Penda Mbow, ministre-conseiller du chef de l’Etat : «Ceux qui attaquent Marième Faye cherchent à affaiblir Macky Sall»

Penda Mbow s’érige en bouclier de la Première dame Marième Faye Sall, accusée de détournements de fonds. Dans sa villa chic de Fann-Résidence, ce ministre-conseiller du Président parle de réaction «maladroite» des architectes du Sénégal.

Dans cet entretien, elle souhaite, par ailleurs, que Macky Sall fasse un mandat de 5 ans renouvelables une fois comme il l’a promis au lieu d’un septennat unique. 

Marième Faye Sall est accusée par les architectes du Sénégal et l’Association des jeunes marabouts d’avoir bénéficié de pots-de-vin dans l’attribution des marchés de construction des tours de la Cité de l’émergence au groupe marocain Alhoda au détriment des entreprises sénégalaises. Que vous inspirent ces accusations ?

Vous savez une fondation fonctionne sur la base de dons qui lui sont faits. S’il n’y a pas de dons, une fondation ne peut pas fonctionner. S’il y a quelqu’un qui a de la sympathie pour le Sénégal et à travers le Sénégal c’est Marième Faye Sall. Il faut qu’une Première dame puisse utiliser son capital et mobiliser des fonds pour les plus démunis au sein de sa société. Si le Monsieur qui a de l’argent et qui a sa fondation veut financer quelque chose à travers la Première dame pourquoi ne pas accepter. Je dis toujours que si on arrive à construire ce daara moderne qui sera un modèle pour le reste du Sénégal, que Macky Sall soit Président ou pas, ce daara restera pour le Peuple sénégalais. Que Marième Faye soit Première dame ou pas, ce daara sera pour le Sénégal. Au fond, le principal destinataire ou bénéficiaire reste le Peuple sénégalais. Si on arrive à trouver des structures d’accueil à tous ces enfants, est-ce que ce ne serait pas une excellente chose pour le pays ?

Apparemment vous n’êtes pas pour la suppression de la fondation de la Première dame comme le véhiculent certains ?

Pas du tout ! La Fondation a un partenariat avec la fondation Bill and Melinda Gates. Personne n’a rien dit. Il s’est trouvé dans un contexte très particulier où le président de la République veut accélérer la construction d’infrastructures de logement pour le Peuple sénégalais. Et on a des investisseurs marocains qui, peut-être, sont très différents de celui qui offre le daara moderne. Ils ont proposé au Sénégal de construire des tours, des maisons. Mais je comprends la frustration légitime des architectes parce qu’ils aimeraient bien participer à ces constructions vu leur expertise et en profiter. Mais le problème, d’après mon analyse, est très simple. Peut-être qu’ils ne disposent pas de fonds pouvant être investis tout de suite pour des résultats. Je dois avouer que le Président Macky Sall a besoin de résultats. Vu leur frustration, ils ont voulu réagir et l’ont fait de façon très maladroite en accusant la Première dame d’avoir reçu ce financement alors que ce sont des structures qui n’ont rien à voir avec elle.

Soupçonnez-vous une main politicienne derrière ces accusations ?

C’est évident ! Malheureusement une opposition en manque d’arguments dans ce contexte de la traque des biens mal acquis, a repris cette affaire. Or en affaiblissant la Première dame, on pense atteindre le Président Macky Sall qui, qu’on le veuille ou non, est en train de réussir des choses très importantes pour le pays. C’est une opposition qui cherche à le déstabiliser en instrumentalisant la fondation que dirige sa femme. Je connais bien Marième Faye. Elle est dotée d’une générosité extraordinaire. Sa seule préoccupation est la réussite de son mari. Il faut rendre à Marième Faye ce qui lui appartient. Je n’ose pas penser que les Sénégalais, inconsciemment, ont du mal à accepter qu’une Première dame noire, de classe moyenne, soit aux côtés du président de la République. Quand on réfléchit sur ces attaques sans fondement, on peut le penser. Viviane Wade, Elisabeth Diouf et Collette Senghor n’ont pas connu ces attaques parce que c’est Marième Faye qui peut mobiliser des fonds et aider les plus démunis. Tout ce qu’elle a est voué à la distribution des revenus. Il faut qu’on la laisse tranquille aux côtés de son mari. Si les gens ont des problèmes politiques qu’ils les posent et qu’ils laissent la fondation continuer d’être le réceptacle des plus démunis.

En clair, vous n’êtes pas pour la dissolution de la fondation ?

Je ne suis pas pour la dissolution de la Fondation Servir le Sénégal. Je rappelle que l’Etat est impersonnel. Si on l’enlève aujourd’hui, il est difficile d’accéder aux structures de l’Etat. Par contre, une fondation peut toujours recueillir des gens qui sont dans des difficultés et régler leurs problèmes. Le jour où la fondation va faire le bilan des personnes qu’elle a aidées, qui pour des lunettes, des opérations, des frais d’hospitalisation, les Sénégalais apprécieront positivement son travail. D’autres fondations aident dans ce pays sans que l’on ne dise rien. Voici le conseil que je donne aux architectes : s’ils peuvent mobiliser des investisseurs pour réaliser des projets, le Président applaudira des deux mains. Il faut que le patronat sénégalais œuvre pour la mobilisation de financements rapides pour la réalisation des programmes du Président Macky Sall dans le cadre du plan Sénégal émergent. 

Certains responsables de l’Apr s’opposent à une réduction du mandat présidentiel de 7 ans à 5 ans. En tant conseiller du chef de l’Etat, quelle est votre position ? 

Je pense qu’on doit se référer à l’histoire et à des expériences pour agir. Sinon cela ne sert absolument à rien. Quand on voit ce qui s’est passé et en rapport avec la maturité du Peuple sénégalais entre 2008 et aujourd’hui, on peut toujours tirer les leçons de l’histoire pour asseoir et bâtir un avenir qui nous fait avancer un temps soit peu. Si aujourd’hui, le Président Sall dit qu’il revient sur les cinq ans, c’est lui demander simplement un mandat unique de sept ans. Parce que les Sénégalais n’accepteront pas qu’il revienne sur ce pour quoi il a été choisi. N’oublions pas que les gens ont dit : «Voilà quelqu’un qui va non seulement réformer mais aussi réduire, comme toutes les grandes démocraties du monde, le mandat présidentiel à 5 ans renouvelables une fois.» Cela fait partie du programme pour lequel il a été élu. Si on le fait revenir sur cela, il aura après les cinq, deux ans qui vont lui empoissonner la vie et, peut-être, lui coûter un second mandat. Je préfère, pour le Président Macky Sall, qu’il ait deux mandats de cinq ans plutôt qu’un de 7 ans avec deux années extrêmement difficiles parce qu’il n’aura pas respecté sa parole. 

Etes-vous pour la voie référendaire ? 

S’il faut y aller par la voie du référendum parce que c’est la seule voie, selon les juristes, pour changer la Constitution, il faudra y intégrer les différentes réformes sur lesquelles il y aura un consensus de la classe politique, mais aussi de la Société civile. Donc, il faudra qu’il y ait un consensus sur les réformes à mener pour faire du référendum un moment unique, et ne vraiment plus y retoucher dans les années à venir. Mais s’il faut réduire le mandat à 5 ans, la grande question que je me pose est : est-ce qu’il ne faudrait pas trouver d’autres voies ? 

Pouvez-vous nous citer des exemples en dehors du référendum ?

Le Président peut démissionner au bout de 5 ans et se représenter. On peut passer par l’Assemblée nationale et certains observateurs de l’Assemblée nationale le pensent. 

Laquelle de ces voies préférez-vous ?

Je pense que si on peut trouver d’autres voies, il faudra le faire. Mais s’il faut faire une réforme globale avec d’autres éléments intégrés sur la base d’un consensus de la classe politique et de la Société civile, il faudra à mon avis aller vers le référendum. Certains diront que son organisation coûte cher. Mais cet argent qu’on dépense n’est absolument rien par rapport à la consolidation de la démocratie et à l’aspect didactique de nos citoyens de s’approprier certains éléments mais aussi de la Constitution.

bgdiop@lequotidien.sn

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