POLICE NATIONALE : Ce grand corps malade

 

L’affaire des accointances présumées de ses hauts gradés avec des trafiquants de drogue, révélée par la presse, n’est qu’un mal parmi ceux dont souffre la police. Violentes répressions des manifestations publiques, tortures dans les commissariats, corruption des agents de la circulation…, les flics n’ont pas bonne presse.rewmi

«J’ai honte pour mon corps.» En vidant ses tiroirs et les lieux, le colonel Aliou Ndiaye, l’ex-chargé de la communication de la police, néo-retraité, espérait aussi vider son cœur, mais autrement que par ces mots d’où perle le dégoût. Les accointances supposées de hauts gradés de la police avec des narcotrafiquants, révélées par Le Quotidien, l’ont laissé sur le carreau. Le scandale a surtout renforcé son désir de prendre effectivement sa retraite, puisque depuis l’annonce officielle de son départ, il garde toujours «un pied dans la maison». Cette ambigüité le musèle dans une réserve-retenue devenue «insupportable» pour celui qui avait l’habitude de bichonner son corps, si souvent souillé, trainé dans la boue. Comme actuellement.

Le successeur du colonel Aliou Ndiaye, qui se fait désirer, a du pain sur la planche. Il devra travailler à la restauration de l’image de la police fortement écornée par une série d’«affaires» dont celle impliquant actuellement ses plus hauts responsables, n’est que le nouvel épisode. L’ex-patron de l’Office central de répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), Cheikh Saadbou Keïta, qui mouille l’actuel directeur général de la police, Abdoulaye Niang. L’accusant de collusion avec les narcotrafiquants. Retour à l’envoyeur : si le séjour de Keïta à l’Ocrtis a été bref (3 mois), d’après ses accusateurs, c’est qu’il fricotait avec des dealers. D’autres hauts gradés de la police, comme l’ancien patron de la police, Codé Mbengue, ont été cités dans l’affaire qui a poussé le procureur à s’autosaisir et le ministre de l’Intérieur à diligenter une procédure interne.

Un temps de chien

Il y a une semaine, la police était déjà sur la sellette. Le Forum civil la classait parmi les institutions les plus corrompues au Sénégal. Mais, le fait n’avait pas fait grand bruit, certainement du fait que les policiers n’étaient pas les seuls au box-office et que les faits de corruption dans leur rang sont devenus si banals qu’ils suscitent le mépris. L’image d’un agent de la circulation encaissant sous le manteau quelques francs Cfa est une caricature insultante pour les flics vertueux mais, elle rend compte d’une réalité irréfutable : le corps de la police est gangréné d’éléments véreux. Lesquels écument les commissariats où les espèces sonnantes et trébuchantes sont la monnaie de change, par exemple, pour l’obtention de la Carte nationale d’identité ou du passeport.

Ces dernières années, les rapports entre la police et les populations se sont fortement détériorés. Ils ont été sacrifiés sur l’autel du maintien de l’ordre public. Lors de la période qui a précédé la présidentielle de 2012, la répression des manifestations contre le pouvoir a fait des morts et des blessés. A l’époque, à la tête des forces publiques, le commissaire Arona Sy a tiré de cette expérience une image fortement écornée. Son corps d’appartenance, par la même. Sans compter que les rapports des organisations de défense des droits humains épinglent souvent la police pour des actes de tortures pratiqués dans les commissariats.

Empilés un à un, ces griefs s’avèrent trop lourds sur la tête des policiers. Par les temps qui courent, être flic n’est certainement pas le plus beau métier au Sénégal. Et dans une atmosphère de rivalité nourrie avec les gendarmes, les limiers sont dans leurs petits souliers. Pour se réconcilier avec les populations, recouvrer une crédibilité perdue depuis belle lurette, se positionner comme l’un des corps les plus respectés de l’armée et ainsi, gagner à nouveau le respect et la totale confiance de la hiérarchie politique, la police doit afficher un nouveau visage. Ceci passe par des changements structurels et hardis qui ne seront cependant pas que l’affaire des policiers. Les pouvoirs publics devront être en première ligne pour le rétablissement de l’ordre.

Cheikh Ibrahima FALL

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