie n’a jamais œuvré qu’en faveur des seuls intérêts de la France et de ses affidés. Les peuples africains en ont toujours été les victimes plutôt que les gagnants.
Pourquoi donc M. Paul Kagamé a-t-il accepté de s’associer à une telle organisation, lui dont le titre de gloire a été de soustraire son pays de toute tutelle et notamment de celle de la France et d’avoir ainsi assuré souverainement son développement de manière spectaculaire ? Pour faire entrer le Rwanda dans une nouvelle phase de son évolution sociopolitique, une phase de véritable démocratie multipartite ? Parce que Monsieur Macron s’est engagé à l’émergence d’une francophonie newlook « clean », « démocratique » qui travaillera pour l’intérêt de tous et notamment de l’Afrique ? Parce que la France se serait engagée à liquider définitivement la Françafrique, ce jumeau monstrueux de la Francophonie, à vider les placards de ses cadavres et à les nommer ?
Parce qu’il a déjà donné des gages dans ce sens en nommant la colonisation, crime contre l’humanité, en décorant de la légion d’honneur des harkis, en reconnaissant la culpabilité de la France dans l’assassinat en Algérie du militant communiste anticolonialiste Maurice Audin ?
Pourtant, il faudrait plus pour accroire à une OIF post-françafrique, une francophonie au service de l’Afrique autant que de la France et des autres partenaires.
Pour commencer une nouvelle gouvernance s’impose : une gouvernance démocratique, dont l’organisme exécutif donnerait à l’Afrique la place que son poids démographique et sa position stratégique lui confèrent. Ensuite, un devoir de vérité est indispensable : que la France ouvre donc entièrement ses archives de la décolonisation. Qu’elle reconnaisse les crimes que son armée et ses services secrets ont commis pour maintenir ses anciennes colonies d’Afrique, l’ex Zaïre, le Rwanda et le Burundi notamment dans la sphère francophone.
Témoignage particulièrement symbolique et significatif de la bonne foi de M. Macron : qu’il fasse toute la lumière sur le coup d’état militaire perpétré contre le président Hamani Diori le 15 avril 1974.
Cet homme qui a été le promoteur le plus engagé de la francophonie aurait été victime d’un complot ourdi par la France parce qu’il exigeait une augmentation importante du prix de l’uranium.
Quant aux dirigeants actuels de l’Union Africaine, dont M. Paul Kagamé, qui ont pris la responsabilité de s’engager avec M. Emmanuel Macron dans ce projet d’une nouvelle francophonie, qu’ils apportent donc aux Africains des raisons d’y croire.
La révision, si ce n’est la dénonciation des « accords de défense » entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique conclus à la veille des « indépendances » serait un premier pas dans cette direction.

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