Oui à un Etat palestinien

987363-1171202Lichtenberg nous rapporte ce proverbe anglais : « Il est trop sot pour devenir fou ». Le mathématicien et philosophe juge que réside dans cette remarque une très fine observation. A dire vrai, il est difficile de savoir si le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, qui flirte ces derniers temps avec l’idée d’apartheid au mépris de toute raison politique, est plus sot que fou et nous reviendrons, la semaine prochaine, sur cette question. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il conduit le peuple dont il a la charge vers l’abîme en appuyant compulsivement sur le klaxon.

Alors qu’un regain de violence en Israël et en Cisjordanie dessine une nouvelle intifada, l’Assemblée nationale doit délibérer sur une proposition de résolution des députés PS invitant le gouvernement à reconnaître l’Etat palestinien. Notons qu’autrefois cette demande épousant la légalité internationale était pratiquement et exclusivement l’œuvre des députés écologistes ou Front de gauche. Elle était ainsi vouée à l’échec. Le fait qu’un parti de gouvernement se prononce clairement pour la reconnaissance d’un Etat palestinien est plus politique que symbolique. D’abord, parce que l’actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui a soutenu ce texte, a toujours été considéré comme un « ami » par Israël. Ensuite, parce qu’un vote positif démarque avec éclat la France de la diplomatie américaine, que nous suivons jusqu’à présent, et notamment depuis le début de ce quinquennat, avec la docilité du caniche.

Plus largement, la reconnaissance de l’Etat de Palestine rompt avec cette permanente tentation de molletisme feutré et d’atlantisme douillet qui a fini par devenir le fil rouge de notre politique étrangère. Enfin, face à l’effondrement du processus de paix, cette reconnaissance sera perçue comme un signal fort envoyé à la communauté internationale. Comme le souligne Vincent Lemire dans un entretien éclairant accordé à Libération notre pays est à la fois un membre du Conseil de sécurité de l’ONU et une nation où vit la plus importante communauté juive d’Europe.

Le patron des députés de droite, Christian Jacob, estime que « ce vote affaiblit la voix de la France ». C’est à ce patron-là qu’on imagine l’étroitesse du costume politique. Complètement cintré. Il n’y a que le député UMP de Seine-et-Marne à pouvoir énoncer ainsi avec l’assurance d’un aigle une telle ineptie, qui est aux antipodes du gaullisme dont il a pu, par erreur, se réclamer autrefois (il avait vu de la lumière, il était entré). Est-il plus sot que fou ? Peu importe.

Ce vote ne résoudra pas le conflit. Il ne réconciliera pas les deux frères ennemis que sont un Hamas tyrannique et sectaire et une Autorité palestinienne corrompue. En Israël, il ne comblera pas le fossé entre les habitants du quartier Shenkin de Tel Aviv et les ultras qui veulent prier sur l’esplanade des Mosquées de Jérusalem, même si ces deux communautés vivent dans une bulle. Mais ce vote redistribuera les cartes et confondra les tricheurs qui se tiennent à la table internationale en continuant de nous faire croire qu’il puisse exister des négociations bilatérales. Dans une tribune dans le Figaro, Elie Barnavi fait remarquer : « Si les Juifs avaient attendu l’accord des Arabes pour créer leur Etat, ils attendraient toujours. » Voilà une remarque qui est plus sage que folle.

Mariane

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