Oussainou Darboe : « Je suis contre l’invasion d’un pays par une armée étrangère, mais… »

Oussainou Darboe aurait pu être le remplaçant de Yahya Jammeh. Mais le sort en a décidé autrement. Candidat de l’opposition à la présidentielle de décembre 2016, il a été arrêté pour avoir réclamé la lumière sur la mort de Solo Sendeng.

Jeté en prison, il n’a recouvré la liberté qu’après la victoire d’Adama Barrow. Le président de United democratic parti (UDP) a reçu Dakaractu chez lui, à Serekunda, pour un entretien exclusif qui n’aura rien omis de l’actualité chaude de la Gambie.

– La Gambie a connu un tournant important de son histoire politique avec le départ de Yahya Jammeh après sa défaite à la présidentielle de décembre 2016. En tant qu’opposant historique, qu’est ce que cela  vous inspire ?

C’est la victoire de la liberté. Aujourd’hui, les gambiens peuvent exprimer leur opinion en toute liberté dans leur pays sans craindre qui que ce soit ou quoi que ce soit. Avant l’avènement de ce changement, il fallait partir au Sénégal pour dire ce qu’on pense en Gambie. Maintenant, on n’en a plus besoin.

– Après avoir pourtant reconnu sa défaite, Yahya Jammeh a fait volte-face et a contesté les résultats des élections qui ont été favorables à son challenger Adama Barrow. Selon vous, qu’est-ce qui explique ce revirement ? 

Yahya Jammeh se croyait indéboulonnable. Pour lui, il était hors de question de perdre des élections qu’il a lui-même organisées. Il a été pris au dépourvu par la tournure des événements. Mais surtout, il a pensé au mal qu’il a causé au peuple gambien et les poursuites judiciaires qui planent sur sa tête. Sous son règne, beaucoup de Gambiens ont été déclarés disparus du jour au lendemain sans qu’on sache ce qu’il est advenu de leur sort. D’autres sont arrêtés à tort et privés de tout contact avec les leurs pendant des années. Parfois, ils sont battus à mort. Solo Sendeng fait partie de ces victimes de la terreur avec laquelle Yahya Jammeh a gouverné la Gambie pendant des années.

– A l’approche des élections, vous avez été arrêté et jeté en prison pour avoir réclamé la lumière sur la mort de Solo Sendeng. Comment avez-vous vécu cette épreuve ?

Effectivement, je suis allé en prison pour avoir réclamé la lumière sur la mort de Solo Sendeng. J’ai été traduit devant un tribunal dont le président n’exécutait que les ordres reçus de Yahya Jammeh. Par conséquent, je n’ai pas participé à ce qui, à mes yeux, était un simulacre de procès. Ils ont violé la loi du début à la fin juste pour obtenir ce qu’il voulait. Je suis allé en prison et c’était très éprouvant. Mais cela a été une épreuve très instructive, car j’en ai profité pour comprendre que dans les prisons gambiennes, même les gardes pénitentiaires sont privés de liberté. En plus, le cadre est inhumain. Cent vingt (120) détenus partagent deux toilettes qui ne le sont que de nom. Les prochains gouvernants doivent avoir plus de considération pour les prisonniers.

– La victoire d’Adama Barrow vous a trouvé en prison. Quelle a été votre réaction quand vous l’avez apprise ?

A l’annonce de la victoire d’Adama Barrow, j’ai pleuré car j’ai pensé à tous mes camarades de lutte qui ne sont plus là. Particulièrement les femmes. Je peux citer Sadio Koundiang Sané, Kounda Kamara, Adji Fatou Seck et d’autres « lionnes » qui se sont battues pour un changement démocratique en Gambie.

– Compte tenu de votre parcours d’opposant historique, n’êtes-vous pas déçu de ne pas être le 3e président de la République gambienne ?

Le plus important pour moi, c’est qu’il y ait une alternance en Gambie. Je n’étais pas le seul candidat de l’opposition capable de mettre fin aux années d’oppression dont le peuple gambien a été victime. Je dois rendre grâce à Dieu car le tombeur de Yahya Jammeh est issu de ma formation politique. Il ne faut jamais dire : « après moi, c’est le déluge ».

– Allez-vous gouverner ensemble ?

Effectivement. Nous allons gouverner ensemble.

– Quel poste vous a été proposé dans le prochain gouvernement ?

Je n’ai pas encore eu de proposition de poste dans le prochain gouvernement. Retenez que je suis prêt à travailler pour le nouvel homme fort de la Gambie. Ce, quelle que soit la responsabilité qu’il me confiera. De même, je pourrai le défendre tout en étant éloigné des affaires étatiques.

– Le candidat Adama Barrow a promis de ne faire que 3 ans aux affaires. Mais ne craignez-vous pas qu’il revienne sur cette promesse après avoir goûté aux délices du pouvoir ?
Adama Barrow n’est pas fait de ce bois. C’est un homme de principe Il respectera sa parole même s’il ne faut pas passer sous silence qu’il a prêté serment pour 5 ans. Maintenant, c’est à lui de voir. Après trois ans de pouvoir, il peut démissionner…

– Dès lors, vous serez candidat ?

Si mon parti propose ma candidature, pourquoi pas ? Au cas contraire, je me rangerai derrière celui qui sera investi et je serai son serviteur.

– Que pensez-vous de l’entrée des forces armées de la Cedeao en Gambie et l’occupation du palais du Palais présidentiel ?

Ils sont là pour sécuriser la Gambie, donc je n’y vois aucun problème. Si les militaires gambiens n’avaient pas mis l’intérêt d’un seul homme au dessus de celui de toute une nation, on n’en serait pas arrivé à cette situation. Ils ont failli à leur mission. Yahya Jammeh faisait la tête parce qu’en partie, il croyait pouvoir compter sur l’armée. Contrairement au Sénégal où l’armée est républicaine, les soldats gambiens ont toujours manifesté leur parti pris pour Yahya Jammeh.

– Donc ça ne vous indispose pas de savoir que des Sénégalais occupent la « State house » ?
Je le supporte car c’est pour des raisons de sécurité.

– S’il ne dépendait que de vous, ils resteraient sur place pour combien de temps ?
Je ne sais vraiment pas. Ça doit dépendre de l’évolution de la situation de la sécurité. Je dois tout de même préciser que je suis foncièrement contre l’invasion d’un pays par une armée étrangère. Mais quand c’est nécessaire, je n’y vois rien à redire d’autant plus que la Gambie n’est pas le premier pays africain à être confronté à ce genre de situation. Le Libéria, la Guinée Bissau sont aussi passés par là…

 Avec DakarActu

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