PEINE DE MORT, L’IMPOSSIBLE CONSENSUS

Les cas de meurtres atroces notés récemment au Sénégal ont remis à jour le débat sur le retour de la peine de mort, abolie au Sénégal depuis 2004. Faut-il tuer les tueurs ? Les avis sont partagés. Et les divergences ne datent pas d’aujourd’hui. Retour sur les cas d’une peine dont l’abolition est souvent remise en question.

Deux cas d’exécution de 1967 à 2004

Même si la peine de mort a existé au Sénégal de 1967 à 2004 seuls deux condamnés à mort ont été exécutés depuis l’accession à l’indépendance en 1960. Abdou Faye avait été reconnu coupable du meurtre du député Demba Diop, tandis que Moustapha Lô avait été reconnu coupable d’une tentative d’assassinat du chef de l’Etat, Léopold Sédar Senghor. Malgré des demandes de grâce, le Président sénégalais n’était pas revenu sur la décision.

2004: Abolition 

Le 16 juillet 2004, l’Assemblée nationale reçoit le projet de loi devant modifier les articles 337 et 346 du Code pénal sénégalais qui prescrivaient encore la peine de mort pour les personnes reconnues coupables d’enlèvement ou de prise d’otages. Cette loi en vigueur depuis 1967, n’avait cependant jamais été appliquée. Le Sénégal devient alors le 79ème pays ayant aboli la peine de mort et le quatrième pays membre de Communauté économique des pays d’Afrique de l’ouest (CEAO) à ne plus prévoir la peine capitale dans sa législation.

Principe des Nations Unies

L’abolition de la peine de mort a été un long combat pour les Nations Unies. La décision a été prise à la suite du pacte 44/128 du 15 décembre 1989 adopté et proclamé par l’Assemblée générale du Haut commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme. «Convaincue  que l’abolition de la peine de mort contribue à promouvoir la dignité humaine et le développement progressif des droits de l’homme, la résolution en son Article premier stipule qu’aucune personne relevant de la juridiction d’un Etat partie du présent Protocole ne sera exécutée et chaque Etat partie prendra toutes les mesures voulues pour abolir la peine de mort dans le ressort de sa juridiction », lit-on dans le document.

Faudra-t-il rétablir après ces meurtres atroces?

Par ailleurs, les derniers cas de meurtres sur des femmes ont suscité le débat sur le rétablissement de la peine de mort. Le dernier en date est celui de Bineta Camara, jeune fille tuée chez elle, à Tambacounda. Le lendemain, on apprenait la découverte du corps d’une autre dame à Ouakam. Retrouvée face contre terre, les jambes écartées, le corps de la dame était en décomposition très avancée sur l’étage du centre commercial de Ouakam. En 2018, le meurtre de la militante apériste Fatoumata Matar Ndiaye avait suscité le même tollé.

Mais aujourd’hui, les avis restent partagés sur le retour ou non de la peine de mort. Pour Seydi Gassama, Directeur d’Amnesty Sénégal est catégorique : « la peine de mort ne sert qu’à la vengeance. Lorsqu’il y a un meurtre, ce que le public veut, c’est la vengeance. Que l’Etat venge la personne en exécutant le meurtrier. Nous considérons que la peine de mort ne règle pas la question de la criminalité, parce que dans les pays où elle est appliquée la criminalité existe. Il faut faire en sorte que les meurtriers soient sévèrement punis. Pour tous les cas de viol suivi de meurtre, on peut revoir les peines. On peut faire en sorte que ces personnes n’aient jamais de remise de peine ou de grâce. Qu’elles soient condamnées à passer leur vie en prison. Ce sont des personnes extrêmement dangereuses qui pourraient récidiver et il faut prémunir la société contre elles », a-t-il plaidé.

Alors que pour les partisans du retour de la peine de mort, c’est un moyen de préserver la sécurité des Sénégalais. C’est le cas d’Abdoulaye Makhtar Diop, ancien ministre et Grand Serigne de Dakar.

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