« Pour être français il faut être blanc aux yeux bleus »

français aux yeux bleusIl n’est jamais trop tard pour écouter des lycéens de banlieue, me suis-je dit après avoir vu en avance le doc «Les Français, c’est les autres» , diffusé mercredi 3 février à 23 h 30, sur France2. Rencontre avec le réalisateur Mohamed Ulad.
Ils sont deux, une avocate et un cinéaste, debout à la place du prof devant une classe de Terminale au Lycée professionnel Théodore-Monod à Noisy-le-Sec. Et ils soulèvent tout de suite la boite à stéréotypes. «Qui est juif ? Qui est arabe ?» demandent-ils à la classe en se présentant. C’est clair, le mec a un grand nez et des cheveux frisés, c’est le juif. La nana avec une énorme tignasse de cheveux plutôt frisés, c’est l’arabe.

«Faux ! dit l’avocate, Isabelle Wekstein-Steg, «Je suis juive. Et le réalisateur, Mohamed Ulad, est arabe.» Surprise dans la classe. Ce n’est qu’un début. Les stéréotypes vont continuer, sur les juifs (même si les lycéens n’en connaissent pas): «Tous riches et crevards». «Crevards ?» «Radins».

Préjugés sur les autres, sur eux-mêmes. «Qui a un passeport français ?» demande-t-on à la classe. Presque tous lèvent la main. «Qui se sent français ?» Quelques rares mains se lèvent: «Pour être Français il faut être blanc, blond aux yeux bleus» disent-ils, et ils ne sont pas blonds aux yeux bleus.

Si la définition du ghetto a été inventée pour les juifs à Venise au Moyen-Age, elle colle malheureusement à ces cités de banlieue au XXIe siècle. Parqués, exclus, stigmatisés, identité confuse, c’est un boulevard pour le retour du religieux.

Ah mais, les filles, peut-être… on les sent plus décidées à sortir du ghetto, pour des raisons qu’on comprend.

En tout cas Isabelle Wekstein-Steg et Mohamed Ulad vont discuter dans ces écoles de banlieue depuis plusieurs années. Pas seulement pour faire un film mais pour faire bouger les choses, attaquer les préjugés, déverrouiller un peu…

J’ai rencontré Mohamed Ulad, le réalisateur, pas très optimiste après ses années de travail contre les préjugés chez les jeunes des quartiers. D’ailleurs c’est le nom de l’association qu’il a fondée avec Isabelle Wekstein-Steg : «Les préjugés». «Pour démonter les préjugés il faut commencer par… les écouter. On les laisse parler, c’est difficile à entendre, une parole très dure, très brute» me dit-il. «Antisémitisme, sexisme, anti-français… Et auto-exclusion, auto-dépréciation après avoir intégré le regard des Français sur eux. Ils font un bras d’honneur à la France !»

Dans le documentaire ces jeunes Français d’origine immigrée parlent de malaise, de désespoir et… parfois d’espoir.

Mohamed Ulad trouve que la situation a empiré, depuis qu’il fait des films sur la banlieue. Pas optimiste mais il ne renonce pas. «On disserte beaucoup sur les cités mais ce sont souvent les spécialistes, les sociologues etc. qui occupent le terrain. Il faut y aller, écouter ces jeunes, et surtout parler avec eux.»

C’est déjà essayer de sortir du ghetto mental, en espérant que les politiques – de gauche et de droite – comprendront enfin qu’il faut casser les ghettos économiques, sociaux, urbains…

«C’est avant tout un problème politique» constate le réalisateur du doc Les Français c’est les autres, «A quand un plan Marshall pour la banlieue ?»

Et oui, à quand ?

Annette Lévy-Willard

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