Pauvre Bassirou ! Par Momar Mbaye

84f35510627cc8577f9cc8098466f02bOn savait dès le départ qu’un policier était à l’origine du meurtre de Bassirou Faye le 14 août dernier sur le campus de Dakar. On savait aussi que c’était une perte de temps et d’argent que de recourir aux services d’un expert balistique français, payé avec l’argent du contribuable, pour raconter à l’opinion ce que les étudiants ont vu de leurs propres yeux, ce que les témoins du drame savaient.

Enfin, on sait aussi que le pouvoir, toujours dans le souci de nier une évidence, a jusqu’ici cherché à protéger ses hommes en écartant la piste policière, en évoquant la thèse de l’infiltration des forces de police, des manifestations d’étudiants par des politiciens tapis dans l’ombre.

Et c’est le président Macky Sall lui-même de retour d’un séjour à l’étranger, qui a tenu ces propos dans le salon d’honneur de l’aéroport, cherchant à blanchir les policiers. Recevant les étudiants, il leur fait comprendre ouvertement que l’enquête sera longue et qu’il envisage de les indemniser. Ce qui laisse supposer que le pouvoir a nombre de choses à se reprocher dans cette affaire.

Si aujourd’hui, près de deux mois après le Procureur donne une conférence de presse pour faire des «révélations» selon lesquelles le meurtrier de Bassirou Faye n’est pas un «infiltré» mais bien un élément de la police, la chose fait rire, si elle ne dénote d’un manque de respect à la famille du défunt, à la communauté étudiante qui n’a cessé de réclamer que toute la lumière soit faite sur ce meurtre, conséquence d’un usage disproportionné de la force dans un campus universitaire.

Le président de la République, son procureur et leurs proches collaborateurs, détenteurs d’éléments de renseignements de première main, connaissaient déjà et depuis les premières heures l’identité du policier qui a tiré sur l’étudiant Bassirou Faye.

Les balles, les douilles et leur attribution par séries, différentes selon la police ou la gendarmerie, suffisaient à elles seules pour dire dès les premières heures de l’enquête la provenance du tir, le détenteur de l’arme et l’identité du tireur révélée au public que maintenant. Etant donné que des journalistes renseignés détenaient ces informations, mais s’étaient abstenus d’écrire, de peur d’être accusés d’interférer dans une enquête en cours.

Enquête qui n’était qu’une volonté manifeste de gagner du temps, une gymnastique politico-judiciaire destinée à apaiser les tensions et dont on aurait pu faire l’économie. Pauvre Bassirou ! Il persiste dans ses dénégations et semble dire à l’opinion que la police serait assez irresponsable parce qu’elle ne contrôle pas ses éléments. Comment un policier qui n’était pas en service le jour du drame, disposerait-il d’une arme, trouve curieusement le temps d’aller vadrouiller, armé, dans le seul but de faire la guerre à des étudiants qui réclament le paiement de leurs bourses ? Ça sonne faux tout ça et ce n’est pas la police qui est à plaindre dans cette affaire, mais bien le procureur. Pauvre Bassirou !

Par Momar Mbaye

Seneweb

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